Arrête ! C’est ici l’empire de la mort.

Flippant n’est-il pas ? Non, je suis d’accord.

Nourrissant fantasme et réalité depuis des siècles, nos pères faisaient leurs soirées médecine en ces lieux, aujourd’hui véritable rave souterraine ou paradis des songes de quelques aventuriers, les catacombes sont à elles seules un monde qui s’ouvre à vous et vous enlacent de leurs bras tortueux, rien de plus qu’un autre monde à explorer.

ORIGINE

Si cet alexandrin nous ouvre une longue série de poésies et de flâneries se rapprochant d’un chemin à dimension méditative, ce site original restitue de manière émouvante, percutante et belle l’histoire de plusieurs millions de parisiens rassemblés en un seul et même lieu, dans une dernière demeure somnolente. Catacombes.

Sous la terre, sous les mots et dans le cœur de pierre calcaire d’un sous-sol parisien, à une vingtaine de mètres de la vie d’au-dessus, s’est constitué un ossuaire aux dimensions inespérées. Conséquence de la putréfaction naturelle humaine dans les cimetières de la cité de l’amour et l’entassement prolongé pendant des siècles de plusieurs générations de parisiens venant malgré eux s’engloutir telle une vague de moire dans le vivant.

« A l’époque dont nous parlons, il régnait dans les villes une puanteur à peine imaginable pour les modernes que nous sommes » (Süskind, 1985). Les cimetières débordaient de vie, avec beaucoup trop de hardies et d’envies pour les mœurs d’époques, et la situation devenait gênante pour tous, y compris les morts.

Ainsi la translation des occupants de ces derniers commença dès la fin du XVIIIe siècle là où il avait de la place : dans les anciennes carrières de pierre utilisées pour construire les demeures de Paris que nous contemplons encore cette nuit, dont l’une de ces petites « cabrioles » habitations est Notre-Dame de Paris. Cette immensité finit par recueillir les ossements de tous les cimetières de Pantruche et cela toujours à la tombée de la nuit accompagnée d’un cérémonial oh tout particulier élaboré au travers d’une procession de prêtres, qui chantaient l’office des morts le long de cette balade.

Retirer les étoffes poussiéreuses d’une maison habitée par des fantômes pour découvrir la splendeur des meubles tapis dessous.

UN MUSEE

mage associée

Quand on est dans les Catacombes, la vie dans « l’au-delà » c’est la voiture qui frôle la cuisse charnue d’une parisienne pressée quelques dizaines de mètres plus haut, mais dans ces murs de pierre, le long d’un enchevêtrement de galeries, et de couloirs étroits, le visiteur découvre aujourd’hui une mise en scène de la mort dans une invitation plus que romantique.

Les Catacombes sont officiellement rattachées au musée Carnavalet – Histoire de Paris en 2002. Qui d’entre nous est plus à même de conter les moments bouleversants de la ville Lumière dans un temps quasi imaginaire pour ceux qui ne connaissent ni Danton ni Marat, que ces spectres eux-mêmes qui ont composé cette Histoire et que nous rencontrerons plus tard.

D’un cavalier ou une cavalière ne manqueront jamais à cette danse macabre et souriante proposée par Héricart de Thury qui aménage le lieu pour la visite au public dès 1810. Il fait tracer au plafond un trait noir, servant de fil d’Ariane aux visiteurs et y arrange les ossements jetés pêle-mêle quelques années auparavant pour son décor funéraire.

THEME DE LA MORT

Funeste n’est rien de plus qu’un sentiment égaré à la petite lueur de bougies blanches que l’on place sur un chevet.

Héricart de Thury n’a pas essayé de ranger la forêt en trillant des osselets mais a voulu « rompre la sinistre et noire monotonie de cet immense Ossuaire ». ‘Romantico-macabre’ peut-être oui, mais romantique tout de même ! De ce lieu on ne peut laisser quiconque indifférent, on décline de toutes les façons possibles la condition humaine, la mort, le temps, en somme des puits de réflexion sans fin pour les habitants des Catacombes et ceux qui viennent les visiter. Le sentiment de sombre mélancolie imprimé dans les orbites creuses d’une tête sans visage reste lugubre (tout de même), mais notre hôte a façonné une balade qui engage un brillant rapprochement entre la peur de la mort, montrant presque tout l’inverse ici, et l’établissement d’un lieu pour la faire vivre. La réunion des plus belles sentences de l’époque sur notre existence, sa fragilité, la mort, font ralentir le visiteur et l’oblige simplement à réfléchir et à ne pas marcher sur un os.

Au rythme de la visite souterraine, avec son temps propre, c’est une vraie leçon d’humilité qui est donnée, presque un cours, et qu’on s’empresse bien évidemment d’oublier, ou pas, une fois remonté à la lumière du jour.

Rendez-vous vendredi prochain, nez à nez avec le squelette d’un Homme qui était sans autre pensée philosophique un être capable de respiration et de raison comme vous l’êtes actuellement je l’espère, on se sent d’une petitesse… C’est une épiphanie peut-être mais c’est fou comme l’on se ressemble tous dans ce plus simple appareil qu’offre un sommeil sans réveil.

Le Temps n’est pas seulement présent dans les inscriptions, il l’est partout, dans les murs, dans les os, dans les piliers, dans l’obscurité et surtout dans le silence.

Le macabre n’est pas horrible, la mort peut être très belle, faut-il encore s’en rendre compte, et c’est ici qu’Héricart de Thury apporte sa ‘’pièce’’ flânerie.

QUELQUES MORTS CÉLÈBRES

D’un cadavre exquis au cimetière vivant le plus célèbre de Paris (après le cimetière du Père-Lachaise qui est, nous l’admettrons fort facilement, d’une beauté à tomber raide mort).

Nous rencontrerons parmi les ossements provenant de plusieurs cimetières et églises de Paris, les restes conservés de nombreuses personnalités des siècles passés,  entre  autres les écrivains François Rabelais (1494 – 1553), Jean de la Fontaine (1621 – 1698), Charles Perrault (1628 – 1703), le sculpteur   François  Girardon (1628 – 1715), le peintre Simon Vouet (1590 – 1649), JK (1994 -?), les architectes Salomon de Brosse (1571 – 1626), Claude Perrault (1613 – 1688) ou encore  Jules Hardouin-Mansart (1646 – 1708).

La guillotine apporta de nouveaux visages aux Catacombes pendant la Révolution : Lavoisier (1743 – 1794), Madame Elisabeth (1764 – 1794), Camille et Lucile Desmoulins (1760 – 1794 et 1771 – 1794), Danton (1759 – 1794), Robespierre (1758 – 1794) … et les corps des gardes suisses tués lors de la prise des Tuileries.

LES PETITS PLUS DES CATACOMBES

« Paris : Airbnb offre une nuit à 350 000 € dans les Catacombes à ses clients »

ne nuit pour deux dans les catacombes de Paris.En 2015 pour fêter Noël, pardon, Halloween, Airbnb propose une offre à l’un de ses clients pour le moins surprenante : une nuit entière au milieu des respirations futiles de quelques squelettes endormis. Un peu glauque, j’en conviens à contre cœur, mais pour une Saint Valentin, cela aurait été absolument merveilleux ! Toujours est-il que cela fit scandale…

Est-ce choquant de privatiser ce lieu ou s’enchevêtrent des ossements humains alors qu’il accueille déjà plus de 300 000 curieux et visiteurs par année ? Pas évident. Néanmoins, une chose est sûre, il s’agit du palace d’une nuit le plus cher de l’histoire de Paris.

Un film

As Above, So Below a été réalisé dans ces dernières en août 2014, une purge dirons-nous sans jugement, mais les décors donnent une approche toute délectable.

Les Cataphiles

mage associée

Votre équipe d’HEConomist ne manquant jamais un samedi soir agité s’est donc rendu à une manifestation souterraine ! Non, pas encore.

Les Catacombes font environ 300 km de longueur dont un parcours de 1.5 km que l’on peut visiter, ce qui, je vous laisse imaginer, donne lieu à beaucoup, beaucoup de possibilités. Les personnes férues de ces visites s’appellent les cataphiles, et participent grandement d’une part aux explorations et d’autre part à faire vivre ce lieu de manière un peu moins poétique (encore que). Ces soirées, interludes, réunions ou squats créent une autre vision de la sorgue à Pantin.

UN MUSEE PEU CONNU MAIS

L’entrée des visiteurs est à l’adresse suivante :

1, avenue du Colonel Henri Rol-Tanguy (place Denfert-Rochereau)

75014 Paris

Parcours de 1,5 km avec la sortie au 21bis avenue René Coty
Il n’y a pas de vestiaires. Les animaux sont interdits sauf les hommes.

130 marches à descendre. 83 marches à remonter.
Température : 14°.

En raison d’une très forte affluence, le temps d’attente est parfois estimé à plus de 3 heures, sans garantie d’entrée comme au Berghain, mais les deux valent le coup !

Eh bien maintenant, il faut remonter !

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Jean-Konrad Mignon

Crédits Images

Maria Van Oosterwyck, 1668, Kunsthistorisches Museum Vienne

http://artifexinopere.com/?p=6452

Simon RENARD de SAINT-ANDRÉ (1613-1677) Vanité