Les rumeurs englobent notre quotidien. Que ce soit les ragots du café du commerce, les fake-news ou même les rumeurs boursières, nous sommes entourés constamment de fausses informations.

Les rumeurs font donc partie intégrante de la société. Elles sont classées dans le domaine de la psychologie sociale : sous la branche de la psychologie qui s’occupe principalement des rapports psychologiques entre les individus d’un groupe, des représentations sociales ou des normes culturelles.

Pour qu’une rumeur soit considérée comme telle, elle doit répondre à différents critères. Tout d’abord, la rumeur doit subir de nombreuses distorsions durant la transmission, son contenu va vers le désir de la population et s’actualise en permanence. La rumeur n’est donc pas figée, mais en perpétuel changement, un peu comme le jeu du téléphone arabe.

En 1945, les psychologues Allport et Postman se sont intéressés à la distorsion que subit la rumeur pendant la transmission. Ils ont remarqué qu’au bout de sept relais, la rumeur cesse de subir des modifications et une version définitive apparaît.

Pour être stable, la rumeur doit être facile à comprendre et à mémoriser. Elle ne doit contenir que des éléments essentiels. Forcément, elle doit être associée à du vécu, à quelque chose qui nous touche d’une manière ou d’une autre. Ceci a pour rôle de rendre la rumeur vraisemblable et surtout de stimuler chez nous un intérêt non-dissimulé, ce qui va nous encourager à la propager.

On a donc trois effets interdépendants que vont subir les rumeurs au cours de leurs transmissions : la réduction (réduire le contenu de la rumeur à l’essentiel), l’accentuation (la mise en valeur des points les plus intrigants en les exagérant), et l’assimilation (associer le message à du vécu pour le rendre vraisemblable).

Aussi, plus la rumeur a une connotation négative plus elle va se répandre.

De plus, la source présumée de la rumeur doit être garante de véracité, c’est-à-dire légitime, afin que l’on puisse prendre la rumeur au sérieux. Et il en va de même pour le messager.

Voyons maintenant un exemple d’une rumeur qui pourrait probablement vous arriver…1

Un ami d’HEC vient vous voir et vous dit : « J’ai entendu quelque chose d’incroyable ! Mais vraiment ça reste entre nous… Il paraît qu’un des membres du comité HEC a découvert qu’un des profs de math va se marier avec une élève de Bachelor HEC ! »

La rumeur est courte : une phrase, facilement mémorisable. La source est légitime car c’est d’abord un de nos amis qui rapporte ce qu’a dit un membre du comité HEC. Ce dernier a une place importante car il est au centre même des informations qui tournent dans la faculté.

Cette rumeur nous intrigue personnellement, car elle concerne des membres de l’UNIL et particulièrement d’HEC. Nous allons donc y prêter toute notre attention. De plus, sa connotation négative et son côté secret attirent également. Bref, il y a ici tout pour que cette rumeur se propage vite au sein de la faculté.

Ainsi, vous voyez qu’il est très facile de tomber dans le piège des fausses informations.

De nombreux journaux officiels se font souvent avoir par cela. Un des meilleurs exemples est celui du quotidien algérien El Hayat qui avait titré une des Unes du Gorafi (journal satirique français qui parodie l’actualité). Le titre était le suivant : « Marine Le Pen veut construire un mur autour de la France financé par l’Algérie. »

Comme quoi n’importe qui peut tomber dans le panneau…

Alors, maintenant que vous savez les mécanismes qui composent la rumeur, utilisez-les à bon escient !

 

Jean Loye

 

Source & Note

Article basé sur le cours de Mme Albertelli, professeure de psychologie au Gymnase de Chamblande

  1. Cette rumeur est purement fictive.