Si je vous dis « réalité virtuelle (RV) », vous pensez immédiatement à ces masques collés sur la tête de braves personnes qui essaient tant bien que mal de tuer des zombies, contrôler une canne à pêche ou encore résister au vertige. Vous avez partiellement raison.

La réalité virtuelle telle que nous la connaissons aujourd’hui est certes utilisée pour notre pur divertissement, mais puise également ses origines bien plus loin qu’on ne le pense.

C’est au XIXème siècle que tout commence. Les peintures panoramiques nous emmenaient déjà dans un monde dans lequel nous n’étions pas, en décrivant des scènes de bataille ou des paysages grandioses. Si l’on s’arrête à une définition stricte, c’est en effet de la réalité virtuelle.

Tout au long du XXème siècle, les essais se succèdent. Dans les années 30, Stanley G. Weinbaum décrit à travers Pygmalion’s Spectacles des lunettes permettant de faire voyager son utilisateur dans une quête visuelle, gustative et olfactive.

Le cinéaste Morton Heiling invente plus tard le Sensorama, au milieu des années 50. C’est une des premières expériences d’immersion virtuelle du genre. Le Sensorama a même été breveté en 1962.

Le Sensorama, un ancêtre de la réalité virtuelle

Par la suite, les innovations ont continué à fleurir, mais sans grand impact. C’est seulement à partir du second millénaire que les projets se sont concrétisés. La technologie poussée à un niveau très avancé et la démocratisation des smartphones ont participé à cet essor. Aujourd’hui, il est possible de s’immerger dans un autre monde sans débourser plus de 20 CHF. Prenez la Cardboard de Google, insérez-y votre smartphone et vous êtes transportés ! Ce n’est peut-être pas comme cela que Stanley Weinbaum l’avait imaginé dans sa pièce de théâtre, mais on est très proche.

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Google Cardboard, le boitier compatible avec un smartphone

Mais c’est en 2011 que Palmer Luckey donne un vent nouveau à la réalité virtuelle. Comme beaucoup de success stories, il crée très jeune ce qu’il appelle le CR1. Il s’agit plus ou moins d’un masque permettant de projeter une image à quatre-vingt-dix degrés. Un an plus tard, il propose l’idée sur Kickstarter – une plateforme de financement participatif – et atteint 2.4 millions de dollars. Ce qui devient alors l’Oculus Rift (puis Oculus VR) est racheté en 2014 par Facebook pour quelques deux milliards de dollars. Pas mal, pour un objet confectionné dans le garage de ses parents.

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L’Oculus VR en collaboration avec Microsoft

Education

Suivre un cours dispensé par les meilleurs professeurs du monde, c’est déjà possible. Cependant, la VR pourrait apporter bien plus. Imaginez des projets de groupe en direct avec des étudiants américains, chinois, indiens, australiens. Vous seriez dans la même salle, sans vraiment y être. La bibliothèque à portée de votre manette, vous liriez le dernier manuel de finance allongé sur votre lit, le casque au bout du nez. Les promesses sont nombreuses et les universités ne cessent d’innover. Qui sait, peut-être que nos enfants suivront des cours depuis leur chambre.

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Le New York Times s’initie à la RV

Retail

S’il existe une industrie très difficile à dématérialiser, c’est bel et bien le prêt-à-porter. Même en faisant vos achats sur internet, vous n’êtes jamais sûrs de trouver l’article à votre taille. Avec la réalité virtuelle, il sera possible d’essayer un vêtement sur soi-même. Quant aux boutiques, elles ne seront que des bits stockés sur un cloud. Il existe à ce jour des boutiques « numériques », qui ne présentent aucun article, du moins physiquement. Les clients peuvent acheter les articles qui sont affichés sur les murs en scannant simplement un QR-code avec leur téléphone. Il est difficile de se projeter vers l’avenir, mais les modes de consommation changent très rapidement avec l’avancée technologique et il ne serait pas surprenant de voir les villes désertées par les férus de mode.

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Un possible changement de l’ère de la consommation

Armée

Ce n’est pas nouveau, les soldats sont amenés à participer à des simulations en tout genre. Ces techniques sont présentes depuis de nombreuses années et ont pour but de préparer au mieux les soldats à des situations réelles, tout comme dans l’aviation. Dans des centres spéciaux, les machines reproduisent des champs de bataille, des combats et des situations auxquels il faudra potentiellement faire face dans le futur. Tout y est, sauf le réel. En ce qui concerne l’armée de l’air, les simulateurs de vol participent à la formation des futurs pilotes. Soutenus grâce à un système hydraulique, les cockpits factices bougent dans tous les sens afin de garantir les mêmes sensations que lors d’un vol réel. Lorsque l’on sait que l’armée représente une part considérable du budget pour de nombreux gouvernements, la RV pourrait par la suite permettre de diminuer drastiquement les coûts liés à la formation.

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La RV appliquée au domaine militaire

La RV au profit de la science

On dit souvent que l’homme parviendra à créer des robots tellement intelligents qu’ils pourront remplacer tous les métiers que nous connaissons actuellement. Dans le monde de la médecine, l’assistance robotique est de plus en plus utilisée, notamment par les dentistes et chirurgiens.

Modéliser une dentition devient alors beaucoup plus simple et permet de détecter des anomalies que l’œil humain n’auraient peut-être pas pu déceler. De plus, vous avez certainement déjà vu un reportage où des patients étaient opérées sans même avoir été touchés par un humain. Les chirurgiens peuvent désormais s’aider de gigantesques robots ressemblant à des araignées. Avec une précision inégalable, ils recopient les mouvements que le médecin fait en direct. Un petit air de ressemblance avec le Sensorama, avec soixante ans d’avancée technologique en plus.

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Le robot Da Vinci, à Lausanne21

Antoine Mathieu

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