L’HEConomist est allé à la rencontre de Share A Dream, start-up créée en 2015 par Niklas Van Neyghem, Olivier Eyries, Raphaël Jüngling, Nicolas Vos et Guillaume Granelli. Celle-ci a pour but de faciliter la communication entre les différentes organisations caritatives et de les rendre plus accessible pour ceux qui souhaitent les soutenir.


 

HEConomist : Comment est née Share A Dream ?

Share A dream : L’idée de Share A Dream est venue suite à des expériences de volontariat effectuées à l’étranger. Après s’être rendus au Cambodge, en Tanzanie, à Maurice ou encore au Kenya, nous nous sommes rendu compte que les besoins des ONGs sur place ne se suspendaient pas au moment de notre départ. De retour en Suisse, le projet a donc débuté avec la volonté de répondre aux besoins des ONGs locales. Les aider en communiquant leurs objectifs et problématiques, les aider en parlant d’eux. Néanmoins, parler d’un projet sans objectif en arrière-plan n’est pas une aide concrète.

C’est pourquoi nous avons décidé de lancer Share A Dream et de connecter ces projets avec un public ciblé pouvant réellement faire la différence. Enfin, d’un autre côté, nous cherchions également à répondre au besoin d’information des potentiels volontaires qui n’ont tout simplement pas connaissance de l’existence de tels projets et qui, à un moment où énormément d’ONGs lucratives proposent des expériences à l’étranger, ne savent plus où regarder. En résumé, nous voulions connecter les bons projets avec les bonnes personnes et faciliter l’accès à l’information.

 

HEConomist : Quel est le but de cette ONG ?

Share A Dream : Le but de Share A Dream est d’associer des initiatives humanitaires, sociales ou environnementales locales (où qu’elles soient) avec un public spécifique ayant les moyens d’aider de manière concrète et de prendre part au(x) projet(s).

Comment?  En connectant volontaires, experts ou encore donateurs avec ces organisations, Share A Dream souhaite devenir un acteur intermédiaire incontournable entre les ONGs et le public. Notre organisation se rend sur le terrain pour rencontrer les responsables des projets afin de confirmer la qualité et l’impact de ces activités, à travers des interviews et vidéos professionnelles. Après avoir identifié les besoins des projets et les avoir écrit sous forme de demandes conrètes, une description multimédia détaillée en est faite et est publiée sur notre plateforme: share-a-dream.org. Nous transmettons par la suite toutes ces informations afin qu’elles soient accessibles facilement et de manière intelligible par toute personne susceptible de vouloir aider.

 

HEConomist : Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées lors du lancement ?

Share A Dream :

Réseau : La communauté de Share A Dream grandit de jours en jours et dispose d’un potentiel exceptionnel au niveau du volontariat. Néanmoins, c’est une communauté encore très jeune (18-30 ans) qui n’est ni la plus qualifiée (manque de compétences particulières ou d’expertise), ni la plus fortunée (manque de moyens). Dans ce premier stade de développement, la difficulté est donc d’accéder à une communauté et un réseau d’une tranche d’âge supérieur (40-60 ans), qui aient les moyens et les compétences pour aider concrètement. L’impact est proportionnel à la taille de cette communauté.

Financement : A l’heure actuelle, Share A Dream se refuse à tout prélèvement sur les donations versées directement aux projets communiqués sur notre plateforme, et fait donc une croix sur toute source de revenus potentielle. Ce choix, qui correspond à notre éthique, nous pousse à financer nos activités auprès de start-ups, entreprises, ou fondations qui seraient prêtes à investir chez nous, dans une forme de marketing responsable pour eux. Etant à nos débuts de nos activités sur le terrain, il est pour l’instant difficile de sensibiliser de potentiels sponsors quant à l’utilité de notre projet mais nous sommes convaincus que le financement viendra avec l’accélération de nos activités et de notre visibilité.

ONGs: La création de notre organisation vient en réponse à la difficulté de trouver des “bons projets”. En partant en Amérique Latine, nous nous sommes lancés le grand challenge de trouver sur le terrain des projets de qualité répondants aux critères suivants : responsabilité, impact concret et transparence.

Nous collaborons avec des ONGs spécialisées dans la certification de qualité afin de cibler des projets qui resteront transparents après la réception des donations, qui bénéficieront et profiteront de l’expertise acquise et des volontaires les rejoignant.

La difficulté de trouver de tels projets est un grand travail de profondeur et représente beaucoup d’investissement, ce qui souligne la nécessité de notre travail.

 

HEConomist : Vous avez lancé un système d’aide humanitaire à distance, pouvez-vous nous en dire un peu plus sur son fonctionnement ?

Share a Dream : Notre organisation ne prétend pas être une organisation humanitaire au sens strict du terme. Share a Dream a pour but d’aider les projets humanitaires qui ont besoin de visibilité et d’un espace à eux sur Internet, afin d’accéder plus facilement à réseau pouvant les aider. Share A Dream est un intermédiaire entre les ONGs ayants des activités concrètes sur le terrain et le public qui veut obtenir plus d’informations.

Nous utilisons deux canaux pour atteindre et mettre en lien les projets avec le public sur notre plateforme :

– d’une part, Share A Dream compte dans ses membres des volontaires partants en missions afin de réaliser les vidéos, interviews et collectes d’information sur le terrain. A titre d’exemple, une équipe est en ce moment en mission en Amérique latine pour 6 mois et compte couvrir 8 projets de qualité. D’autres missions suivront, notamment en Afrique, dans des pays nécessitants nos services et avec des ONGs nous ayant déjà contacté comme au Kenya.

– d’autre part, Share A Dream est en train de développer un réseau de Reporters “externes” pouvant, après proposition de projets à notre équipe, couvrir eux-mêmes et dans le cadre de nos activités, des projets spécifiques dans les pays où ils vivent. Ces missions externes sont encadrées par nos équipes et permettent l’accès à plus de projets dans plus de localités.

De cette manière, Share A Dream s’assure une production de contenu de qualité continue et permet à notre public d’avoir plus de choix avant de s’engager dans un (ou plusieurs) projets.

 

HEConomist : En quoi consiste votre premier projet, Identidad Vecinal ?

Share A Dream : Le premier projet couvert par Share A Dream prend place dans la banlieue de Buenos Aires, La Mantanza. Délaissée par les politiques publiques, ce quartier extrêmement pauvre ne jouit pas d’un accès décent à l’éducation ou à la santé.

Identidad Vecinal est une communauté s’étant donnée pour mission de combler les manquements des politiques en proposant des services dans l’éducation, la santé (des enfants), la construction de logements salubres mais également l’inculcation de valeurs et de savoirs professionnels pour libérer ces quartiers de la précarité. Les responsables de cette ONG vivent sur place et consacrent leur vie à la réussite de ce magnifique et ambitieux projet depuis déjà neuf ans.

Le sérieux et le professionnalisme des responsables d’Identidad Vecinal ainsi que leur projet de construire un hôpital pour leur communauté nous ont tout de suite séduits. Toutes les donations faites vers ce projet serviront à cet effet, le montant final ayant été formulé à partir d’un budget précis mis à notre disposition par l’ONG et répondant à notre critère de transparence.

Le challenge est désormais de récolter les USD 6’000 nécessaires à la construction. Pour cela, nous comptons pleinement sur la solidarité de notre communauté.

 

HEConomist : Comment les étudiants peuvent-ils contribuer à vos projets, faire des actions humanitaires ?

Share A Dream : Nous encourageons les étudiants à contribuer en tant que donateurs à nos projets, même avec de petites sommes (5-20 CHF), qui mises bout à bout, changent la donne. Nous soutenons également les étudiants qui veulent aller plus loin et se tourner vers l’action humanitaire. Pour cela, nous avons mis en place sur notre site web une expérience très simple pour les utilisateurs de la plateforme. En parcourant les différents projets depuis notre site web, les étudiants pourront découvrir toutes les informations concernant tel ou tel projet ainsi que les aptitudes requises pour partir en volontariat (ex: enjeux, durée, compétences, langues). A travers notre plateforme, ils pourront contacter directement par email le responsable de l’ONG, qui se fera une joie de leur donner plus de détails et de les guider jusqu’au terrain.

 

HEConomist : Quels conseils donneriez-vous aux étudiants qui souhaitent se lancer dans des projets humanitaires ?

Share A Dream : Aider son prochain n’a pas de prix et apporte une récompense humaine enrichissante, remplie de découvertes, à la fois sur soi-même mais également sur ceux qui nous entourent. Nous encourageons largement tout étudiant qui voudrait se lancer dans un projet social et/ou humanitaire. Avant de créer sa propre initiative, de l’expérience sur le terrain reste néanmoins indispensable. C’est pourquoi tous les projets que nous proposons donnent l’opportunité à chacun de prendre part à des actions dans l’humanitaire, de s’engager dans une expérience authentique, gratuite et sans intermédiaire : immergé(e) dans un projet et concerné(e) par les problèmes d’autrui.

 

HEConomist : Vous proposez des internship program dans plusieurs domaines, en quoi cela consiste-t-il ?

Share A Dream : Nous cherchons le plus possible à apporter une aide spécifique en fonction des besoins des projets. Des activités dans des domaines très divers sont menées, par exemple la construction, la santé, l’éducation, la psychologie ou encore le financement. Chaque domaine requiert des compétences particulières pour répondre aux besoins existants sur le terrain. Toutes ces demandes sont formulées sur notre plateforme et permettent aux potentiels volontaires de choisir un domaine en fonction de leur compétence.

Les experts peuvent contribuer simplement depuis chez eux et aider les acteurs locaux à travers des Skype sur des thématiques précises. Pour les volontaires, il faut savoir que la durée minimale requise sur le terrain est de six semaines la plupart du temps, afin d’aboutir à des résultats concrets.

 

HEConomist : Quels sont vos projets pour les mois à venir ? Comment voyez-vous l’évolution de Share A Dream ?

Share A Dream : La période de “Proof of Concept”, durant 6 mois et se terminant fin juin, nous permettra de dire si Share A Dream a un avenir serein et prometteur devant elle. D’ici là, l’objectif est d’arriver à une version plus aboutie de notre plate-forme, de réussir à couvrir les huit projets visés au cours d’une mission à l’étranger et de mettre en place un réseau de reporters externes fiable et professionnel. A partir des feedbacks collectés auprès des ONGs qui ont collaboré avec Share A Dream et les avis du public ciblé (donateurs, experts et volontaires), nous pourrons ainsi décider d’emmener ce projet sur le long terme et se tourner vers un bel avenir.

 

Nous remercions Share A Dream d’avoir répondu à nos questions !

 

Victoire Descamps