Le marché de l’art peut vous sembler trouble et inaccessible. Si tel est le cas, cela s’explique en partie par le fait que l’art a été jusqu’à récemment réservé aux privilégiés. Nous sommes désormais loin de l’époque où des peintures religieuses et des retables étaient commandés par l’Église à des artistes, et où d’importants et riches marchands demandaient à être portraiturés par les plus grands maîtres de la Renaissance. Le marché de l’art a connu une expansion formidable entre la fin du XXe et le début du XXIe siècle, notamment grâce à la dématérialisation de l’information et à la financiarisation. De plus, les banques et fonds d’investissements, confrontés à des taux historiquement bas, misent massivement sur le marché de l’art. A titre d’exemple, le nombre de collectionneurs d’art est passé de 500’000 lors de l’après-guerre à plus de 70 millions aujourd’hui.

Nul doute que les collectionneurs exercent leur métier avec passion et qu’à leurs yeux, une œuvre d’art n’est pas, en premier lieu, un simple objet dont l’évaluation financière se ferait sans pudeur. Toutefois, on accepte toujours plus de voir l’art comme un moyen de placement ou d’investissement. Si vous souhaitez peindre la chose sous cet angle, mieux vaut alors réfléchir à deux fois et commencer par lire ces conseils :

1. L’art contemporain, souvent à la une aujourd’hui, reste un des marchés de l’art le plus volatile. Ce n’est pas pour rien qu’il est aussi l’un des plus rentables…à condition d’acheter et vendre prudemment tout en portant votre attention sur l’authentification de l’œuvre.
Il existe à ce propos des conventions de langage distinguant les œuvres dont l’origine est sûre ou incertaine. Ainsi, les termes suivants laissent entendre une garantie sur l’origine : « œuvre par… », « signé de… », « atelier de… », « école de… ». D’autre termes ne constituent en revanche aucune garantie que ce soit : « dans le goût… », « dans le style… », « manière de… », « genre de… », « d’après… ».

2. Les fluctuations du marché pour un artiste vont souvent affecter la valeur d’un autre artiste apparenté au premier. Aussi, une connaissance de l’histoire de l’art et de ses mouvements est un point important dans la compréhension des connexions entre différents artistes d’une même période ou d’un même mouvement. Par exemple, une perte de valeur observée chez Warhol peut entrainer une diminution de la cote de Basquiat. Ceci aura en revanche peu de chance de faire bouger la valeur d’un Pollock et certainement pas celle d’un maître de la Renaissance.

3. Pour les raisons évoquées au point précédent (et parce que Rockinger est le meilleur), la diversification de votre collection est primordiale !

4. Puisqu’il est question de diversification, il est intéressant de ne pas uniquement vous concentrer sur les beaux-arts et de s’ouvrir par exemple aux arts décoratifs. Un investissement dans de la porcelaine de Chine peut s’avérer très utile…

5. La valeur ne réside pas uniquement dans le nom de l’artiste mais aussi dans la qualité de l’œuvre que l’on souhaite acquérir. Le marché de l’art s’adresse à toutes les bourses mais il est nécessaire d’avoir un minimum de connaissances et de compréhension de l’œuvre de l’artiste. Si tel n’est pas le cas, il est recommandé de faire appel à un « bon » conseiller en art : une personne de confiance, documentée et qualifiée. Il vous recommandera par exemple d’acheter un grand Wesselmann plutôt qu’un piètre Andy Warhol : le premier aura plus de chances de s’apprécier avec le temps.

Selon les estimations, et bien qu’elle soit inaliénable, le prix de la Joconde dépasserait le milliard de dollars.

6. Attention aux fausses bonnes affaires. Si une œuvre ne trouve pas preneur lors d’une vente aux enchères (ou à la suite de plusieurs expositions), le marché la considérera comme « brûlée ». Cela signifie que vous la trouverez à un prix fortement réduit et qu’il sera indispensable de la conserver pendant une longue période avant de pouvoir la revendre. Cependant, même dans ce dernier cas, cela risque d’être compliqué d’en tirer profit car la plupart des collectionneurs ont accès à l’historique de vente de l’œuvre…

7. Calculer, noter et comparer les possibles pertes et bénéfices pour un investissement de manière à pouvoir mieux vous rendre compte de la volatilité de certaines œuvres, mais également de leur profitabilité sur le long-terme.
C’est un point qui est peut-être difficile à mettre en pratique. Pour cela, on s’aidera volontiers d’une plateforme de cotation du marché de l’art en ligne telle que : artnet, Artprice ou askART.

8. Il paraît évident de rappeler ce principe : acheter à la baisse, revendre à la hausse (avec toute la retenue qui s’impose au point n°6).

9. L’apparition de marchés locaux ou de mouvements artistiques nationaux peuvent être aussi de bonnes opportunités à saisir. Il faut souligner que la constitution optimale d’une collection dans ce cas-là, nécessite une très bonne compréhension des mécanismes des marchés plus petits, afin de gérer au mieux les risques financiers et opérationnels.

10. Enfin, reste la question des marchés primaires, à savoir les nouvelles œuvres de jeunes artistes. C’est un terrain glissant et l’aventure est risquée : une grande partie de ces nouveaux artistes ne percent hélas pas suffisamment dans le domaine pour pouvoir attirer et garder l’attention des investisseurs.

Le respect de ces conseils n’est pas une garantie de succès mais vous permettra de mieux appréhender certaines dimensions d’un marché florissant. Il est important de souligner l’aspect artistique des œuvres et le travail engagé des artistes, car il serait rédhibitoire d’y voir uniquement un potentiel financier.

Paul Gaugin, « Quand te maries-tu ? » est un tableau vendu pour 7 francs à la mort de l’artiste et acheté en 2015 pour…300 millions de dollars. Vous avez dit folie ?

Alexandre Lachat

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