« Do Schools Kill Creativity ? », « 10 Things You Didn’t Know About Orgasm » ou encore « Why Some People are More Altruistic Than Others » sont des titres qui ont certainement déjà dû attirer votre attention. Et vous n’êtes pas seuls, ces courtes conférences filmées ont été visionnées pas moins de 8 milliards de fois. De la découverte technologique au business, en passant par l’éducation et le design, la franchise TED rencontre un succès fou auprès de toutes les tranches d’âges. Retour sur l’origine et la montée en puissance de l’organisation qui souhaitait partager le savoir.

Tout commence par un club pour fortunés

Impensable aujourd’hui, mais le savoir et l’innovation se payaient en 1984, année de la création des mini-conférences Technology, Entertainment and Design. Pour un ticket d’entrée de $4’000 au minimum, les spectateurs pouvaient écouter des speechs de dix-huit minutes (toujours d’actualité), principalement axés sur la science et les découvertes. Chaque interlocuteur devait partager son idée et convaincre l’auditoire, à la manière d’un entrepreneur qui tente d’attirer des investisseurs pour financer sa start-up.

Les sessions étaient avant tout un moment de rencontre pour la société intellectuelle, où les speakers étaient très appréciés, comme le raconte Ken Robinson, auteur de la vidéo TED la plus vue à ce jour : « Back then it was a very unusual conference—more like a club. There was also a kind of mystique around the speakers. Most conferences, people tend to be checking their watches for the next coffee break. At TED, people were desperately keen to get into the next session. They were jockeying for the best seats. »

Ces conférences – bien que représentatives de l’élite issue de la Silicon Valley – ont accompagné les débuts des plus grandes créations, notamment du disque compact (CD) ou encore ont vécu une des premières apparitions du Macintosh d’Apple. Dès lors, de nombreuses personnalités ont participé à ces shows intellectuels, entre autres Bill Clinton, Bill Gates ou bien Larry Page et Sergey Brin, les fondateurs du mastodonte Google.

2006, année de l’envol

Vingt-deux ans après sa création, l’organisation à but non lucratif met en ligne ses premières vidéos, sans objectif précis en tête. Les fondateurs espèrent tout au plus une audience de 10’000 personnes. Mais au fil des semaines, les visites du site s’accroissent pour atteindre le milliard en novembre 2012.

Fort de ce succès, TED multiplie franchises et conférences au point de délivrer entre cinq et sept vidéos chaque semaine en 2015. Chris Anderson, actuel programmateur des TEDtalks, annonce lui-même ce succès inattendu dans une interview donnée au Departures : « When we first put up a few of the talks as an experiment, we got such impassioned responses that we decided to flip the organization on its head and think of ourselves not so much as a conference but as « ideas worth spreading, » building a big website around it. The conference is still the engine, but the website is the amplifier that takes the ideas to the world. »

En mars 2014, le site internet surprend en invitant Edward Snowden à une conférence depuis la Russie, grâce à un robot téléguidé.

TED : partager les idées dans le monde

Bien qu’accessibles en tout temps gratuitement, les fameuses conférences doivent tout de même être financées. Le modèle n’a pas réellement changé depuis sa création en février 1984. Les conférences « officielles » se tiennent annuellement depuis 2014 au Vancouver Convention Center, et les prix d’entrée n’ont pas évolué. Comptez $6’000 le billet, le tout en étant bien évidemment sur la liste des invités. A ce prix-là vous aurez la possibilité, que dis-je, le privilège, de participer à des network tools et de repartir avec le DVD en main – que vous pourrez regarder gratuitement sur internet dans l’heure qui suit. Petite nouveauté, le billet atteindra les $8’500 en cette fin d’année.

Fait étonnant mais réel, les speakers ne sont nullement payés. « Et alors ? », répond l’organisation, c’est à tout point de vue un honneur de venir partager ses idées aux yeux du monde entier. TED compte également d’autres sources de revenus, telles que la vente de livres, le support de fondations, les frais payés par les franchises ou encore le sponsoring (entre autres Google, Goldman Sachs et The Coca-Cola Company).

Le Vancouver Convention Center, lieu de rencontre annuel des conférences TED

Les variantes et autres évènements phares de TED.com

« X » : sans doute la lettre la plus utilisée en science, mais ô combien importante au développement du conférencier. Ce symbole, une fois accroché à l’acronyme TED, signifie un événement indépendant rattaché au géant du « divertissement intelligent ». Si vous vivez dans une grande ville, vous avez certainement dû être témoin de ce type d’événement très ressemblant aux TED talks, mais pas vraiment officiels. En effet, n’importe qui peut devenir organisateur d’un tel rassemblement de grands penseurs, à certaines conditions. Bien que non lucratifs, les TEDx doivent reverser des frais de licence à la « maison mère » TED, qui se réserve également tous les droits d’auteurs sur ce qui sera dit. Dans la région, nous comptons deux évènements majeurs que sont TEDxLausanne et TEDxEcoleHôtelièreLausanne. Pour la saison 2017, TEDxLausanne a eu lieu ce vendredi 21 avril, dans un bâtiment bien connu des étudiants : l’Amphimax.

TEDxLausanne

Enfin, d’autres projets ont suivi le succès de TED. Parmi eux, on compte TEDGlobal (conférences officielles dans le monde), TEDMED (santé et médecine), TED Fellows ou encore The Open Translation Project, qui permet de traduire les conférences dans plus de 100 langages, le tout par des volontaires.

TED est-il si nouveau ?

TED est sans doute le média phare en matière de partage d’idées, concepts, philosophies et découvertes technologiques. Outre cet aspect informatif, TED a pour but d’unir le monde en supprimant le plus de barrières possibles et faire converger un large public vers la connaissance. On peut dès lors s’interroger sur l’utilité d’autres grandes plateformes de conférences telles que le World Economic Forum qui se tient à Davos chaque année. La forme est plus ou moins la même – salles avec audience restreinte et un ou plusieurs interlocuteurs – mais c’est un événement très fermé, réservé à une élite économique et politique. Les participants sont presque tous des décideurs et sont amenés à débattre sur des questions d’envergure internationale.
Ce grand forum annuel, se déroulant à huis-clos, sert-il pour autant à faire circuler l’information/la connaissance aussi bien que le fait TED ? Pour quelles raisons l’impact n’est-il pas le même ?

Le World Economic Forum, chaque année à Davos (Suisse), ci-contre en 2016.

Antoine MATHIEU

Sources

Sources
• Wired : https://www.wired.com/2017/04/an-oral-history-of-ted-talks/
• Wikipédia : https://en.wikipedia.org/wiki/TED_(conference)

Lien de l’image :

http://pl.tedcdn.com/social/ted-logo-fb.png

https://i.ytimg.com/vi/yVwAodrjZMY/maxresdefault.jpG

https://tedconfblog.files.wordpress.com/2015/03/ted2015_031615_2bh6549.jpG

Https://assets.weforum.org/article/image/large_5Tag7SZINqjwNNmcmPZwaHSGuVsOvMvcmkJ-jgjgVgU.jpg

Https://antistatique.net/sites/default/files/uploads/inline-images/12517095813_25466f5018_b.jpg