Chaque deux semaines, devant la page Word blanche qui deviendra bientôt « l’article du moment » d’HEConomist, j’ai peur. Peur de me tromper de cible, de sujet, de ton ou de registre. Car on ne sait bien sûr jamais tout de tout et le monde ne pardonne pas facilement les faux pas qu’on fait tous. Pourtant cette page-ci, celle du dernier article de mon premier semestre de rédacteur pour ce journal, je veux en faire une ode à ces risques qu’on ne prend pas assez.

Pourquoi parler de ces risques si individuels dans un journal orienté éco me dira-t-on car on s’attache trop à la logique des choses. Eh bien parce qu’une économie ne tourne que si elle innove et que derrière chaque révolution, petite ou grande, à avoir bouleversé le paradigme économique, il y avait un risque, d’abord identifié, puis pris et finalement évité par quelqu’un, un brave, qui ne s’est pas laissé impressionner.

Que risquer ? Quand ?

Nous sommes, je le mentionne à nouveau, un e-journal d’étudiants en économie avant tout. Du coup, je vais vous demander d’envisager les risques comme des coûts d’opportunité, et c’est comme ça qu’ils se définissent le mieux. Un risque, c’est la contrepartie d’une chance. C’est la chandelle que le jeu doit valoir.

Le risque, et c’est dommageable, est trop souvent associé à un comportement masculin. On démontre à chaque étude que, pour le même poste, un homme se portera candidat s’il considère qu’il possède un tiers des qualifications requises alors qu’une femme hésitera même si son profil est en adéquation parfaite avec les besoins de l’entreprise. J’aimerais aussi signer ici une plaidoirie pour que les femmes se trompent plus, se fassent plus confiance. Nous devons, en tant que société, prendre le risque de rendre l’environnement professionnel plus fertile en risk-takers féminins. Cela passe forcément par une égalité salariale due depuis si longtemps, une orientation lors de la scolarité qui ne donne plus l’impression que certaines voies sont « genrées » et des lois plus fermes, bien plus fermes face au mobbing sous toutes ses formes.

Parenthèse politique refermée pour l’instant, je vous invite à vous souvenir de la dernière fois que vous vous êtes dit qu’une opportunité n’était pas raisonnable ou réaliste. L’avez-vous fait par peur ? Peur des autres ou de trouver en chemin la limite de vos capacités ? Si c’est à cause de la pression sociale, rassurez-vous, nous tremblons tous avant de monter sur scène, de sourire à quelqu’un qui nous plait ou de se soumettre à la critique. Si c’est par contre parce que vous ne connaissez pas vos limites, il vous faut définitivement franchir ce cap. Apprendre à se connaître est la mission d’une vie. Vous êtes la seule personne qui sera toujours là pour vous, autant savoir sur quoi vous pouvez compter. Mieux se connaître, c’est mieux se tromper, grandir un peu plus de ses échecs. Ils ne vous définissent pas, vous n’êtes que la somme des chances que vous n’avez pas laissé passer. A « que risquer », je réponds : dans tous les cas, votre confort, matériel ou circonstanciel. Si vous ne vous sentez pas un peu menacé tous les jours, votre quotidien ne contient pas suffisamment de risques. C’est si dangereux ce confort, car on s’y endort. Il est un voile d’illusions qui nous aveugle et nous sépare de celui qu’on pourrait être, de ce soi idéal qu’on a tous en tête. A « quand risquer » s’impose une réponse un peu clichée et surement floue : à chaque fois. Les opportunités avancent souvent déguisées et vous devez vous entrainer à rester à l’affut. Les voir et les rater ce n’est pas aussi grave que passer sa vie à les manquer.

Comment sortir de cette torpeur

Faites confiance aux capacités que vous vous connaissez ou que vous pensez avoir. Qu’il s’agisse d’écrire, de jouer, de programmer, de courir, d’écouter, tout ce que vous pouvez faire bien est une opportunité. Si vous ne trouvez pas, pas de panique, quoiqu’en pensent certains, il n’y a pas d’âge limite pour se découvrir une passion. Les raisons qui doivent vous pousser à agir peuvent être vraiment diverses et il n’y a pas de jugement de valeur. L’important, c’est de le faire. Que ce soit un régime qui vous aide à reprendre les commandes de votre corps, du yoga pour votre esprit ou un logiciel qui change le monde, prendre un risque est toujours une win-win situation. Parce que réussir, c’est changer quelque chose de juste soi jusqu’au monde entier pour le meilleur et qu’échouer, c’est augmenter ses chances de réussir la prochaine fois et grandir, grandir tellement.

Le courage des artistes est exemplaire pour ça. Oser montrer vos mots, vos croquis, vos idées à ce monde attentiste qui juge souvent sans comprendre, c’est le plus beau des paris. Vous êtes un artiste à la seconde où vous créez, quoique vous faites et quelle que soit la sismicité du résultat. Dali a désigné le logo Chuppa Chupps, preuve de plus qu’en création il n’y a véritablement pas de sot métier, alors risquez.

 

Je n’aime pas beaucoup les citations car je leur préfère le risque de choisir mes propres mots. Il en est une pourtant que je garde toujours en tête et qui est à elle seule un hymne à la fertilité prodigieuse des échecs : « Je n’ai pas échoué. J’ai simplement trouvé 10’000 solutions qui ne fonctionnent pas. » disait Thomas Edison sur la découverte de l’ampoule. Le monde change parce que des gens, partout, décident de prendre le risque de faire une erreur de plus ; faites partie de ce mouvement submergeant de gens imparfaits qui réussiront car ils n’ont pas peur d’échouer.

Nelson Dumas