Nous assistons, peu le nieront, à un essor alarmant des pensées nationalistes depuis l’aube du 21ème. Cristallisé par l’élection 2016 aux USA ou le retour de Silvio Berlusconi allié avec l’extrême droite en ce moment même en Italie, ces mouvements ont des effets visibles sur le climat des pays touchés : recrudescence des crimes racistes, division avec la communauté internationale sur des sujets urgents (Iran, Corée du Nord), haine de l’autre et peur pour soi. Mais il existe une catastrophe bien plus grave qui se joue sur cette même trame et dont on ne parle pas assez : les partis et les opinions d’extrême droite à la rhétorique taillée pour l’opposition arrivent au pouvoir sans savoir quelle politique mener (à voir les cafouillages de Le Pen sur l’Euro et ses alternatives) et un domaine avec lequel on ne peut pas jouer en pâtit plus que les autres : la culture en général et l’éducation en particulier.

 

Ainsi, Trump voulait supprimer les fonds dédiés aux arts (NEH et NEA) en 2017 alors que ceux-ci ne représentent que 978 millions1. Une goutte d’eau dans les comptes de l’Amérique mais une qui était utile, fertilisante là où elle tombait avant. De nouvelles bourses poussent les élèves américains de la classe moyenne-sup à favoriser les écoles privées dans un mouvement inédit qui aura pour résultat de ghettoïser l’école publique qui n’est forte que lorsqu’elle est diverse. Pour compenser ce qu’il redonne aux riche, ce vrai Robin des bois coupe les bourses des familles modestes. Ce sont des schémas que l’on retrouve partout dans les programmes de l’extrême droite dont les dérives sécuritaires coûtent cher. Très cher. Et à nos enfants de surcroît.

L’éducation est un rouage plus qu’essentiel pour faire de la société une horloge à l’heure. Dans un monde capitalistique où les inégalités se creusent, elle est le dernier ascenseur social efficace. Il faut qu’elle soit gratuite, il faut qu’elle soit uniforme dans son standard de qualité, qu’elle soit à tout le monde. Les hommes ne naissent plus égaux et cette égalité, celle des chances, ne saura renaître que si c’est l’éducation qui l’offre. Aujourd’hui, beaucoup de discriminations viennent du manque de mixité dans nos écoles. Et cela car la peur de l’autre se base exactement sur le même ressort que la peur du noir : elles sont les peurs de ce que l’on ne voit pas, de ce que l’on ne connait pas. Les vaincre incombe à ceux qui les souffrent : il faut rester dans le noir pour réaliser qu’il n’y a rien à part le silence et nos propres angoisses, il faut rencontrer l’autre pour se rendre compte qu’il est comme nous, qu’il a faim, soif et besoin d’amour. Baisser la qualité et la diversité de l’enseignement et de l’offre culturelle est toujours une erreur. Ce sont les manquements de la société qui entretiennent les deux facettes de ce cercle vicieux :  une école qui ne défend pas suffisamment le vivre ensemble pousse à rejeter ceux qui nous ressemblent moins, ceux-là, abandonnés sur la route vers un futur se retrouvent les cibles idéales des mouvances djihadistes et c’est l’essor de ces mouvances qui alimentent la rhétorique des droites dures. L’inverse est aussi totalement vrai. Et la clé de tout cela est une meilleure éducation.

Ainsi, l’école a trois missions fondamentales : armer nos jeunes d’un esprit critique, leur apprendre à se connaître et à connaître les autres et les accompagner dans une orientation qui libère correctement leur potentiel. Quand elle fonctionne, elle offre un peuple en adéquation avec les besoins de l’économie, ouvert, tolérant, armé contre le populisme et fort de connaissances généralistes et nécessaires. Un peuple apte à voter aussi, en son âme et conscience, sans plus n’être que le prisonnier de slogans faciles et racoleurs. Aristote disait : « les racines de l’éducation sont amères mais ses fruits sont doux ». Aujourd’hui, une partie de plus en plus importante de l’échiquier politique s’emploie à couper des branches fertiles de cet arbre dont on a tant besoin, les fruits de l’éducation étant le meilleur engrais d’une société saine.

 

Next time you vote, think twice.

Nelson Dumas