Depuis son élection le 8 novembre 2016, le Président américain n’a pas cessé de faire le buzz. Cette semaine, Trump, donc « l’homme le plus fort du monde » (comme certains préfèrent dénommer le Président des Etats-Unis), est en voyage en Asie et fait un tour diplomatique dans cinq pays de la région, un événement qui a provoqué beaucoup de critiques sur sa politique mais aussi des moqueries sur ses compétences. Etant des « internautes professionnels », chacun d’entre nous est probablement aussi au courant des tensions récentes qui ont agité nos mondes, comme par exemple la crise du Corée de nord, et qui ont parfois même créé des moments d’incertitude et d’insécurité.

Il y a certaines règles d’or qui régissent les relations entre les pays et les dynamiques globales. Même si l’humanité a vu des efforts progressifs sans précédent depuis la création du système des Nations Unies, ces principes de base sont toujours incontestablement présents sur la scène internationale. L’anarchie (encore mieux établie suite aux traités de Westphalie) est l’une de ces règles : c’est le manque d’une autorité centrale qui distingue la politique internationale de la politique domestique d’un pays. Par conséquence, cette absence d’autorité globale munie d’une « force dure » instaure un ordre dans lequel « chacun » doit se protéger soi-même. De cette nécessité, un second principe de base, qui est étroitement lié au premier, s’annonce : l’équilibre des pouvoirs (« the Balance of Power »). En effet, l’absence d’un pouvoir supranational pousse les Etats à comparer leur « force » à celle des autres Etats et les engage dans une course, qui par la suite cause des conflits diplomatiques et parfois même militaires. Au final, les deux principes ensemble ont pour effet que certains Etats, militairement et/ou économiquement plus forts que les autres, adoptent des politiques d’influence et de dominance.

Pour pallier cette source inévitable de création de tensions interétatiques, les pays les plus forts de l’époque ont décidé de s’accorder le rôle de la gouvernance mondiale « conjointe » et de formaliser ce statut en 1945 (alias le Conseil de Sécurité). Leur but étant le « maintien de la paix et de la sécurité internationales », ils se sont engagés à faire en sorte que la scène internationale se stabilise et se pacifie. Depuis sa création, ce « gouvernement mondial » a vu tant de succès que d’échecs. Parmi ses succès les plus grands, on cite toujours le fait que le nombre d’atrocités liées aux conflits a énormément décliné: il y a eu moins de morts au niveau mondial pendant la première décennie du 21e siècle que pendant n’importe quelle décennie du 20ème siècle.

Néanmoins, les événements récents des dernières années n’arrêtent pas de contribuer à une opinion publique plutôt négative de notre « gouvernement mondial ». La Syrie, l’Ukraine, la Turquie, le Corée du Nord… L’échec d‘une réaction effective et uniforme face à ces défis ne construit qu’une image négative et montre un manque de « global leadership ». En effet, la marche des affaires internationales suppose que notre ordre global retourne aux idées de base d’anarchie et de « Realpolitik » après une période « d’essai » d’un monde plus collaboratif.

C’est sans doute qu’il y a toujours eu de grands Etats avec un focus quasi-unique sur leurs intérêts domestiques et nationaux, même pendant cette période, mais des efforts remarquables des certains blocs de pays existaient quand même. Aujourd’hui et depuis l’élection de Trump à la Présidence américaine, on constate un déclin clair de l’influence de ces blocs. Ian Bremmer et David F. Gordon, deux politologues prééminents dans la littérature, se réfèrent à un concept de « G-Zero world » pour décrire cet état d’esprit. Selon eux, on est entré dans une période marquée par un « vacuum of power ». Ils parlent d’un monde « in which there is no single country or durable alliance of countries that has the ability and/or the will, economically and politically, to drive a truly global agenda ».

P.S. Cet article ne vise qu’à introduire le lecteur à un nouveau concept et de l’inciter à faire des recherches plus approfondies sur le thème. Il n’examine pas les questions soulevées de manière extensive.

Nihat M. Cingöz