Il y a dans l’air une lourdeur que rien n’excuse. Les gens sont tristes et l’avenir leur apparaît maussade. On crie contre le capitalisme, à la perte de droits, à la folie des grandeurs de nos élites. Pourtant, et vous en serez très bientôt convaincus aussi, tout va mieux.

À l’échelle du monde

Beaucoup d’indicateurs dont on ne parle pas assez sont encourageants et montrent les effets positifs du développement à l’échelle mondiale. Un des plus flagrants pour commencer : la mortalité infantile a chuté de 64.7 par millier d’enfants en 1990, à 29.4 en 2017. Et cela s’explique par plusieurs autres facteurs. Ainsi, le pourcentage de la population mondiale vivant avec 1.9$ ou moins, est passé de 42 en 1981 à seulement 10% en 2017. Enfin, 5.6 milliards de personnes ont aujourd’hui accès à l’eau potable contre seulement 5 milliards en 2000 (soit 7.4% de plus pour un total actuel de 88.5% de la population globale).

L’accès au soin, s’il sauve nos enfants, nous permet aussi à tous de vivre plus longtemps. L’espérance de vie à la naissance dans le monde est passée de 46,6 ans en 1950 à 70 ans en 2012 (les femmes vivent partout dans le monde en moyenne 5 ans de plus que leurs concitoyens masculins). Quant à l’éducation, la hausse significative du taux d’alphabétisation est une excellente nouvelle (de 68.89% en 1976 à 86.25% de la population mondiale en 2016). En effet, cette capacité à lire est le fer-de-lance du combat contre l’obscurantisme.

Un autre indicateur, qui est objectivement celui d’un développement sain de la capacité de discernement d’une population — même si on peut s’opposer à sa valeur subjective — est la part de la population mondiale qui ne croit plus en Dieu. Les chiffres cumulés de l’athéisme et de l’agnosticisme représentent désormais la troisième « religion » du monde avec un milliard de non-croyants.

Les libertés individuelles progressent aussi. De 0 pays en 2000, nous sommes passés en 2018 à 25 États où le mariage entre individus de même sexe est légal. Ce sont désormais plus 14.5% de la population mondiale qui n’ont plus à prétendre être quelqu’un d’autre. Les femmes et leur place dans notre société gagnent aussi de belles victoires symboliques comme l’essor du mouvement #Metoo qui a libéré la parole des victimes et démontre qu’on ne peut plus abuser sans conséquences, mais aussi la possibilité pour les femmes de conduire en Arabie Saoudite. L’émancipation de toutes les minorités (ou groupes minorisés) est en marche et reste un défi magnifique pour les années à venir.

À l’échelle de la Suisse

La Suisse n’est pas toujours un exemple : retard conséquent sur le vote des femmes, l’égalité salariale, les inégalités sociales. Pourtant, à l’échelle de notre pays, beaucoup de nouvelles sont aussi réjouissantes. La facilitation de la naturalisation des étrangers de 3ème génération, votée en 2017, apporte enfin la reconnaissance de notre nation à tous ces citoyens venus d’ailleurs qui l’ont bâtie et qui sont très souvent « plus suisses » qu’un helvète de souche.

La fréquentation des transports en communs est en hausse de 31% pour les routiers et jusqu’à +63% pour le rail depuis 2000. Dans le même intervalle, la mobilité douce a augmenté de 23%. Autant de signes positifs vers l’abolition du cliché d’une personne par voiture. Les accidents de la route ont aussi beaucoup diminué.

Cela comme d’autres facteurs continuent de faire des Suisses une des populations qui vivent le plus longtemps : 81.4 ans pour les hommes et 85.4 ans pour les femmes.

Que des réjouissances ! Vraiment ?

Conclusion

Les 67 premiers pourcents de cet article ont été écrits avec une mauvaise foi volontaire. Effectivement, tout ce que j’ai cité est vrai et on ne peut nier que — du moins par ces aspects — les choses vont mieux. Mais ce n’est pas réaliste de dire que tout va mieux. Pas dans un monde de plus en plus intolérant, de plus en plus sectaire, de plus en plus fermé. Pas alors qu’on laisse des néo-nationalistes surfer sur nos peurs, sur le fond sombre de nos âmes.

Tout peut aller mieux et j’espère que dans 5 ou 10 ans un rédacteur (gageons : une rédactrice) puisse réécrire cet article en omettant ma conclusion. Il faut pour cela un effort continu, global. Une dynamique pour des changements profonds dans notre rapport à l’environnement et aux autres. Et ce mouvement mes amis, chers lecteurs, nécessite non seulement toute la force vive qu’on peut trouver mais aussi votre engagement. Je cite en source deux associations que je vous invite à soutenir. La première, SOS Méditerranée, est seule en mer avec l’Aquarius, dernier bateau d’ONG au large des côtes européennes. Seule pour sauver des milliers de vies. La deuxième, la fondation FXB, permet depuis 25 ans à des populations défavorisées de briser le cercle de la pauvreté endémique en leur offrant des outils pour devenir autosuffisant. Donnez, si vous pouvez, à celles-ci ou à d’autres.

Donner, c’est beau et c’est fort et c’est un excellent début. Mais la suite, c’est commencer à donner de soi par l’exemple, par de petits gestes. Votez déjà ! Pour faire toujours rempart aux monstres qui se nourrissent de notre apathie. Engagez-vous ! Manifestez ! Utilisez votre présence en ligne et vos cercles d’influence pour dénoncer et guider. Nous avons tous le potentiel de devenir acteur du changement, pariez sur vous ! Pariez pour l’enfant qui vous regarde, un peu accusateur, en couverture de cet article, pour elle et pour tous les autres, sur nos chances de créer un monde meilleur. Un monde où tout ira mieux.

 

Nelson Dumas