Les rêves ont toujours fait partie intégrante du quotidien de la vie des hommes depuis la nuit des temps. En effet, nous passons en moyenne 25 ans (27 375 nuits de 8 heures) de notre vie à dormir, et pendant ces nuits, nous rêvons au moins 4 à 6 fois par nuit. Les rêves ont donc toujours interpellé les hommes, tant par leur importance en matière de temps que par leur nature étrange.

Commençons par une définition. Selon le Larousse, le rêve est une production psychique survenant pendant le sommeil, et partiellement mémorisable. Les chercheurs de l’Université de Santa Cruz définissent le rêve comme une forme de pensée ayant lieu lorsqu’il y a un minimum d’activité mentale, que les stimuli extérieurs sont bloqués et que la conscience de soi, le « self-system », est éteinte.

Nous rêvons en majorité lors du sommeil paradoxal (25 % de la nuit), mais aussi lorsque nous sommes éveillés. Lors de ce sommeil, l’activité électrique cérébrale est proche de celle de l’éveil, mais certains neurotransmetteurs (sérotonine, noradrénaline, histamine, dopamine) ne sont pas libérés. L’hippocampe est, lui, plus actif durant le sommeil que lors de l’éveil. L’hippocampe joue un rôle important dans la mémorisation, et il semblerait que le jeu entre hippocampes et les différents neurotransmetteurs seraient une composante importante de l’origine des rêves, car il permet la réorganisation et recomposition des informations. Nous en resterons là pour les détails techniques, car de nombreux chercheurs sont toujours en train d’approfondir le sujet.

La majorité d’entre nous oublie 95 à 99 % de ses rêves. Certaines théories avancent que c’est parce que nous ne prêtons pas assez d’importance à ceux-ci. Il suffirait donc de vouloir s’en souvenir pour que ce soit effectivement le cas. Une autre théorie suppose que c’est l’absence d’un neurotransmetteur associé à la mémoire (norepinephrine) qui serait responsable de notre amnésie nocturne.

Mais pourquoi rêvons-nous ? Les rêves ont-ils une fonction, un but ? Personne n’est certain ! La recherche actuelle semble montrer que les rêves n’ont pas de fonction propre, contrairement à ce que proclamèrent divers psychanalystes et chercheurs par le passé.

Freud postula que la fonction des rêves était de préserver le sommeil face aux différents besoins du corps, peu de temps avant l’éveil. La découverte du sommeil paradoxal (qui a lieu vers la fin de chaque cycle de sommeil [4 à 5 cycles par nuit]) et l’occurrence des rêves lors de celui-ci démontrèrent que les raisons avancées par Freud sont fausses.

Jung avança que les rêves servaient à compenser les parties de la personnalité sous-développées lors de la vie éveillée. Malheureusement, les études de Calvin Hall démontrèrent que le contenu des rêves était en continuité avec notre comportement et nos pensées lorsque nous sommes éveillés.

D’autres théoriciens ont également avancé que les rêves nous aideraient à résoudre les problèmes que nous rencontrons éveillés, mais peu d’études de terrain semblent confirmer ce postulat.

L’avènement des ordinateurs amena même certains chercheurs à écrire par analogie que les rêves seraient un moyen de déblayer (« clear ») le système, permettant de sélectionner seulement le bon du mauvais. Cependant, très peu de rêves font référence à la journée qui les précède.

Les rêves n’ont donc pas de fonction évolutive jusqu’à preuve du contraire. En revanche, ils peuvent avoir un sens et ont souvent eu un usage culturel à travers l’histoire.

Les rêves d’un individu sont fortement corrélés avec son identité (âge, genre, culture) et ses préoccupations personnelles. Les rêves d’un individu peuvent donc avoir du sens, puisqu’« avoir du sens » signifie une relation cohérente entre différentes variables. L’Université de Santa Cruz a montré qu’un échantillon de 75 à 100 rêves d’une personne permettait de dresser un relativement bon portrait psychologique de l’individu.

Quant à l’usage culturel des rêves, le sujet est inépuisable : dans beaucoup de sociétés, les rêves et leur interprétation permettraient de comprendre les différents maux affectant le rêveur en question et de le délivrer de ceux-ci. Dans beaucoup d’autres sociétés, les rêves ont eu et ont toujours une fonction prémonitoire. Nombreux sont les gens qui aujourd’hui croient que les rêves permettent de comprendre des vérités cachées à propos d’eux ou du monde. Dans ce cas, les chercheurs démontrèrent que l’interprétation que le sujet fait de son rêve dépend fortement de ses désirs, de ses pensées et croyances préalables.

Concluons en une phrase : il n’a donc pas encore été prouvé que les rêves ont une fonction évolutive, cependant, les rêves d’une personne en disent long sur celle-ci, bien qu’ils ne révèlent rien sur son monde ni sur son futur.

Charles Emsens