Derrière chaque billet se cache un long, complexe et coûteux procédé de développement et d’impression. Au long de ce processus, les entreprises SICPA et Orell Füssli collaborent étroitement avec la BNS (Banque nationale suisse) et l’artiste, dont le projet hautement graphique et artistique aura été sélectionné. La neuvième série de billets de la BNS (en cours d’émission) est réalisée par la designer graphique Manuela Pfrunder. Cette série a connu divers problèmes techniques lors de sa production et a été repoussée de quelques années, attestant ainsi de la difficulté de la tâche.

Impression par Orell Füssli

Orell Füssli Security Printing Ltd est un leader mondial dans l’impression de documents de sécurité tels que des documents d’identité et des billets de banque. L’entreprise propose aussi son expertise dans l’évaluation de la faisabilité technique des documents de sécurité. Orell Füssli est une longue histoire de presque 500 ans : née vers 1519, la petite imprimerie de Christoph Froschauer déménage à Zürich. Elle prospère grâce aux différentes commandes de la ville de Zürich et sa notoriété s’étend au-delà des frontières suisses. Au cours des siècles, l’imprimerie change plusieurs fois de propriétaire mais demeure principalement sous le contrôle de grandes familles zurichoises : Bodmer, Rahn, Heidegger, Füssli, Gessner et Orell.

Par la suite, c’est en 1770 que les familles Orell, Gessner et Füssli fondent la maison d’édition qui se développera avec succès dans trois domaines d’activité : impression, édition et commerce de livres. Dix ans plus tard, la toute première édition fraîchement imprimée de la NZZ (Neue Zürcher Zeitung) sort des ateliers Orell Füssli (le journal devient une entreprise indépendante en 1868). Aujourd’hui devenue Orell Füssli Security Printing Ltd, l’entreprise est pionnière dans l’impression de sécurité et est en charge de l’impression de la neuvième série de billets de banque suisses pour la BNS.

Les encres sont développées par SICPA

En ce qui concerne l’autre entreprise liée intimement à la fabrication des billets, SICPA a débuté comme une petite entreprise suisse de produits agricoles, alimentaires et vétérinaires. Ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale que SICPA s’oriente vers la production d’encres sophistiquées et inimitables. Actuellement, l’entreprise basée à Prilly est organisée autour de trois grandes activités : les encres de sécurité, les solutions de sécurité pour les gouvernements et les solutions de protection des produits et des marques. L’entreprise est reconnue en tant que prestataire et conseiller privilégié dans ces domaines auprès des gouvernements, banques centrales, imprimeurs de haute sécurité et des entreprises.

Les encres de sécurité font partie du cœur de métier de SICPA, et comme toute autre encre, bien que leur rôle premier soit d’assurer la bonne représentation de la teinte souhaitée sur un support physique donné, les encres de sécurité doivent permettre une authentification sur plusieurs niveaux tels que : des fonctions publiques d’authentification visuelle et tactile pour l’ensemble des utilisateurs, des fonctions intégrées de détection par dispositifs manuels pour les commerçants et autres professionnels manipulant des espèces et enfin des fonctions de lecture par machine et de détection par capteurs, appareils et systèmes automatisés. À cela s’ajoutent plusieurs contraintes que l’entreprise doit respecter. Ainsi, puisque ces encres sont destinées à un usage public, elles doivent répondre à des normes en matière de santé, de sécurité et d’environnement pour assurer une manipulation aussi sûre que possible et limiter les impacts écologiques négatifs une fois arrivées en fin de vie.

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Graphiste examinant attentivement le recto.

Technologies et éléments de sécurités des billets

Mais concrètement, quelles sont alors les techniques utilisées par ces entreprises pour sécuriser des documents sensibles tels que des billets de banque ? Il faut justement savoir que les encres de sécurité sont réservées exclusivement à un usage officiel, généralement hors de portée du grand public. Ainsi, outre les billets de banque, on les retrouvera dans les pièces d’identités officielles (passeports, cartes d’identités, actes de naissance, etc.), timbres postaux, banderoles fiscales, étiquettes de sécurité et marquages spécifiques de produits. Pour en revenir aux billets de banque, ceux-ci passent par plusieurs procédés d’impression dont nous allons détailler ici le fonctionnement :

  • La sérigraphie : sur les billets suisses notamment, on utilise la sérigraphie pour l’impression d’une bande iridescente et du globe scintillant apparaissant sur les nouvelles coupures. L’aspect et la couleur de ce dernier varie selon l’angle d’observation. On arrive à obtenir cet effet par l’utilisation d’une encre contenant des pigments magnétiques.
  • La taille-douce : est un procédé de gravure en creux sur une plaque de métal assez sophistiqué. On presse le support à imprimer contre la plaque et une fois retiré, l’encre présente dans les creux est transférée sur le support. Cette technique permet de reproduire avec grande précision le dessin voulu et l’on peut même constater une variation d’épaisseur perceptible au toucher là où l’encre s’est déposée. C’est pour cette raison que la taille-douce est utilisée exclusivement pour l’impression de sécurité.
  • La microperforation : consiste à percer des trous microscopiques dans le billet (par exemple une croix suisse dans le cas de la BNS). Ces minuscules trous sont perceptibles à la lumière et on distingue qu’ils sont d’une grande précision et aussi de taille différente.
  • La constellation « EURion » : est le nom d’un élément de sécurité que l’on retrouve sur tous les billets de banque imprimés après 1995. Cet élément consiste en un agencement de symboles (cinq anneaux) disposés d’une façon bien particulière, ceci afin d’empêcher la reproduction par photocopie ou par logiciels de traitement d’image de billets de banque.

    La constellation « EURion » mise en évidence sur un billet de 20 dollars américain.

  • Le filigrane : est sans doute un des éléments les plus répandus et permet de vérifier rapidement et simplement l’authenticité d’un document simple (lettre officielle ou certificat). Il résulte de la diminution locale de la quantité de fibres sur le papier et forme généralement un motif reconnaissable.
  • Encre absorbant les infrarouges : c’est une encre particulière qui absorbe les rayons infrarouges. Une fois les billets exposés à cette source de lumière invisible à l’œil nu, leur aspect se modifie et certains éléments apparaissent alors en gris-noir tandis que d’autres disparaissent.

Il existe d’autres éléments de sécurité qui ne sont pas décrits dans cette liste. Le processus d’impression et de sécurisation des billets se termine par un numéro de série propre attribué à chaque billet, puis par une couche de vernis permettant de le protéger des salissures et autres éclaboussures. Tous les billets passent par un contrôle de qualité et les coupures défectueuses sont éliminées. Une fois arrivés en fin de vie, les billets sont réduits en confettis puis incinérés.

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Confettis de billets de banque avant leur transport vers l’incinérateur.

Alexandre Lachat