Lors des élections françaises, la lutte politique entre les candidats est avidement suivie par les Suisses romands. Aux dernières en date, tout le monde connaissait Macron, Le Pen, Fillon, Mélenchon ainsi que leur direction politique et chacun savait pour qui il aurait voté (même si ça n’avait aucune importance, n’ayant pas le droit de vote). Quand on compare la connaissance des Romands des politiciens français à leurs propres politiciens, on est en droit de s’interroger sur cet engouement.

Pourtant, il y a une certaine logique là-derrière. Le débat est souvent agité en France, si bien qu’il traverse la frontière et intéresse son voisin. Ajoutons à ceci que beaucoup d’Helvètes suivent les médias français et ils apprennent et s’intéressent à la longue à ce qu’il s’y passe. Surtout, c’est un feuilleton amusant avec des émotions, des jeux de pouvoirs, des retournements de situation. Le résultat final est également important car les décisions françaises ont des répercussions en Suisse.

Pour conclure ce paragraphe qui a enfoncé beaucoup de portes ouvertes, je comprends pourquoi on s’intéresse à la politique française quand bien même on ne suit pas le débat italien ni ne savons qui est le président de l’Autriche, des pays pourtant également voisins.

 

Les années 2016-2017 ont été marquées par un autre feuilleton d’ampleur : l’élection américaine.

Il était succulent de par son casting et principalement l’acteur principal : Donald Trump. Des milliers d’articles de journaux et d’émissions de télévision à travers le monde ont relevé à quel point il est bête ; d’autres milliers ont pointé du doigt qu’il n’arrête pas de se contredire, qu’il ne sait pas s’exprimer, qu’il ne peut pas s’empêcher d’être insultant, qu’il a des lubies comme le mur mexicain, qu’il n’y connaît rien en politique, que même son parti ne le soutient pas, qu’il ne peut pas serrer la main à quelqu’un d’une façon civilisée, qu’il a la peau orange, etc., etc.

Cette couverture médiatique lui a permis de bondir dans les sondages dès le début de sa campagne. On parlait de lui pour se moquer d’un clown qui est ensuite devenu président des États-unis grâce au soutien de ses pourfendeurs. Ce qui est très spécial, c’est la manière dont les médias parlaient du personnage qu’ils jugeaient, critiquaient, tournaient en ridicule en ne laissant qu’une petite part au factuel.

 

Le feuilleton est maintenant terminé depuis longtemps. Cependant, on peut encore voir régulièrement les sujets d’articles mentionnés ci-dessus repris des milliers de fois dans la presse mondiale comme s’ils surprenaient encore quelqu’un.

« BREAKING NEWS : Trump s’est contredit ! », « Trump s’est mal comporté ! », « Trump est impulsif ! ». C’est bon, on commence à l’avoir entendu cette chanson, non ?

Eh bien, non apparemment. Si Trump se trouve si régulièrement dans la presse, c’est qu’il fait vendre. Pour exemple, le seul article que HEConomist ait publié sur Trump cette année fait partie des 10 plus consultés. Trump fascine parce qu’il est à la fois le bouc émissaire dont on a du plaisir à lire les articles moqueurs et un des hommes les plus puissants du monde.

 

Bien sûr, la presse autour du personnage est tout à fait légitime aux États-Unis, particulièrement pendant la campagne, quand les journalistes essayaient d’informer au mieux voir de convaincre leur audience.

Par contre, tous les arguments que j’ai pu citer en introduction qui justifient que les Suisses s’intéressent à la politique française ne s’appliquent pas à la politique états-unienne. Les USA ne sont pas un pays limitrophe, nous ne lisons généralement par leurs journaux ni ne regardons leurs télévisions et, le plus important de tous, nous sommes très peu influencés par ce que Trump décide.

Pour soutenir ce propos, je vous pose cette question : quelle décision du chef d’état a eu une influence directe sur la Suisse ? On citera la non-ratification de l’accord sur le climat, le TTIP ou Tafta, traité de libre-échange entre Europe et Etats-Unis (qui n’aura, au final, pas lieu), et les possibles sanctions économiques qu’il veut imposer à l’Europe (pis encore, la Suisse n’est pas très dépendante des produits concernés). Pour ces trois sujets, l’influence de Trump est encore débattable. Les chambres américaines à majorité républicaines auraient pu arriver aux mêmes résultats. Pourtant, on épie chaque faits et gestes de Trump comme s’ils allaient avoir un impact majeur sur nos vies.

Certains diront qu’il est normal de suivre quelqu’un d’aussi important. Mais à titre de comparaison, qui peut citer le nom d’un des enfants de Vladimir Putin et de Xi Jinping ? Qui sait qui leurs coupent les cheveux et, le plus important de tous, qui connaît le résultat du bilan de santé de ces deux personnes ?

La présidence de Trump a le mérite de soulever beaucoup de questions : la nécessité de la bienséance et des manières pour une personne d’importance, la mise en danger de l’environnement au profit de l’économie, les « fake news » et les « alternative facts » qui sont une manière de cacher la vérité aux citoyens, la diplomatie par la terreur, et, comme je l’insinue dans cet article, la place du président des États-Unis comme « dirigeant du monde ».

Pourtant, les médias préfèrent s’arrêter sur des anecdotes insignifiantes comme récemment les histoires de fesse qu’il a pu avoir avec une actrice pornographique. Trump est devenu l’amuseur de galerie international. Lire un article sur ses déboires créera une réaction émotionnelle, que ce soit de l’énervement, du rire ou de la déception. Les journalistes l’ont bien compris et font passer les dernières du président avant des analyses approfondies.

La question qui restera donc la plus pertinente à mes yeux autour de la présidence de Trump est alors la suivante : est-ce que la presse, aussi sérieuse qu’elle prétende être, n’est pas simplement un organisme de divertissement qui essaie de profiter un maximum du show de télé-réalité de Donald Trump ?

Luca Bron