La corruption est aussi vieille que l’humanité et reste très ancrée dans notre société. Pour nous le prouver, l’organisation non gouvernementale Transparency International publie chaque année son Corruption Perceptions Index, qui classe les pays selon des degrés de corruption. Bien que cet index ne mesure que la corruption dite “publique”, il constitue néanmoins un indicateur alarmant de l’état du monde actuel.


 

Rio de Janeiro, juin 2016. Des centaines de milliers de personnes sont contraintes de quitter leur logement, afin de laisser les touristes profiter des Jeux Olympiques. Des familles sont séparées, des enfants laissés à la rue et le gouvernement ne sait que répondre aux affronts des médias locaux et étrangers. Ce scénario n’est malheureusement pas unique en son genre : la corruption sévit partout et prend des formes aussi diverses qu’inattendues.

Qu’est-ce que la corruption ?

Tout d’abord, il est important de distinguer corruption publique et corruption privée. D’un point de vue général, il s’agit de l’utilisation déplacée d’un pouvoir ou d’une certaine position afin d’obtenir un bénéfice personnel, souvent par des voies non légales, malhonnêtes ou non éthiques. La corruption publique est plus souvent observée dans les pays en voie de développement, où les gouvernements n’hésitent pas à favoriser des connaissances. Quant à la corruption privée, elle se répartit sur le globe entier. Beaucoup moins perceptible et mesurable, elle est néanmoins redoutable et fixe les règles dans certains pays (laissez-passer payants aux douanes, loyers démesurés…). La corruption peut prendre plusieurs formes : monétaire (pot-de-vin), sociale (travail des enfants), népotisme (avantager ses proches dans une situation de pouvoir) et toute autre forme qui s’apparente à une situation d’abus de pouvoir ou de chantage.

Conséquences pour l’économie.

Cette pratique a un coût pour celui qui la subit mais également pour la société toute entière. Les pays en développement en pâtissent le plus, notamment pour les populations pauvres qui n’ont aucun moyen de se protéger.

  • Manque de confiance : si un pays a la réputation d’être corrompu, les touristes risquent de ne plus s’y aventurer. L’effet est le même pour les locaux, qui ne s’y sentent plus en sécurité. Résultat : l’économie est en danger et les entreprises se migrent vers l’étranger.
  • Manque d’investissements depuis l’étranger : l’équation est la même. Il n’y a pas d’institutions solides, de gouvernement stable ni de système légal sain dans ton pays ? Je n’investirai jamais chez toi. Si un pays n’attire pas les capitaux étrangers, il risque de couler.
  • Fuite des cerveaux : tout le monde connaît au moins une affaire concernant l’admission mystérieuse d’un individu dans une université prestigieuse. Ce type de corruption est le plus répandu dans le domaine de l’éducation et touche toutes les nations. Pour les pays instables, la question ne se pose pas et on assiste à la fuite des personnes porteuses de grande valeur pour l’avenir.
  • Croissance = décroissance : pour les pays en développement, c’est la corruption qui se nourrit de la croissance et non l’inverse. Ainsi, une économie qui arrive enfin à sortir du lot se voit confisquer ses espoirs d’ascension. Les gouvernements, institutions et corps privés cherchent tous d’une manière ou d’une autre à profiter de cette progression. En conséquence, les inégalités se creusent et la croissance n’est pas distribuée de manière lisse dans la société.

Qu’en est-il des pays développés ?

Bien qu’elles soient classées dans la partie la plus favorable du Corruption Perception Index, les économies développées sont sujettes à ce fléau. La corruption prend peu souvent la forme classique que l’on connait comme le pot-de-vin. Dans les nations développées, les entreprises utilisent une forme moins visible de corruption : les monopoles ou duopoles. Lorsqu’une entreprise opère seule sur un marché, les motivations sont moindres pour augmenter la qualité des produits. En effet, si la demande est présente, les consommateurs n’ont d’autre choix que d’acheter le produit imposé par le monopole.

Avec un système légal stable, il est difficile de passer outre les barrières. Cependant, les personnes de pouvoir n’hésitent pas à utiliser leur position afin d’obtenir des services que le commun des mortels ne saurait s’approprier. Il est courant d’apprendre dans la presse que tel ou tel homme politique évite les taxes ou fait dormir son argent dans les îles. Il existe également de nombreux conflits d’intérêts, notamment dans la promotion hiérarchique, en politique (la rédaction vous conseille l’excellent livre La Face Cachée du Quai d’Orsay (Vincent Jauvert, 2016) aux éditions Robert Laffont) ou en entreprise. Souvent, les personnes promues ne sont pas qualifiées pour le poste et cela affecte l’ensemble de la société.

Vous l’aurez compris, la corruption n’échappe à personne dans notre monde. Publique ou privée, visible ou cachée : seul l’homme est capable de l’abolir, car c’est lui qui l’a créée.

 

Antoine Mathieu