« Maudet démission ! » scandait un manifestant. « Savary, rend l’argent ! » s’exclamait un autre. À défaut d’une téléréalité de qualité, le citoyen suisse a eu cet été l’incommensurable chance d’avoir une ribambelle de scandales politiques pour se divertir et pour alimenter les slogans des manifestations. Pendant que certains politiciens profitent de leur position pour se refaire un bronzage dans des contrées plus ensoleillées, nous ne pouvons que nous interroger sur leur relation avec les personnes qu’ils sont censés représenter.

Tous des corrompus ?

Relativisons tout de même, tout ne va pas si mal chez les Helvètes. Selon le dernier Corruption Perceptions Index, la Suisse se classe comme 3ème pays le moins corrompu au monde. Rien d’étonnant à cela quand on sait les efforts déployés par la Confédération en la matière, mais peu de corruption ne signifie malheureusement pas qu’elle n’est pas présente. Toutefois, la corruption n’est pas le seul problème qui défraie la chronique : des affaires d’abus de confiance, d’évasion fiscale ou encore de dépenses « un peu trop généreuses » de nos députés font souvent le bonheur de la presse.

Est-ce que l’on peut faire confiance à de tels gredins ? Peut-on encore payer aveuglément des impôts qui risquent de finir dépensés dans d’onéreuses bouteilles de champagne à Abu Dhabi ? Peut-on vraisemblablement déléguer notre pouvoir à un élu qui dépense sans compter ?

Montesquieu disait : « C’est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser : il va jusqu’à ce qu’il trouve des limites ». Cette citation illustre bien le problème : si les politiciens abusent de leurs droits, et font ainsi défaut à leurs devoirs, c’est parce qu’ils peuvent le faire. Après tout, si l’on veut vraiment endiguer ce genre de scandales, peut-être que la meilleure façon de le faire est de limiter le pouvoir accordé à des personnalités, de réclamer plus de transparence et d’augmenter la surveillance des actions des élites politiques.

Quelles sont les conséquences de cette perte de confiance ?

Nous le savons tous, regagner une confiance perdue est proche de l’exploit. De nombreuses personnes, en particulier dans la cité de Calvin, sont maintenant beaucoup plus sceptiques et critiques du travail de leurs élus. Prédire l’effet exact de cette perte relèverait plus de l’acte divinatoire, mais une hausse de l’abstentionnisme ainsi que du vote blanc pourrait en être une conséquence directe. L’émergence de partis et de personnalités alternatives pourrait également être présente, un peu à la manière de la politique française, dans une moindre mesure, qui a elle connu un chamboulement total des partis gouvernementaux.

Peut-être même bien que ce regard critique envers nos représentants pourrait s’avérer bénéfique. En effet, une confiance aveugle n’est de toute évidence pas une bonne chose. Reste à savoir à quel point les récents scandales, sans précédent en politique suisse, vont marquer durablement ou pas le paysage helvétique.

Mais du coup on leur fait confiance ou pas ?

Et bien… oui et non ! Même si l’on entend souvent parler d’abus de confiance et de comportements inacceptables de la part de nos élus, il ne faut pas oublier que ce genre de cas reste extrêmement minoritaire. Il y aura toujours des problèmes mais nous nous devons de ne pas généraliser sur la base de ces exceptions. Même si certains politiciens abusent de leur position, la majorité d’entre eux servent le peuple, respectent leurs engagements et font leur devoir. Malheureusement, les médias ne parleront jamais de politiciens qui se comportent bien. Dans une société idéale et sans soucis, peut-être n’entendrions-nous jamais parler de nos élus, à défaut de faire la une des journaux pour des cocktails payés par le contribuable dans une boîte de nuit à l’autre bout du continent.

Au final, il faudrait que le peuple reste informé des actions de ses députés et continue d’y apporter un regard critique. En étant élu, c’est la voix de milliers de personnes qu’un politicien représente : ne pas maintenir ses engagements est un manquement grave à son serment. Rappelons-nous simplement que ce genre de cas reste minoritaire et que nous pouvons, de façon générale, continuer à croire que les personnes que nous élisons sont dignes de nous représenter.

Bien belle fut l’époque où l’événement politique suisse le plus médiatisé était un discours désopilant de notre ex-président Johann Schneider-Ammann. Alors laissons la presse rire, car après tout « rire, c’est bon pour la santé », mais surtout n’oublions pas de remettre en question les élus afin que ceux-ci maintiennent l’exemplarité due de par leur fonction.

Alex Oktay