La semaine dernière, le ministre de la défense britannique Michael Fallon a démissionné suite aux accusations de harcèlement sexuel de Julia Hartley-Brewer. Cet incident aurait eu lieu lors d’un diner en 2002, bien que cette dernière retira sa plainte par la suite, innocentant Michael Fallon sur tweeter.

Dans sa lettre de démission, le ministre britannique explique que :

« Un certain nombre d’accusations ont été portées ces derniers jours contre des élus, dont je fais partie. Beaucoup de ces accusations sont fausses, mais je réalise que, par le passé, je n’ai pas été à la hauteur des forces armées que j’ai l’honneur de représenter ».

Autrement dit, je ne sais pas exactement comment ni pourquoi je suis viré mais, dans tous les cas, je suis désolé.

C’est la mode, dernièrement, de mettre fin à des carrières en raison de harcèlement sexuel. Les personnes accusées démissionnent immédiatement, afin de ne pas salir l’image d’une institution, d’une entreprise, ou d’un gouvernement. Car aujourd’hui, une entreprise qui n’a pas peur de se séparer d’un membre, aussi important soit-il, suite à des plaintes de harcèlement est une entreprise qui respecte les femmes. Pas le temps de vérifier l’authenticité d’une accusation, pas le temps de prouver ce que l’on dit. Et surtout, pas le besoin. L’opinion publique, à la fois ouvertement choquée et secrètement satisfaite d’avoir démasqué un scélérat de plus, a déjà fait son procès : guilty as charged.

Le harcèlement sexuel est en soi un problème grave. Il existe dans tous les milieux et peut mettre les femmes, mais pas seulement, dans des positions extrêmement difficiles. Étant donné les progrès qu’ont fait les sociétés occidentales, c’est à proprement parler une honte qu’un tel phénomène soit encore une réalité.

Mais cela ne devrait pas permettre aux journaux de jouer aux procureurs défiant le fondement même de l’État de droit, fruit de notre histoire et socle de notre société.

De l’autre côté de la Manche, le dernier président de la terre de Voltaire, d’Hugo et de Versailles, Emmanuel Macron, annonce le 16 octobre dernier une loi contre le harcèlement de rue, défini comme des « actes isolés, qui vont du commentaire non souhaité sur l’apparence physique, en passant par les sifflets, les regards appuyés », ce qui serait défini comme des microaggressions aux États-Unis. À croire qu’aborder une fille deviendra bientôt une partie de roulette russe : soit on va boire un verre le soir, soit on finit au poste.

Mais trêve de plaisanteries, c’est une ère bien plus noire pour la dignité de la femme que nous sommes en train de traverser et une atteinte bien plus grave à son éloquence. Car créer une législation pour protéger les femmes des rencontres indésirables suppose qu’elles ne peuvent pas le faire elles-mêmes. De quoi me faire regretter une période que je n’ai jamais connue : celle de nos parents, celle où les femmes n’hésitaient pas à envoyer balader n’importe qui osait dépasser la ligne qu’elles savaient imposer. Celle où un homme trop débordant de confiance n’inspirait pas la peur mais la pitié, ce qu’on ne tarderait pas à lui faire comprendre. Il était au passage, comme diraient les britanniques, common knowledge qu’aucun texte de loi ne saurait mettre fin à la lourdeur d’un homme…

Celle aussi où les femmes n’avaient pas peur des hommes qui les aimaient, qui les voulaient, et qui savaient le montrer. Celle où complimenter une femme sur son physique ne revenait pas à remettre en cause son intelligence.

Pire, c’est participer à la tendance générale de nos jours à vouloir portraiturer la femme comme une victime : fragile, à portée de tout mal, sans défense et sans espoir. Or, les femmes ne sont pas des victimes ; elles ne l’ont jamais été. Ce sont des êtres largement différents de nous et, dans beaucoup de cas je pense, largement meilleures que nous. Elles ont toujours fasciné les hommes, occupant une place unique dans l’idiosyncrasie de la vie. Mieux, comme dirait Gandhi :

« Homme et femme, chacun est complémentaire de l’autre » 1.

Cet idéal, repère intellectuel de la cause féministe, se sentirait orphelin dans le monde intellectuel d’aujourd’hui. Les « Études de genre », dernière invention des féministes qui proposent des cursus en partie centrés sur la victimisation des femmes, font office d’organe de presse dans l’univers intellectuel. Seulement les agendas scientifiques de ces chercheurs sont souvent bien plus politiques que scientifiques.

« To dedicated leftists and feminists, it doesn’t matter how much evidence of sexual differences is produced by developmental psychologists, primatologists, neuroscientists, and other researchers. Any disparity between the sexes—or, at least, any disparity unfavourable to women—must be blamed on discrimination and other cultural factors »1, note la revue scientifique City Journal.

Dans toute période de grand changement émanent des extrêmes. Les féministes convaincues, participant aux mouvements tels que « balance ton porc » sur les réseaux sociaux et s’obstinant à victimiser la femme, ont quelque part au long du chemin oublié la limite entre conviction et obsession, entre passion et haine. Viendra un jour où on se souviendra d’eux avec une certaine affection. En attendant, il est sage de chercher refuge auprès des réelles lumières féministes comme Simone de Beauvoir, qui, dans des périodes bien plus sombres, savaient élever la femme, l’homme, et l’humain :

« Dans les deux sexes se jouent les mêmes drames de la chair et de l’esprit, de la finitude et de la transcendance, les deux sont rongés par le temps, guettés par la mort, ils ont un même essentiel besoin de l’autre ; ils peuvent tirer de leur liberté la même gloire ; s’ils savaient la goûter, ils ne seraient plus tentés de se discuter de fallacieux privilèges ; et la fraternité pourrait alors naître entre eux »2.

Iason Tsaldaris

Sources

  1. https://www.city-journal.org/html/real-war-science-14782.html
  2. Simone de Beauvoir, Le Deuxième Sexe, Tome II, « Vers la libération », p. 573