La parole est un sport de combat (JCLattès,2017), c’est ainsi que s’intitule le dernier livre de Bertrand Périer, avocat à la Cour de cassation et au Conseil d’État à Paris mais également professeur d’art oratoire à Sciences Po et HEC Paris.

Ce livre, Me Périer l’a écrit pour partager son goût de l’art oratoire. Entre deux extraits biographiques, il y donne de nombreux conseils pour améliorer son expression orale et avoir confiance en soi lors de prise de parole en public.

Pour lui, l’éloquence, ou du moins le fait de bien s’exprimer en public, est un véritable indicateur social. Elle est la représentation même de la violence symbolique présente entre les différentes classes sociales. La manière dont l’on parle reflète énormément sur nous, notre éducation et notre environnement. Me Périer le souligne bien : « Je mets aujourd’hui un point d’honneur à transmettre l’art de bien parler aux jeunes pour qu’ils se libèrent des déterminismes sociaux. Les mots pour s’émanciper et refuser l’aliénation. Les mots pour débattre, plutôt que se battre. [1]»

Bien parler, a donc son importance de nos jours, au travail ou ailleurs.

Mais en fait, en quoi consiste exactement l’éloquence ?

À cela, Me Périer propose plusieurs éléments de réponse.

Tout d’abord, l’usage des mots a forcément une importance cruciale. Avoir le mot juste est un véritable défi pour n’importe quel orateur. De bons mots permettent une grande précision de la pensée et des sentiments. Pour cela, rassurez-vous, il n’est pas nécessaire d’utiliser un langage baudelairien du début du 19ème. Certains mots du 21ème siècle peuvent même trouver leurs places dans un discours. L’objectif étant de réussir à faire passer un message, l’usage de mots familiers peuvent rajouter une touche d’humour ou une petite précision sur l’état d’esprit de l’orateur.

Bien que les mots soient un élément non négligeable de l’éloquence, il est important de souligner que l’on ne parle pas comme on écrit et c’est là aussi une erreur courante. En effet, les différences entre l’écrivain et l’orateur sont abyssales. Là où l’écrivain a une gomme, l’orateur lui n’a rien. Il se retrouve dans une position où l’erreur n’est pas permise.

Pourtant le secret de l’éloquence n’est pas que dans le vocabulaire, la syntaxe ou le style. La gestuelle, le ton de la voix et le rythme ont aussi un rôle très important. En effet notre attitude corporelle influe beaucoup dans la légitimité de nos propos et cela dès le début de notre prise de parole, ce n’est pas nos mots qui commencent le discours mais bien notre présence corporelle. Ainsi il est nécessaire d’avoir une posture droite, un regard soutenu, une gestuelle maitrisée, ainsi qu’une voix calme et stable.

Une maitrise parfaite des silences a aussi une place majeure dans l’art oratoire. Silences que l’humain redoute à tout prix et qu’il va essayer de combler avec des sons très désagréables à l’oreille, tels que le très célèbre ‘heuuu’ à la fin de chaque phrase. L’orateur ne doit donc pas avoir peur des silences : ils permettent de lui laisser le temps de structurer au mieux sa pensée, donnant un rythme au discours ; et surtout ils montrent au public une maîtrise de soi et rajoutent de la crédibilité au contenu.

Il est rare de faire un discours sans quelques notes écrites sur une feuille de papier. C’est un bon moyen pour structurer sa pensée, mais cela peut être également un gros handicap.

En effet, un discours trop lu peut vite se transformer en une séance de lecture forte ennuyeuse. L’orateur n’y est plus que l’intermédiaire entre le texte écrit sur sa feuille et le public.

Pour éviter de rester coller à un bout de papier pendant un discours, Me Périer donne une astuce très simple : la feuille ne doit contenir que des mots clés qui permettront de structurer le discours et de souligner les points à mettre en avant. Les seules phrases préparées à l’avance doivent être celles du début et de la fin. Elles sont d’une importance cruciale pour captiver son public et clore de manière appropriée sa présentation, évitant de ce fait les phrases telles que « bon, voilà, j’ai fini » avec un sourire gêné.

 

Enfin, l’éloquence c’est avant tout jouer avec les subtilités de la langue française et avoir le plaisir du mot juste et de l’effet stylistique. Mais c’est surtout un formidable lien entre l’orateur et son public. Une connexion magique qui fait de l’instant du discours, un moment hors du temps. Ainsi la parole n’est pas seulement un sport de combat comme l’affirme Me Périer, mais aussi un art, car elle laisse place à l’imagination, la beauté et la surprise.

Me Périer résume parfaitement en peu de mots ce que devrait être l’éloquence :

« Le langage est probablement ce qui nous sépare le plus dans la société, les gens ne parlent pas la même langue, il est temps de les réunir autour du goût de la parole, du goût des mots, sous toutes ses formes.

La parole qui émeut, la parole qui touche, c’est celle-là qui nous rassemble[2]. »

 

Jean Loye

 

 

  1. La parole est un sport de combat (Bertrand Périer, JCLattès,2017)
  2. La parole est un sport de combat (Bertrand Périer, JCLattès,2017)