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Université en ligne : l’état à mi-semestre

Cet article a été publié une première fois le 4 novembre 2020 sur notre blog chez notre partenaire Le Temps. Vous pouvez retrouver notre blog ici.

Depuis le 13 mars 2020, le campus UNIL-EPFL a malheureusement pris des apparences de « petite ville fantôme ». Entre la fermeture complète des bâtiments lors du semestre précédent et la réouverture (très) modérée de ces derniers au semestre actuel, les près de 25’000 étudiant·e·s et 3000 enseignant·e·s et chercheurs·euses se retrouvent à devoir jongler entre cours en présentiel, cours en ligne « live » et cours enregistrés. C’est ensuite qu’on apprend fin octobre 2020 que, suite à la dégradation de la situation sanitaire liée au COVID-19, les cours repasseront tous à un format en ligne uniquement dès novembre 2020, sans pour autant que les bâtiments ne soient fermés.

C’est dans ce contexte que nous avons rencontré Louis, étudiant de première année de Master en biologie (UNIL) ; Kepler, étudiant de troisième année de Bachelor en informatique (EPFL); Sophie, étudiante de troisième année de Bachelor en sciences du sport (UNIL, Blog); Mickaël, étudiant de troisième année de Bachelor en management (UNIL, HEC) ainsi que le Prof. Montez, professeur du département d’économie (UNIL, HEC). À travers ces cinq profils, nous vous proposons aujourd’hui de revenir sur l’état à mi-semestre de l’université en ligne.

Quel est le système d’apprentissage actuel ?

Que ce soit du côté de l’UNIL ou de l’EPFL, la stratégie a été similaire : réduire le nombre d’étudiants simultanément présents sur le campus. Comme Mickaël nous l’explique : « On est répartis en 3 groupes. Chaque groupe a un jeton qui lui est attribué. L’uni a mis en place un calendrier pour qu’il n’y ait sur le campus qu’un tiers des étudiants. Les deux tiers restants suivant les cours à la maison. »

Le prof. Montez ajoute : « Pour les classes à grand effectif, on nous a demandé de les garder sur le campus et de ne pas les passer complètement en virtuel. L’idée est que c’est important pour les étudiants de se créer un réseau social et aussi de ne pas se sentir isolé, ce qui est arrivé pendant le semi-confinement. » Ainsi, si un tiers des étudiant·e·s ont la possibilité de suivre le cours en présentiel chaque semaine, les deux tiers restants se doivent de suivre la diffusion en live ou différée.

L’Université de Lausanne, qui n’utilisait pas de système d’enregistrement des cours avant 2020, a lancé une infrastructure performante afin d’enregistrer les enseignements des professeur·e·s pour les étudiant·e·s se trouvant chez eux. « L’enregistrement ‘’type A’’ consiste en une caméra de très haute qualité au fond de la salle qui enregistre automatiquement (…) et dont la captation est faite par micro. Dans ce système, je ne fais rien sauf la coupe [des vidéos]. Tout est automatisé. (…) J’étais un peu sceptique sur ce modèle, mais le retour des étudiants est qu’ils sont contents, surtout des ‘’types A’’, qui sont des enregistrements faits avec des caméras professionnelles avec une qualité de son assez bonne. Pour moi, c’est un plaisir parce qu’on fait ça pour les étudiants, pas pour nous. », rajoute le professeur d’économie. Selon Mickaël, le système disponible sur la plateforme Moodle de l’université « est super bien fait ; la caméra zoome et suit le professeur quand il se déplace ».

Quelles sont les principales différences avec la situation pré-COVID-19 ?

Pour Louis, la réponse est évidente : « La différence majeure, c’est que je ne suis jamais à l’université. En temps normal, j’aurais dû passer énormément de temps sur le campus, et je me retrouve à faire presque l’intégralité de mes cours depuis la maison. »

Kepler nous explique quant à lui que la différence est aussi dans le format : « Dans mon cas, on est beaucoup passés en cours pré-enregistrés. Les conférences Zoom en live ne sont presque que des sessions de questions-réponses ou alors des sessions avec les assistant·e·s pour les exercices. (…) Ce qui fait qu’on a une meilleure base, sur laquelle on peut revenir à tout moment si besoin, comparé à avant. Tout le cours est condensé, et on s’organise autour de ça comme l’on en a envie. »

Pour notre sportive, la différence est toute autre : « La différence avant/après COVID, je dirais que ce sont les mesures de sécurité. » En effet, les cours de l’étudiante étant divisés en une partie théorique et une partie pratique, Sophie est plus dépendante de l’infrastructure universitaire que les autres. « Chaque fois que tu te regroupes avec les autres élèves, tu as le masque. Tu dois tout le temps te désinfecter les mains. Ça change un peu : les pratiques sont généralement un super bon moment où c’est familier, où tu t’entraides, et là c’est un peu plus individuel. »

Le prof. Montez nous donne le côté enseignant : « On a vécu deux expériences différentes jusqu’à présent. [Au semestre précédent], on a vécu le semi-confinement. C’était un grand challenge pour la plupart des enseignants, surtout pour ceux qui n’avaient jamais fait d’online teaching, ce qui était la grande majorité ici à HEC. C’était un peu dur pour tout le monde parce qu’on a eu plus ou moins 10 jours pour se mettre au point sur le niveau technologique et pédagogique. »

Ce semestre d’automne 2020 a, quant à lui, bénéficié de l’expérience du semestre de printemps 2020. Le défi est maintenant dans l’amélioration des cours : « Il y a une tension entre faire un cours qui est fait pour être en présentiel et un cours online. Il y a des choses qui ne sont pas faites pour être retransmises à distance. (…) Si on fait un produit uniquement destiné à être suivi à distance, qu’est-ce que l’on perd ? On perd l’interaction entre les étudiants. Je pense qu’on doit trouver une formule où l’on peut donner aux étudiants cette expérience de campus et rendre, en même temps, le produit courant encore mieux. Mais voilà… On est en train d’apprendre comment le faire. »

Quelles ont été les plus grosses difficultés d’adaptation au système actuel ?

Mickaël et Kepler s’accordent sur cette question. Pour les deux étudiants, la difficulté réside dans l’organisation totalement autonome de leur apprentissage. « On est passé beaucoup plus en évaluation continue, ce qui signifie qu’on doit bosser constamment pour rendre des rapports, des projets, etc. C’est réussir à concilier soi-même son organisation qui est compliqué, savoir qu’on doit bosser plusieurs cours le même jour et être complètement autonomes dans cette organisation. », nous dit Kepler. Il ajoute également que, selon lui, le format en ligne n’est pas tout à fait aussi efficace que le format présentiel. « L’ambiance d’apprentissage manque en ligne ; je n’ai pas l’impression d’être dans une ambiance d’apprentissage lorsque je travaille dans le même endroit où je vis. Je n’ai pas cette association mentale du campus où il y a une séparation claire entre l’endroit où j’apprends et l’endroit où je vis. »

« C’est le branle-bas de combat parce qu’on n’a pas tous un bureau à la maison, on doit expliquer ça à la maison. J’ai une petite sœur ; il faut lui expliquer qu’il ne faudrait pas faire de bruit de telle heure à telle heure. C’est plein de petites choses. », complète Mickaël. Néanmoins, l’étudiant à HEC Lausanne nous rassure : dans son cas, il s’agit d’une expérience positive. « Pour moi, les cours n’ont pas changé de qualité. Je pense même qu’ils sont meilleurs. Le fait de nous responsabiliser fait que l’on devient meilleur dans sa manière d’apprendre. J’ai eu un petit temps d’adaptation, mais ça a été. »

Pour notre étudiant en biologie, la situation est vécue comme une isolation. « Ce qui me manque beaucoup, c’est de pouvoir parler avec les camarades de classe. C’est fondamental pour que tout le monde soit aligné dans la même direction. Ce sont ces discussions sur le campus qui permettent cela. Depuis la maison, on n’a pas du tout de discussion de masse avec les autres, donc on a beaucoup moins ce feedback de savoir si on va dans la même direction que les autres ou pas ; on est un peu plus perdus. »

Pour le corps enseignant, les difficultés ne sont plus trop dans le côté technique. « Le système marche bien. C’est une bonne surprise. Les premiers jours, il y a eu des frictions mais la plateforme fonctionne bien maintenant, les enregistrements sont bien faits. » Les principaux défis sont dans cette nouvelle e-pédagogie. « Ce qui serait bien, c’est de réfléchir à comment engager les étudiants. Parce que regarder quelqu’un sur Zoom tous les jours, plusieurs fois par jour, ce n’est pas facile. Je suis impressionné par les étudiants parce qu’ils et elles arrivent quand même à le faire. (…) Il fallait réfléchir à comment expliquer et aussi à trouver des moments un peu plus ‘’fun’’ pour que ce soit plus digeste. C’était ça la difficulté, réfléchir en pédagogie online. »

Est-ce que le format en ligne a un impact sur la charge de travail, ainsi que sur l’emploi du temps ?

Les étudiants en biologie, management et informatique donnent des réponses similaires : ne pas se déplacer sur le campus représente un gain de temps bénéfique. « En dehors de l’impact sur ma santé mentale, [les cours en ligne] me laissent plus de temps, rien que sur l’économie de temps sur les trajets, qui se fait beaucoup ressentir. », nous dit Louis. Kepler complète : « Je suis beaucoup plus flexible qu’avant car je décide quel cours j’aborde et quand. Je ne pense pas que la charge de travail soit plus élevée ; la répartition de cette charge de travail est différente, mais la quantité de travail reste la même à mon avis. » Mickaël suit sur la même lignée : « Pour ce qui est du transport, je peux profiter des deux heures habituelles de transport pour faire du sport ou faire une série d’exercices que je n’avais pas le temps de faire initialement. C’est pour moi une expérience positive. »

Toutefois, pour Sophie, l’interactivité aigüe de ses cours pratiques est perdue lors des cours virtuels. « En cours, c’est assez interactif. Tu comprends sur le moment et tu sélectionnes directement sur le moment ce qui est important, mais quand tu es seule à la maison, j’ai l’impression que tout est important. »

Le Prof. Montez s’inquiète lui plutôt pour les élèves. « Ce qu’on attend de voir, c’est le niveau des étudiants, comment ils vont vivre ça et surtout quelle est la qualité de l’apprentissage. Est-ce qu’on aura la même qualité ? » Il compatit également avec les difficultés de devoir suivre les cours depuis la maison. « Des fois, je trouve que c’est très dur pour les étudiants de rester à la maison et de regarder tous les enregistrements. »

L’enseignant continue en nous parlant de la production du contenu audiovisuel. « Je pense qu’on peut faire des bons produits. Personnellement, j’en étais assez content pendant le semi-confinement mais ça m’a donné beaucoup de travail. Avec l’apprentissage, je pense que l’on peut réduire le temps de préparation de ce type de produit et de faire peut-être plus, ainsi que partager la charge de travail avec des internes ou externes. »

Quels enseignements pouvez-vous tirer de la mise en place de l’e-learning ?

À cette question, les étudiants interprètent l’apprentissage en un sorte de morale, de leçon. Un thème étonnant ressort unanimement : le social. L’aspect communautaire semble prédominer dans l’ensemble des réponses ; vivre avec les autres, communiquer ses idées, « apprendre des gens, des avis car c’est comme ça qu’on grandit » comme l’affirme Mickaël, paraît être indispensable pour l’ensemble des universitaires.

Le Prof. Montez nous fait part de ses difficultés et nous avoue que « côté pratique, mon enseignement a été d’éditer des vidéos, faire des coupes, de travailler avec iMovie. Je n’avais jamais fait ça. »

L’autre enseignement tiré par le professeur est la distinction au sein même de l’e-learning. Il explique : « Je pense qu’il y a 2 types d’e-learning : il y a le live et le différé. Ce que j’ai appris c’est que quand tu fais du live, les gens te pardonnent beaucoup. Dans le sens où, si tu n’es pas parfait, ta voix n’est pas parfaite, tu fais des pauses ou ta pensée n’est pas parfaitement linéaire, les gens t’excusent parce que c’est une expérience qui ressemble à une communication directe. Mais dès qu’on part dans l’e-learning différé, les gens s’attendent à un haut niveau de produit. »

Cet enseignement, il le prend comme un potentiel d’amélioration : « Étant donné où l’on est aujourd’hui, je pense que ce serait bien de mélanger les deux parties : en cours et les alterner avec des clips parfaitement lissés et polis qui ne durent que quelques minutes, où les concepts fondamentaux sont expliqués et, après cela, reprendre le live. »

Du coup plutôt en ligne, présentiel ou hybride ?

Là encore, l’aspect communautaire ressort dans les discours de chacun. Pour Sophie, son avis est tranché : l’optimal, c’est le présentiel. Mickaël, lui, se positionne de l’autre pôle, avec une légère réserve : « En ligne, sans hésiter. Encore plus actuellement avec les contaminations qui ne font que de grimper. Après, on perd nos liens sociaux. »

Quant à Louis, Kepler et notre professeur, leurs avis sont moins catégoriques. Louis affirme que « l’avantage du présentiel est uniquement dans le côté social, et pas dans l’apprentissage ; le format en ligne est autant efficace que le présentiel pour l’apprentissage, selon moi. Il permet surtout de gagner du temps. » Kepler ajoute à cette analyse un concept de « soutien grâce à une base digitale » qui améliorerait selon lui l’expérience du cours.

Le Prof. Montez rebondit sur cette question et y répond avec une autre : « Mais qu’est-ce qu’on est en tant qu’université ? On n’est pas là juste pour donner des cours mais on est aussi une plate-forme. C’est un petit peu comme du social networking, un endroit où les gens viennent, se rencontrent, échangent des idées, apprennent à développer de la tolérance envers les idées des autres, à débattre avec des gens qui ont des formations et intérêts similaires, mais des idées différentes. Je pense que ça, ça nous apporte énormément. »

Le mot de la fin : quelles sont vos visions pour le futur ?

À ces mots, les étudiants expriment déjà une certaine inquiétude. Malgré ce brusque changement et ses adaptations qui l’ont suivi, ils semblent avoir commencé à se complaire dans ce nouveau système. Mickaël tout comme Louis prédisent un retour total au présentiel. Mickael observe : « J’ai peur que tout le monde retourne une fois qu’il n’y aura plus rien. Je me demande si [l’université] est convaincue de la qualité de l’enseignement ainsi que de nos examens. » Il ajoute : « Je vois qu’on a des bâtiments gigantesques et qu’il y a des coûts d’exploitation. Ce sont des « sunk costs ». Ils partent dans le vide. Personne n’utilise les grandes salles. (…) Je pense qu’il y a des facteurs que, nous-mêmes, nous ne comprenons pas sur l’importance d’avoir des élèves sur le campus. »

Le Prof. Montez, lui, nous fait part d’une réflexion concernant l’influence du télétravail comme un potentiel de développement personnel : « Il y a un côté positif qui va rester, une tolérance pour le télétravail. On a beaucoup ouvert les bureaux pour faire de l’open-space et, quand on est introverti, c’est très dur. La stimulation sociale fatigue beaucoup. Un introverti ne va pas s’épanouir et donner de son mieux dans un tel milieu. Le bénéfice de cette tolérance, c’est d’accepter la diversité des gens. Il y a des gens qui ont besoin de partager leurs idées à des moments, mais aussi de travailler tout seul à d’autres. Je trouve que ça, c’est super positif. »

Le professeur d’économie, toujours avec optimisme, continue : « Au niveau de l’enseignement, je pense que l’e-learning va rester avec nous. (…) Après, je pense qu’on peut encore beaucoup apprendre, mais je pense qu’il faut être humble et se dire que ça va prendre un petit moment. On ne peut pas s’attendre en 10 jours, ni en 1 semestre, à ce que l’on développe les « best practices » (…). On apprend beaucoup, mais on aura sûrement toujours une partie du cours online et une autre en présentiel. On pourra peut-être privilégier ce côté d’échange d’idées. Peut-être que l’on pourra passer les concepts et séances d’exercices online, où les interactions sont moins importantes, et privilégier le temps sur le campus pour l’échange, tel un grand open-space pour que les étudiants puissent poser des questions plus avancées. Ça va changer oui. Comment ? Je ne le sais pas encore. »

L’inquiétude qui régnait le semestre passé à l’annonce des mesures prise par la Confédération semble avoir fait place à une certaine adaptation de l’ensemble des universitaires. Toutefois, des questions restent en suspens. Le retour à la normale paraît s’éloigner, mais l’inquiétude fait place à de la curiosité. Finalement, nous ne pouvons qu’attendre et accueillir le futur tel qu’il se présente, les bras ouverts, tout en gardant (évidemment) les distances de sécurité.

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Lilou Gaudin
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UNIL EPFL
Dilane Andrade Pinto
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