Socrate

Socrate ou l’aveu d’ignorance

Au cinquième siècle avant notre ère, le disciple d’un mystérieux personnage consulte l’oracle du temple d’Apollon à Delphes ; ce dernier apprend que son maître à penser est, selon l’oracle, de tous les hommes le plus sage et le plus savant. Ce maître n’est autre que Socrate, père fondateur, figure originaire de la philosophie occidentale. Cette curieuse figure, arrêtant les passants qu’ils soient jeunes ou vieux, artisans ou juges, s’amusera à déconstruire leurs certitudes et leur brandir leur ignorance au visage. Tous croient en quelque chose, lui s’estime ignorant ; tournés en dérision, les personnes interpelées perdront alors pied… mais ce n’est qu’un début. Quant à Socrate, ce dernier s’avoue ignorant ; lui sait qu’il ne sait rien. Un point pour l’oracle de Delphes !

Parfois érigée en véritable matrice de la philosophie grecque et, par extension, de ses développements ultérieurs, la figure de Socrate est indissociable de l’histoire de la discipline. Bien que n’étant pas le premier penseur grec il va marquer un tournant majeur dans l’histoire des idées. Les personnages l’ayant précédé sont souvent regroupés sous l’appellation de « Présocratiques » – honneur non négligeable s’il en est ! Il s’agit des Milésiens – comme Thalès ou Héraclite, actifs en Asie mineure – des Pythagoriciens ou des Atomistes comme Anaxagore par exemple. Ces derniers étaient en quelque sorte des penseurs naturalistes, des scientifiques avant l’heure ; avant eux, on expliquait le monde au travers des différentes cosmogonies mais la rupture qu’ils vont engendrer est la volonté de s’interroger sur le réel, ses processus et le principe générateur de ce dernier en se basant sur les réalités physiques : la physis ! Attention toutefois à ne pas réduire les Présocratiques à de simples scientifiques naturalistes. Certains se considèrent déjà comme des « philosophes » ; une des premières utilisations de ce substantif est attribuée, selon la légende et Héraclide du Pont (4ème siècle avant notre ère), à Pythagore qui ne se considérait pas comme un sage mais un amoureux de la sagesse – un composé de l’infinitif philein « aimer » et de sophia « la sagesse ». Rappelons également que les Présocratiques n’étaient pas entièrement emprisonnés dans une vision physiciste de la réalité et que certains d’entre eux s’aventuraient déjà dans les eaux d’une métaphysique à naître. Citons à cet égard Anaxagore pour qui le réel aurait été généré par un principe intelligent. Il ne nous reste que des fragments de la pensée de ces « proto-philosophes » mais gardons bien à l’esprit que ce n’était pas le cas plusieurs siècles avant notre ère ; Platon, par exemple, a étudié ces derniers !

Mais revenons-en à Socrate. En quoi ce dernier est, pour tant de chercheurs, philosophes, historiens et le grand public cette figure si particulière qui exercera sur le monde grec une influence d’une si grande portée ? La réponse est à chercher du côté de la philosophie en tant que manière de vivre ; Socrate fut en quelque sorte un fondateur de la philosophie morale. Comment cela se traduit-il au travers de la vie, de la pensée du personnage ? Nous le découvrirons bien assez tôt. Cependant, quelques remarques supplémentaires se doivent d’être soulignées.

L’oralité, l’écriture et les différents Socrates

Socrate n’a rien écrit. Ce que nous connaissons de sa vie et de son enseignement nous vient principalement de Xénophon pour sa biographie et d’un certain Platon, élève de Socrate, en ce qui concerne sa pensée ! Nos connaissances sur sa vie sont maigres et peu sûres, si ce n’est contradictoires. Nous connaissons sa pensée grâce à « ses » dialogues, toujours sous forme de question-réponse ; à l’époque, pas de prose, on vivait la philosophie ! Le choix de ne rien laisser par écrit s’inscrit dans la culture grecque de l’oralité – qui cours environ jusqu’au 3ème siècle avant notre ère. La connaissance, le savoir passait par la parole ; la poésie était le vecteur principal d’information et d’éducation. La société grecque était en quelque sorte à demi analphabète ; on ne lisait pas les textes d’Hésiode, d’Homère ou de Sophocle : quelqu’un les récitait à la foule. On étudiait par mémorisation, d’où l’importance de la métrique au sein de la poésie – le fameux hexamètre de l’Iliade ou de l’Odyssée ! C’est à la mort de Socrate que l’on va faire un grand pas vers l’écriture ; il y aura remise en cause de l’oralité ainsi que de la poésie, nous y reviendrons.

Mais comment connaît-on donc la pensée de Socrate si ce dernier n’a laissé aucun écrit derrière lui ? C’est par Platon qu’il faut passer ; le disciple qu’il était fera de son maître l’interlocuteur principal d’un grand nombre de ses dialogues. Mais attention, cette « survivance » du maître au travers des écrits de l’élève pose de nombreux problèmes. Bien qu’étant protagoniste, on trouve plusieurs « versions » de Socrate. Premièrement, il y a un Socrate qu’on pourrait qualifier d’historique ; ce dernier se trouve dans les dialogues tournant autour d’épisodes de sa vie comme l’Apologie – dans lequel Platon retrace le fameux procès de son maître. Deuxièmement, on trouve les dialogues dans lesquels sont distillés la pensée socratique comme l’Alcibiade. Finalement, une dernière « version » de Socrate serait celle d’un expédiant littéraire au sein des dialogues platoniciens ; ici, il devient un personnage ! C’est le cas du Phédon ou du Banquet. Tout ceci nous laisse avec la difficulté de circonscrire une pensée socratique pure et de différencier ce que Socrate et sa vision auraient pu être de la marque de Platon… Le débat, encore d’actualité, n’est pas près de se clore.

L’Elenchos et la Maïeutique : la méthode socratique

Le meilleur chemin à emprunter pour apprécier la philosophie de Socrate est sa méthode. Lorsqu’on s’imagine les philosophes grecs, il nous vient à l’esprit l’image de personnages harmonieux de figures quasi divines. Chez Socrate, il n’en est rien ! Sa figure est déroutante, inquiétante et ambiguë. Le premier sursaut que cette dernière nous réserve est celle d’une grande laideur, bien présente chez les différents témoignages de Platon ou de Xénophon. « Il est significatif », dira Nietzsche, « que Socrate ait été le premier Grec illustre qui ait été laid ». Le Socrate du Banquet de Platon ressemble quant à lui à un Satyre – créature hybride mi-homme mi-animal. Passons.

Socrate avoue ne rien savoir. Contrairement aux personnes qu’il va interpeler dans les rues, il s’estime ignorant. À partir de cet aveu d’ignorance, il s’attellera à montrer que son interlocuteur n’en sait pas plus que lui ; c’est une sorte « d’humour socratique », une certaine ironie. Ironie certes, mais cette dernière est le noyau de sa démarche et servira à démanteler les certitudes de ceux dont il croisait le chemin. Éternel questionneur, il amenait par d’habiles interrogations et questionnements ceux qui pensent savoir à reconnaître leur ignorance ; ces derniers se remplissaient d’un trouble qui les amenaient parfois à remettre en question toute leur vie. C’est la méthode de l’Elenchos, la réfutation !

Mais, comme nous l’apprend Platon dans son Banquet, la laideur de Socrate n’est qu’une apparence, un masque qui cache autre chose. Après la déstabilisation, la destruction du savoir et des idées préconçues vient la reconstruction. Intervient donc la deuxième démarche, celle de son rôle « d’accoucheur d’âmes ». Il faut désormais aboutir à de nouvelles formes de connaissances. Cela peut nous paraître pour le moins étrange, car les dialogues de Platon mettant en scène Socrate sont aporétiques – ils aboutissent à des contradictions – ouverts et sans conclusion. Il y a certes le questionnement par Socrate mais au-delà de ça, il y a impossibilité de formuler un savoir complet : et c’est bien là l’enjeu ! Ce qui est en jeu n’est pas l’objet, la question à résoudre, mais le sujet. Philosopher, selon Socrate, n’est rien d’autre que se mettre en question soi-même. Les idées ne sont pas prêtes à l’emploi mais doivent être engendrées en notre sein ; Socrate fait accoucher ses interlocuteurs de nouvelles idées[1]. Cette deuxième phase est l’art de la maïeutique – par analogie avec Maïa, divinité grecque qui veillait aux accouchements.

On trouve donc trois éléments essentiels : la confirmation d’ignorance, la réfutation et la refonte du savoir, la création de concepts nouveaux. Il faut redécouvrir la vérité, reconstruire un savoir après avoir démantelé les fausses certitudes.

Connais-toi toi-même

Les personnes que Socrate va, qu’on se le dise, remettre à leur place vont souvent se vexer – nous aurons l’occasion d’y revenir en abordant son procès – mais les jeunes, eux, veulent aller plus loin. Si l’on s’arrêtait seulement aux premiers stades de la démarche socratique, nous nous trouverions face à une dimension purement nihiliste.

Il faut désormais mettre à jour une vérité que l’interlocuteur possède déjà au fond de lui. Le message fondamental de la pensée de Socrate peut se résumer en cette injonction : « Connais-toi toi-même ». On dit que cette devise était inscrite au fronton du temple d’Apollon à Delphes – le même temple dans lequel l’oracle a annoncé à un de ses disciples que Socrate était le plus sage de tous les hommes. L’interprétation de Socrate est bien connue et se trouve dans l’Alcibiade :

« C’est donc l’âme que nous exhorte d’apprendre à connaître celui qui nous ordonne de nous connaître nous-mêmes ».

L’homme, pour Socrate est donc son âme. Dans les temps présocratiques, cette question était une invitation à l’humilité. Il ne fallait pas oublier que nous ne sommes qu’humains et non des dieux – la tentation de démesure, l’hybris grecque, la folie des hommes à vouloir rivaliser avec les divinités était considérée comme un crime. Chez Socrate, comme vu ci-dessus, il y désormais la volonté d’aller plus loin, de percer à jour la véritable nature de l’être humain ; pour nous connaître nous-mêmes, il convient de connaître notre part divine autrement dit : notre âme ! Selon lui, il s’agit de la partie noble, divine de l’homme. Elle est le siège de notre rationalité, de la réflexion et de la compréhension. C’est en l’âme que se trouve la vraie connaissance. Elle est l’esprit qui pense, la raison, le Logos ! Il s’agit d’une révolution ; de telles conceptions ne faisaient pas partie de la réflexion de l’époque. L’âme est le siège de l’intelligence et de la capacité à choisir entre le bien et le mal. Chez Socrate, il y a une forte dimension éthique !

L’éthique socratique

Socrate posera la question du fronton du temple de Delphes aux autres ; la philosophie est donc avec lui un travail social, il y a relation aux autres. Nous l’avons vu, selon Socrate, l’homme est son âme et l’âme est raison. Cette âme, siège de l’intellect, est en quelque sorte notre personnalité morale ; si l’homme est son âme et l’âme sa raison, la vertu n’est autre que la connaissance ! Pour Socrate, la vertu est la sagesse ; être juste c’est connaître. Il nous apparaît alors comme le prototype du philosophe, non pas un sage, attention, mais bien un amoureux de la sagesse ! Notons que cet intellectualisme socratique n’est pas sans poser de problèmes : la vertu étant la connaissance, le mal dépend donc de l’ignorance. On ferait donc le mal seulement en ne connaissant pas le bien – nul n’est donc mauvais volontairement ! À méditer.

Nous l’avons vu, dans la démarche socratique il y a déstabilisation, décentrement de l’homme au travers de la quête de vérité intérieure. Or, ce décentrement n’implique pas que le sujet soit coupé du monde, au contraire ! Cette démarche, une fois la connaissance de l’âme acquise – et de la moralité que cela implique – vise à un recentrement au sein de la société. Le « connais-toi toi-même » est toujours lié aux soucis des autres. L’exemple le plus parlant est celui du jeune Alcibiade – interlocuteur de Socrate dans le dialogue de Platon du même nom – qui désire s’engager en politique. Socrate va lui demander quelles sont les connaissances requises afin de gouverner une cité ; ce dernier n’en sait rien. Socrate le somme de se connaître soi-même avant de diriger les autres ; il le convainc d’abord de devenir meilleur avant de s’engager en politique. Comment diriger les autres si l’on ne se connait pas soi-même, si l’on ne possède pas la vertu de la connaissance ? Il faut rendre notre âme la meilleure possible au sein de la cité. On construit de nouvelles valeurs, les idées doivent venir de nous-même. La démarche est éthique, le travail est social ; la jeunesse, désormais soucieuse de découvrir la vérité par elle-même s’en ira sur les chemins de la politique – à l’image d’Alcibiade.

Le renversement est majeur. Socrate bouleverse l’idée de vertu ; avant lui, cette dernière, l’Arété, était synonyme de courage des guerriers et des héros dans la littérature Homérique. Tous ces bouleversements dans la pensée de l’époque, vous vous en doutez, ne se sont pas produits sans rencontrer de résistance.

Le procès de Socrate ou le procès de la raison

L’Apologie de Socrate de Platon est un des textes qui nous renseigne sur le Socrate historique. Ce dernier sera, en 399 avant notre ère, condamné à mort par le tribunal de l’Héliée à Athènes. Les chefs d’accusations : corruption de la jeunesse, impiété – ne pas croire aux divinités de la cité – et introduction de divinités nouvelles. Comment, dans la ville de Périclès, l’Athènes de la démocratie, a-t-on pu en arriver là ? Pourquoi avoir condamné à mort Socrate qui avait pourtant participé à beaucoup de combats pour la cité ? Un court détour par l’histoire s’impose.

L’Athènes de cette période est une ville déchirée. Bien qu’ayant été, à la suite de la victoire face aux Perses, la cité la plus puissante et rayonnante du monde grec, la guerre du Péloponnèse – lors de la deuxième moitié du 5ème siècle avant notre ère – qui l’oppose à Sparte se terminera par une cuisante défaite des athéniens. Son empire maritime repose au fond des eaux et près d’un quart de ses citoyens ont trouvé la mort ou ont été déplacés ; la crise financière est profonde, les tensions politiques sont électriques. Le régime oligarchique des Trente – à comprendre : les Trente Tyrans – en est le corollaire. Cicéron y fera allusion en parlant lui aussi du procès de Socrate : « Athènes avait davantage de tyrans qu’un tyran n’a de gardes du corps ».

Dans cette période trouble, on cherchait alors les raisons d’une pareille déroute ; pour certains, il s’agissait de la perte des valeurs traditionnelles propres à la cité. On se mit alors à chercher des boucs émissaires ; Socrate en fut un. Les questions religieuses, en Grèce ancienne, relevaient de l’Etat, de la Polis. Offenser les dieux revenait à offenser la cité. Cela dit, Socrate reconnaissait l’existence des divinités ; il remet cependant l’imaginaire collectif en question. Le système des dieux de la cité était calqué sur celui des hommes ; les divinités sont immanentes, présentes dans le monde et se calquent sur le modèle sociétal, matrimonial et relationnel des grecs – les dieux se comportent donc comme nous ! Pour Socrate, si l’on prend l’exemple des dieux, on fonce dans le mur ; il n’y a pas, selon lui, de dimension éthique au sein du monde divin ! En ce qui concerne l’introduction de nouvelles divinités, il est vrai que Socrate entendait une « voix intérieure », lui dictant quoi faire ; il s’agissait plutôt d’une nouvelle manière de vivre sa foi au sein de la religion « traditionnelle », une façon plus intime de vivre la religion. Mais ces raisons religieuses ne suffisaient pas à condamner un homme à mort – même si les Trente avaient tout de même la main facile en ce qui concerne les exécutions…

La condamnation semble plutôt être celle d’un perturbateur de l’ordre et des valeurs publiques. Sa pratique de l’ironie, cet « humour socratique », l’Elenchos lui attirera beaucoup d’ennemis. Et, nous avons pu le voir, la jeunesse se plaisait à suivre les préceptes de ce personnage pour le moins révolutionnaire. De plus, Socrate s’opposait vivement aux Sophistes de l’époque. Il s’agissait de professeurs, d’orateurs basant leur savoir sur la persuasion et l’éloquence au sein de la démocratie athénienne. Socrate s’oppose à eux en mettant en avant le Logos, la raison et la logique contre la persuasion éloquente de ces derniers. Ce triomphe du Logos est aussi un véritable pied de nez à la mémorisation et l’imaginaire des poètes. Son procès était alors moins celui de l’impiété que celui de la raison.

Le procès de Socrate est peut-être la meilleure porte d’entrée de sa philosophie. Une philosophie qu’il fallait vivre, selon lui, conformément à la raison. Sa vie a consisté en une philosophie constante et continuelle avec pour but d’ériger la raison comme le guide de toutes les actions de la vie humaine. Une autre dimension à retenir est celle de son aveu d’ignorance ; on ne peut atteindre la sagesse de manière définitive. Le savoir ultime ne peut être atteint ; on ne peut que tendre vers ce dernier. La philosophie apparaît donc ici comme une tension permanente, une science libre ne s’inscrivant au sein d’aucun horizon utilitariste, une constante révolution.

Enfin, citons un passage de l’Apologie de Socrate de Platon qui, tout en soulignant le caractère bien trempé de Socrate[2] – il était conscient d’être un révolutionnaire et provoqua même plusieurs fois la cour ! – est une belle manière de conclure, tant sa philosophie y est cristallisée :

« Qu’est-ce, en effet, citoyens, que craindre la mort, sinon s’attribuer un savoir qu’on n’a point? N’est-ce pas s’imaginer que l’on sait ce que l’on ignore ? Car, enfin, personne ne sait ce qu’est la mort, ni si elle n’est pas par hasard pour l’homme le plus grand des biens. Et pourtant on la craint, comme si on savait qu’elle est le plus grand des maux. Comment ne serait-ce pas là cette ignorance vraiment répréhensible qui consiste à croire que l’on sait ce qu’on ne sait pas. »

Belle illustration de la méthode socratique. Il choisira la mort car on ne peut avoir peur d’elle si on ne la connait pas ! Quels juges savants ! Ils ont l’air si surs de la connaître. On trouve même à la fin des dialogues de l’Apologie une ouverture sur une possible immortalité de l’âme – n’oublions pas qu’à l’époque, la mort était mal vue et il ne faisait pas bon être un fantôme en Grèce ancienne – Socrate n’en sait rien, à son habitude, mais… qui sait. Il ne reste plus que d’approfondir le sujet, ce que fera son disciple Platon.

Socrate
Benjamin Meier
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Précisions

La mère de Socrate était probablement une sage-femme, d’où le champ lexical de l’accouchement. Il aurait même pu s’en sortir – les votes ayant été serrés – s’il n’avait pas continué à provoquer l’assemblée !