Bien que la démission de Johann Schneider-Ammann était attendue en cette fin d’année, celle de Doris Leuthard a semblé bien plus étonnante du point de vue de nombreux Suisses. S’en est suivi l’élection quasi-unanime de la PLR saint-galloise Karin Keller-Sutter et de la PDC valaisanne Viola Amherd au Conseil Fédéral pour remplacer nos deux élus sortants.

Le gouvernement 2019 sera donc entièrement chamboulé avec plusieurs changements de département, ce qui présage une année pleine de défis et de nouveautés pour nos élus. Le Conseil Fédéral a résumé ses objectifs en trois lignes directrices : prospérité, cohésion et sécurité. Petite réflexion sur l’année écoulée et tour d’horizon « prémonitoire » des défis futurs de chacun de nos sages…

Ueli Maurer : entre finance et présidence

L’UDC reprend de nouveau la tête de la Confédération, après avoir déjà assuré ce mandat en 2013. Cette responsabilité supplémentaire ne s’annonce pas de tout repos au vu du challenge important de son dicastère, le Département des finances (DFF). En effet, l’année commence sur les chapeaux de roue avec une réforme fiscale – la RFFA – en continuité de la RIE III. Or, de vives critiques se lèvent face à celle-ci de la part de l’extrême gauche qui tente de lever un référendum contre ce projet. Nous serons ainsi probablement appelés aux urnes rapidement pour nous prononcer sur cet objet, qui devra être défendu avec véhémence pas notre président entrant.

Ignazio Cassis : le casse-tête européen

Un des plus gros défis de la politique extérieure suisse concerne l’Union européenne. Pour rappel, ceux-ci menacent de ne pas renouveler l’équivalence boursière d’ici six mois si la Suisse ne met pas en place un accord-cadre institutionnel avec l’UE. Le Département des affaires étrangères (DFAE) de Cassis a choisi de publier le projet et d’ouvrir une phase de consultation publique afin d’analyser ce dossier en profondeur. L’UDC s’annonce déjà fondamentalement contre cet accord et peut-être aurons-nous aussi à voter sur ce sujet en fin 2019. Cela promet une campagne intense pour les affaires étrangères qui doivent à la fois conquérir le peuple et l’assemblée fédérale, dans un contexte européen incertain qui mène à un scepticisme grandissant envers l’UE parmi la population suisse.

Alain Berset : le social au cœur des préoccupations

Toujours fidèle au poste, notre président sortant continuera probablement dans sa lancée. Le Département de l’intérieur (DFI) devra continuer ses objectifs de santé, mais surtout trouver des solutions au financement de l’AVS. Celle-ci sera peut-être en partie résolue par la réforme fiscale RFFA mentionnée plus tôt, même si une refonte complète du système de prévoyance commence à sembler nécessaire. Les accords internationaux et conventions-cadres touchant à la santé, comme par exemple la CCLAT antitabac, font également de plus en plus parler d’elles alors que certains souhaitent leur ratification et que d’autres s’y opposent farouchement.

Karin Keller-Sutter : aux armes, citoyens

Le cadre réglementaire légal avec l’UE sera également au programme de notre nouvelle sage, avec notamment l’adaptation de la législation suisse sur les armes. Celle-ci devrait normalement faire l’objet d’un référendum de la part de l’UDC, ce qui promet une première campagne d’opposition enflammée pour la nouvelle cheffe de la justice et de la police (DFJP) qui avait déjà occupé ce poste au niveau cantonal.

Viola Amherd : une femme à la défense

C’est historique, pour la première fois de son histoire, le Département de la défense (DDPS) sera gouverné par une femme. Après 20 ans aux mains de l’UDC, notre ministre ne manquera pas de difficulté au sein de ce dicastère. Son défi principal sera ainsi d’apporter une vision nouvelle à des institutions souvent trop traditionnelles, et de faire front aux critiques qui l’attendent. Sa tâche n’est pas de tout repos, mais ce vent de fraîcheur semble relativement bienvenu.

Guy Parmelin : une économie de l’agriculture ?

C’est avec une certaine surprise que notre viticulteur national reprend le Département de l’économie (DEFR), laissé par le PLR Johan Schneider-Amman. Les défis ne manqueront pas pour 2019, notamment au sujet de la place de l’agriculture dans l’économie suisse qui a déjà suscité de nombreux débats cette année (initiatives fairfood, souveraineté alimentaire, subsides aux agriculteurs…). La question des douanes sera également un sujet brûlant, étant donné des négociations tendues avec l’Europe concernant l’accord institutionnel-cadre.

Simonetta Sommaruga : des vertes et des pas mûres

A peine arrivée à la tête de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication (DETEC), la PDC va devoir gérer la première initiative de l’année : Stop Mitage. Lancée par les Jeunes Verts, celle-ci entend mettre un frein à l’étalement urbain. La campagne d’opposition commencée par Doris Leuthard s’annonce donc farouche et donne une idée relativement claire des défis qui attendent Simonetta Sommaruga en 2019. Les questions de l’environnement et de l’urbanisme seront les sujets brûlants de cette année.

En conclusion…

Quels seront alors les défis du Conseil Fédéral sur l’année qui approche ? En deux mots : Europe et environnement. Face à une remise en question croissante de l’UE, nos sages auront la lourde tâche de défendre les intérêts économiques et politiques suisses. Un changement de paradigme clair s’est également effectué du côté écologique et le peuple suisse attend désormais des solutions novatrices de la part du gouvernement. Mentionnons également les élections fédérales 2019 qui ne devraient pas changer grandement l’ordre politique établi, mais qui promettent sans doute leur lot de coups d’éclat de la part de nos élus. Il ne s’agit là que d’une ébauche de ce que j’estime être les éléments clés qui feront vibrer la vie politique suisse cette année, mais une chose est sûre : les médias ne risquent pas de s’ennuyer en 2019.

Alex Oktay

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Peter Klaunzer – Keystone