Il est toujours délicat de parler de temps-libre car c’est quelque chose de très personnel. Certaines personnes sont toujours débordées alors qu’elles ont l’air de ne rien faire et alors que d’autres ont des agendas de ministre et n’ont pas l’air de s’en soucier.

Dès lors, il est difficile de généraliser. Pour certains, la charge de travail à fournir pour les études en HEC est correcte et s’il y avait moins, on perdrait notre temps avec des cours pas assez stimulants. Pour d’autres, c’est tout l’inverse. J’aurai donc de la peine à faire part d’une grande objectivité en écrivant cet article et mes propos seront principalement basés sur des ressentis.

Ce semestre de ma première année de master en management, j’ai personnellement une charge de travail conséquente car j’ai pris des responsabilités en dehors de mes cours. J’ai donc souvent demandé aux étudiants HEC de mon entourage comment se passent leurs études pour voir s’ils avaient également du mal à suivre le rythme. La majorité semble être dans le même cas que moi. Il y beaucoup de boulot. Pas forcément une question de difficulté, mais plutôt d’heures investies.

À partir de ce constat, nous pouvons nous demander si les étudiants, qui n’ont qu’une vingtaine d’heures de cours par semaine, sont mal organisés, fainéants, font trop la fête ou s’il y a effectivement une trop grande quantité de matière.

Vous vous en doutez sans doute, je n’ai pas de réponse à cette question. Au fond, s’il y avait plus, on le ferait quand même, et s’il y avait moins, on procrastinerait sûrement plus. C’est à l’université de choisir le bon niveau car les étudiants s’adapteront toujours. Où se situe-t-il donc ?

En tant que faculté dans la course aux classements des meilleures universités, HEC Lausanne cherche à avoir des étudiants de haute qualité à la sortie de leurs études. Que les critères de classification dépendent du salaire des alumnis ou de leur facilité à trouver du travail trois mois après la fin des cours, ces notations découlent d’aptitudes qui dépassent la simple matière enseignée en cours. Les étudiants doivent pouvoir travailler sur des projets de grande envergure, avoir de bonnes relations interpersonnelles et détenir des connaissances variées leur permettant de naviguer dans diverses situations. Ces « soft skills » sont mises en avant lors des masters où les projets de groupe et les études de cas sont nombreux.

Dans un sens, je trouve que c’est tant mieux. Ces compétences doivent en effet être développées avant de rejoindre le monde du travail, mais dans un autre sens, je ne connais pas grand monde qui aime les projets de groupe. C’est souvent long. On passe du temps à se documenter sur un sujet qui ne nous intéresse guère pour pouvoir rédiger de longs rapports ou faire de jolis powerpoints qu’on ne relit jamais après les avoir rendus et qui laissent un sentiment de s’être investi pour pas grand-chose. Pour les études de cas, on survole bien souvent trop pour pouvoir réellement s’immerger. D’une manière générale, il y a ce souci de perception : si un travail est noté, ses aspects sympathiques vont s’amenuiser et il deviendra une inévitable corvée.

Je trouve cela regrettable que ce genre de compétences soient développées par le canal de la carotte et du bâton. Les années d’études sont aussi là pour nous faire profiter de découvrir le monde, de faire des expériences et d’acquérir des connaissances sur des sujets qui nous intéressent. Malheureusement, beaucoup d’entre nous avons quitté nos hobbies et nos passions en arrivant à l’université pour nous focaliser à 100 % sur nos études et parfois le job d’étudiant nécessaire pour les soutenir. En rétrospective, les années d’études nous apportent beaucoup de connaissances « brutes », mais passent sans vraiment nous marquer. Heureusement, il y a les longues vacances d’été qui nous permettent de voir d’autres horizons.

Pourtant, ce n’est pas l’offre qui manque sur le campus universitaire. Il y a de très nombreuses conférences de haute qualité, des associations diverses et variées, une bibliothèque regorgeant d’ouvrages passionnants, etc.

« J’aimerais m’intéresser à ça, mais je n’ai pas le temps ».

Un constat que nous nous faisons régulièrement lors de nos choix d’activités extracurriculaires. Les conférences dépassent rarement la cinquantaine de participants, les membres d’associations quittent après quelques années pour alléger leur programme et quasiment aucun étudiant en HEC n’a ouvert un livre d’économie de son plein gré ne serait-ce qu’une fois dans son cursus.

Est-ce qu’allouer plus de temps aux étudiants est une fausse bonne idée ? Bien sûr, il y a le risque que certains n’en fassent pas plus et qu’ils sortent de leurs études sans pouvoir travailler en groupe, mais je pense que la plupart d’entre nous sommes peu fainéants et plutôt ambitieux. Avoir plus de temps libre nous permettrait certainement de diversifier nos compétences en faisant des choses qui nous plaisent. Les softs skills tant travaillés durant les cours le seraient alors en dehors. Les étudiants se lanceraient volontairement dans des entreprises qui les motiveraient et qui leur permettraient de produire quelque chose de tangible et donc stimulant. Peut-être faudrait-il davantage soutenir les projets indépendants des cours. Créer une culture associative plus forte afin de stimuler les expériences, aventures et envies créatives de chacun au lieu de garder ceci confiné aux plus motivés.

Pour conclure, je soulignerais que j’ai tout de même eu le temps de rédiger cet article. La situation n’est pas catastrophique. Mais est-ce que mon temps aurait été mieux utilisé sur des projets de groupe ? Définitivement oui. Le plaisir de m’investir là-dessus est contrecarré par le stress de ne pas avancer sur le reste.

Luca Bron