Miss Sloane
4.0Note finale

De John Madden


Sortie au cinéma le 08 mars 2017 – Durée 2h12

 

Par Alexia Malige

Miss Sloane : élégante arrogance

 

Des cheveux de feu et un cœur de glace. Miss Sloane est la reine du lobbying. L’impératrice de la manipulation. Prestidigitatrice de la corruption. Rien ne l’arrête. Sa mission, aussi périlleuse soit elle, est vouée au succès. L’échec n’est pas une alternative. Elle en joue et se moque de ses adversaires de façon méprisable. Elle considère les êtres humains comme des robots et ne leur octroie aucun respect. Si elle n’a pas d’âme, elle ne conçoit pas que les autres en aient une. Sa façon d’analyser les situations est unique, folle peut-être. Personne n’est aussi tordue qu’elle : c’est là qu’elle prend l’avantage.

Aussi froid que son héroïne, le film de John Madden est d’une photographie impeccable. Tout est beau, pur, linéaire. Aucune tache dans ce décor immaculé où tout le monde a les mains sales. L’ambiance est là et ne déçoit jamais. Miss Sloane offre exactement ce qui a été vendu. Une conquérante hautaine et imperméable aux émotions, véritable machine de guerre prête à tout pour atteindre son objectif. On fait alors face à cette beauté dangereuse, qui élimine les impertinents d’un coup de cynisme tranchant. Des dialogues écrits à l’acide qui ne laissent pas indemne. Les piques fusent, transpercent et impressionnent. On se retrouve alors bouche-bée devant une telle répartie.
La Miss est forte, fière, opaque, mais on sent une fêlure en elle. Impossible de vraiment la déceler, pourtant, elle existe. Le réalisateur s’amuse, par ailleurs, avec nous tout au long du film. Il laisse quelques indices, quelques mots, quelques larmes, mais jamais assez pour pouvoir comprendre.

Miss Sloane s’articule comme une bataille entre deux tribus ennemies. Deux équipes, une loi et une problématique sensible : les armes. Aux Etats-Unis, impossible de toucher au second amendement tant les habitants y sont attachés, mais rien ne fait peur à l’impétueuse rousse. Elle se lance dans un combat acharné que l’on regarde avec admiration et appréhension. Le suspense est intenable, secoué par d’épatants rebondissements, mais l’intérêt du spectateur se concentre sur autre chose…Qui est-elle ?

Tout le mystère repose finalement sur sa personnalité, sur la femme qu’elle est réellement, en dehors de ses tailleurs cintrés et de ses lèvres écarlates. Plus on la voit, plus on veut savoir comment elle en est arrivée là. On a besoin d’éléments sur son passé, sa famille, autant d’informations que John Madden aime à nous refuser. Là est tout le point fort du film. Réussir à créer une telle fascination, que le spectateur développe une vraie obsession pour le personnage. Et s’il est extrêmement bien écrit, Jessica Chastain l’interprète à la perfection. Elle capte toute l’essence de la femme de pouvoir et restitue un visage obscur et indéchiffrable qui pousse à la réflexion. C’est elle qui porte l’intégralité du film sur ses épaules. Son jeu est remarquable d’intensité et d’intelligence. Elle ne se contente pas de réciter un texte, mais lui donne un sens. Elle incarne Elizabeth Sloane dans toute sa profondeur. Sans aucun doute son meilleur rôle.

 

Alexia Malige