L’effroi ressenti, lorsque ces rayons de soleil se cachent derrière ce sombre nuage pour découvrir la pluie froide d’un hiver naissant, est si pesant qu’une petite sortie à but récréatif s’impose d’elle même !  Rien de plus logique donc, que de rechercher le rire et le sourire au travers d’une visite dans la vie de Charlie Chaplin.

C’est aussi utile qu’un chat dans un violon, mais savez-vous qui est l’homme et le personnage qui a su émouvoir, faire réfléchir et amuser cette génération et celle d’avant et celle d’avant encore ?

Jeune indigent, marqué par une enfance dans le manque et l’extrême pauvreté, ses premiers pas sont bien obscurs en cette fin de 19e siècle, mais cela ne l’empêchera en rien de se produire très tôt sur scène. Danseur de claquettes dans la troupe les Eight Lancashire Lads dans sa dixième année, Chaplin développe son jeu burlesque dans une autre troupe, le Casey’s Circus, et devient petit à petit un comédien accompli. D’autres tournées et rencontres s’entrechoquent pour laisser place à la silhouette d’un vagabond arborant une moustache en brosse à dents, une canne souple, une redingote noire et un chapeau melon : Charlot.

Voilà le portrait de ce maître de la pantomime qui nous fixe encore aujourd’hui et qui nous interpelle dans ces films, pour n’en citer que trois :

  •  The Kid (1921) : son premier long métrage, où Chaplin est devenu père adoptif bien malgré lui dans un tourment affectif intense.
  •  Modern Times (1936) : soucieux des problèmes sociaux et économiques de ces temps modernes, ce jeune ouvrier travaillant à la chaîne cherche sa place dans un monde industrialisé.
  •  Limelight (1952), décrit comme son travail le plus intime et émotionnel : un grand clown confronté à la perte du rire et de son public, et accompagné par un autre monument du cinéma muet, Buster Keaton.

En 1952, lors de la promotion de Limelight en Europe, dans une ambiance anticommuniste, Chaplin s’est vu interdire son retour aux Etats-Unis. En proie à la chasse aux sorcières du maccarthysme et malgré ses dénégations, il décide de s’installer en Suisse, à Corsier-sur-Vevey (VD), où se situe le musée aujourd’hui.

Si on est antipathique avec soi-même, quelle sympathie peut-on attendre des autres ?

Chaplin’s World s’articule au travers de trois points clés dont le premier est le manoir de Ban, dans lequel Charlie Chaplin a vécu le reste de sa vie avec sa dernière femme, sa muse Oana et leurs enfants. On a tendance à se remémorer le personnage qu’il a créé mais l’homme derrière le masque est tout aussi présent.

Il a toujours eu horreur que l’on parle le français à table, car lui-même n’avait jamais réussi à l’apprendre. Le manoir révèle aux visiteurs aussi bien des détails, des traits de caractère et témoignages intimes sur son quotidien familial, sa passion pour la composition musicale et l’écriture de scénarios. Tout cela prend vie dans les salons, dans les cadres de photos et albums de famille, dans la salle à manger, ou encore dans les chambres au premier étage, dont l’une d’elle est dédiée à sa femme Oana. On imagine bien un regard sur les fenêtres donnant sur le parc et une balade les jours de soleil. Ce n’est pas une scène qui est jouée, mais cela se rapproche au plus près d’une invitation à partager un intime moment, entre les visiteurs et l’hôte de ces lieux, qui en demeure à jamais la vedette.

Deuxièmement, on oublie peut-être à quel point Charlie Chaplin était présent sur la scène médiatique et quelle était l’influence de son travail dans une « affection internationale ». Tant sur les dénonciations au travers du rire et les messages qu’il a fait passer contre l’inégalité ambiante du monde, que ses observations et ses inquiétudes. Des statues de cire illustrent cette influence, elles animent le manoir et l’ensemble de la propriété, associées à des personnes célèbres qu’il a côtoyé telles que Churchill, Einstein ou Gandhi pour ne citer que quelques noms évocateurs. C’est la première fois qu’un acteur connut une renommée d’une telle ampleur, qui est presque aujourd’hui difficile à imaginer.

«  Mon seul et unique but est de faire rire, il faut guérir de nos impuissances. »

 « Même si on se moque de nos impuissances et des injustices de ce monde, il faut rire ! » Yves Durand, concepteur du musée

A quelques pas du manoir, les studios invitent à se plonger dans la vie de l’artiste ; après une courte projection, le rideau se lève et laisse découvrir les décors de ses premières inspirations, sa ville natale, le cirque et le monde de ses films, mêlant observation et fantaisies interactives. Nous sommes dans les studios de Charlie Chaplin, et il nous accompagne en personne pour traverser les époques dans l’univers de Charlot. Une promenade qui rend les visiteurs acteurs et, à l’instar de notre vagabond éclairé, incite le public à trouver une place quelque part dans ce monde, ici souterrain. Ce personnage est unique, chacun peut y reconnaître une part de lui-même, comme le souligne son fils Michael Chaplin, et c’est ce qui fait l’essence du personnage. Charlot est né de beaucoup de tendresse, avec un « cachet de mélancolie », un soupçon de poésie et un travail d’exigence, car derrière les gags et les farces, Charlie travaillait sans cesse jusqu’à ce qu’une scène, une mélodie ou une chute lui convienne et corresponde parfaitement à son idée.

Les visiteurs peuvent s’imprégner de certains rôles avec des stands de costumes à revêtir sans modération et ces décors qui ne demandent rien de plus que d’être le centre d’attention. Les studios offrent une flânerie entre la piste de cirque et l’échoppe du barbier, tout en saluant d’autres figures du cinéma muet.

Un hommage en bonne et due forme dans ce site qui est l’unique musée et lieu de commémoration entièrement dédié à cet artiste engagé et éternel qu’est Charlie Chaplin.

A l’ombre de la pluie

Chaplin’s World est situé dans un parc de quatre hectares qui n’attend que vous et cette année, le musée propose un parcours lumineux dans le parc du 23 novembre 2017 au 07 janvier 2018 de 17.00 à 18.00.

ACCÈS

Chaplin’s World

Route de Fenil 2 CH – 1804 Corsier sur Vevey

HORAIRES

Tous les jours de 10h à 18h*.

*Achat des billets jusqu’à 17h

https://i1.wp.com/upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/0/00/Charlie_Chaplin.jpg?resize=269%2C336&ssl=1

Nothing is permanent in this wicked world – not even our troubles.

Jean-Konrad Mignon