Ce début d’année 2019 est marqué par un phénomène nouveau, mais qui n’a sans doute pas fini de faire parler de lui : les marches pour le climat qui ont lieu dans toute l’Europe et dans le monde. Il y en a déjà eu deux à Lausanne et la prochaine aura lieu le 15 mars.

En Suisse, les revendications portées par le groupe Klimatstreik qui fait office de figure de proue du mouvement sont les suivantes : exiger que la Suisse reconnaisse la catastrophe climatique comme une crise à traiter et que les émissions de gaz à effet de serre soient réduites à zéro. Bien que tous les adhérents aux manifestations ne soutiennent pas exactement ces objectifs, le fond reste le même : le gouvernement suisse doit agir pour le climat !

Le soudain engouement autour de ces événements (10’000 participants à Lausanne le 2 février) soupçonne un ras-le-bol de la population. Le dérèglement climatique est discuté depuis des décennies et les gens sont bien sensibilisés à l’écologie et aux gaz à effet de serre. Pourtant, le sentiment général est que rien ne bouge, que l’État ne fait pas assez et ne donne pas l’exemple aux autres, qu’il briserait même la confiance que les citoyens portent en lui. Ceci reflète également un ressenti de plus en plus palpable : celui de l’impuissance.

Beaucoup de personnes ont l’impression qu’ils ne peuvent rien faire individuellement. Les efforts pour recycler, consommer des produits locaux, changer les habitudes de transport ne ressemblent qu’à des gouttes d’eau dans un océan. Il y a ce sentiment que seul l’État peut trouver une solution à cette impasse car ils ont le pouvoir d’établir des règles pour les entreprises, les mondes de l’immobilier et des énergies qui sont trois grandes sources du dérèglement climatique, mais aussi pour changer les mœurs de chacun afin qu’ils se comportent d’une façon plus éco-responsable.

Dès lors se posent les questions des libertés individuelles. Est-ce à l’État de modifier les comportements pour un problème qui nous concerne tous ? Et s’il nous concerne tous, est-il de la responsabilité de l’État de le traiter ? Dans quelle mesure ? Car si on reprend les choses le plus basiquement possible, le gouvernement en lui-même ne pollue pas beaucoup. Ce sont plutôt les consommations des ménages qui sont les plus grandes sources de pollution. Ce sont eux qui décident quels produits ils achètent à quelles entreprises. C’est également leur responsabilité de recycler et de ne pas gaspiller. Alors pourquoi se retourner contre le gouvernement et le tenir responsable ?

Parce que les choses ne sont pas si simples. Pour beaucoup, le choix de produits eco-friendly ne peut pas toujours se faire par manque d’information ou par manque de dispositions financières. On a donc l’impression que si quelque chose doit être fait, cela doit se faire à l’échelle nationale voir internationale.

Malheureusement, le gouvernement doit faire face à des tensions qui s’opposent. Dans un sens, la plupart des gens ne veulent pas changer leurs habitudes de consommation. Ils veulent pouvoir faire tout pareil, mais d’une façon moins polluante. Les partis écologistes l’ont bien compris et ne se permettent plus d’avoir un discours moralisateur car il ne fait que renforcer leur image de « babacool en sandales » qui n’ont rien compris à l’économie. Car oui, notre société baigne dans la consommation, laquelle est soutenue tant par les entreprises (logiquement) que par les institutions qui ont besoin de ses revenus pour prodiguer des services. Dans l’autre sens, réduire la consommation serait la solution la plus évidente pour répondre aux critiques des manifestants. Le gouvernement a alors le choix cornélien de pousser une réduction de la consommation au prix d’une réduction de budget , impactant donc les avantages des citoyens, ou de continuer à promouvoir la consommation en croisant les doigts pour que la planète suive la cadence.

Le remède à ce problème serait donc de permettre à chacun de consommer comme il le sent, mais d’une façon plus écologique. Malheureusement, ça ne marche pas, ou du moins, pas assez bien vu que ce modèle a été suivi depuis des décennies et que nous arrivons à un point où les gens descendent dans la rue pour manifester et demander du changement.

En cause, la consommation, même écologique, reste généralement un prélèvement de ressources. Prenons l’exemple des habits. On a beau acheter des vêtements respectueux de l’environnement, il y a toujours un coût pour ce dernier qui passe par les transports, la chimie des teintures, la production, etc.

Il y bien sûr un réel avantage à consommer ce type de produit que leur équivalent plus polluant, mais ils restent une source de pollution. L’idéal serait de moins consommer. Se demander si chaque objet acheté est vraiment nécessaire. Si on ne peut pas réparer au lieu de jeter. Malheureusement, ceci va à l’encontre des discours du siècle passé où la consommation est le moteur d’une économie forte, d’une société développée et d’un train de vie confortable. Prétendre que la solution est d’arrêter de consommer c’est aller à l’encontre de l’inconscient collectif. Tant qu’un salaire représentera des petites folies dépensières futiles, on ne fera que se voiler la face car l’on ne pourra pas avoir le beurre et l’argent du beurre.

Pour que les choses changent, continuons de manifester et de pointer les problèmes du doigt, mais attention à ne pas mettre toute la faute sur les gouvernements car l’on deviendrait myopes des responsabilités individuelles qui sont, ô combien importantes !

Pour aller plus loin dans le sujet : https://youtu.be/U4VuYSvKGw4

 

Luca Bron