Complices dans la vie comme sur la glace, Luca et Alexis Valenza sont actuellement en première année de Bachelor à HEC Lausanne. Le duo jongle entre les cours et la pratique du hockey sur glace. Ils sont passionnés, travailleurs et pleins de talent. À la fin de l’année 2018, ils ont eu l’opportunité exceptionnelle de se retrouver dans la même équipe et ont enchaîné les performances. À tel point qu’ils ont été sélectionnés pour représenter la Suisse aux Jeux olympiques universitaires en Russie. Le grand frère, Alexis charrie Luca : « Sans moi tu es perdu ». Ils se taquinent constamment, mais toujours avec beaucoup d’affection. Ils m’ont confié leurs rêves et leurs secrets pour gérer au mieux cette vie à cent à l’heure. Pour HEConomist, ils reviennent sur leur parcours hors du commun.

Pouvez-vous me décrire votre parcours, scolaire et sportif, en quelques phrases ?

On a commencé le hockey à l’âge de 4 ans et il a toujours fait partie de notre vie. À l’école secondaire, on est directement rentrés en sport-études. L’avantage avec ce programme, c’est que tu peux avoir des allègements. On avait congé le mardi et jeudi après-midi pour avoir le temps de faire nos devoirs et de faire des entraînements techniques. Le soir, on avait les entraînements normaux avec le club. Au gymnase, le rythme s’est intensifié donc on avait cours que le matin. Tout était aménagé pour qu’on ait congé l’après-midi. Une fois le gymnase terminé, on est partis aux États-Unis. On est ensuite rentrés en Suisse et on a commencé HEC.

Comment c’était de jouer aux États-Unis ?

Alexis : Pour la première fois, on était séparés. Je suis parti en premier et Luca m’a rejoint ensuite. J’étais à New York et à Boston pendant 3 ans. Aux États-Unis, le niveau est en général plus élevé qu’en Suisse. C’était une super expérience de jouer ailleurs. Le retour en Suisse a été un peu difficile. Il y a tellement de ligues aux États-Unis que quand tu rentres, les clubs suisses ne se rendent pas compte de ton niveau actuel car ils n’ont pas pu te voir jouer en live. Après, c’est sûr que tu t’améliores plus là-bas qu’ici. Quand je suis rentré, je me suis présenté à un test où j’étais en compétition avec 40 autres joueurs et c’était à moi de faire la différence et montrer que ça m’avait servi d’être allé jouer aux États-Unis.

Luca : J’ai fait une année à Houston au Texas. Pour moi, cette expérience n’a été que du positif. Je suis arrivé en forme, j’ai eu des awards de joueur de la semaine et tout ce que j’ai fait là-bas a fonctionné. Comme disait mon frère avant, revenir en Suisse c’est compliqué. Je devais repartir mais j’ai eu l’opportunité de rester ici car on m’a offert un contrat de deux ans à Ambri-Piotta, dont un an en tant que professionnel. Alors je me suis dit que j’avais meilleur temps de rester et d’être sûr de jouer.

Est-ce que vous vous sentez épanouis ici à Morges ?

Alexis : En hockey, le rôle qu’on te donne influe sur le nombre de points que tu vas faire. C’est compliqué de marquer si tu n’es pas dans la bonne ligne. À Viège, je ne jouais pas forcément dans le rôle que je voulais, alors qu’à Morges, j’ai beaucoup joué. J’étais le leader de l’équipe et j’ai pu montrer que je marquais des buts et j’aidais l’équipe. C’était génial de jouer avec mon frère.

Luca : J’ai commencé la saison à Sierre et j’avais un rôle différent de celui que j’avais à Morges. À Morges, j’ai pu montrer de quoi je suis capable. Ça change le regard que les gens ont sur toi. Ça te rend heureux de pouvoir jouer, marquer et montrer à tout le monde que t’es bon et que tu fais bien. C’était une bonne saison.

Est-ce qu’il y a plus de travail ou de talent dans le hockey ?

Il faut quand même du talent. Il joue un gros rôle mais à côté, t’es obligé de fournir énormément de travail et ne jamais t’arrêter de le faire. Le talent ne sert pas sans travail.

Qu’est-ce que ça fait de jouer ensemble ?

Tu reçois et tu échanges beaucoup plus de pucks. Quand tu joues avec quelqu’un d’autre, il va peut-être jouer perso. Au contraire, lorsqu’on joue ensemble, on se cherche sur la glace. Il y a quand même beaucoup de compétition au sein de l’équipe donc tu sais que ton frère te fera la passe. On se bat tous pour notre place dans l’équipe.

Vous avez eu l’occasion de participer aux Winter Universiade (Jeux olympiques pour les moins de 25 ans inscrits à l’université), comment ça s’est passé ? Quelle était l’ambiance au sein de l’équipe ?

C’était incroyable… c’est la plus grosse compétition à laquelle on a participé. C’est le deuxième plus grand événement sportif au monde après les Jeux olympiques. Honnêtement, c’est compliqué à décrire. Pendant deux semaines et demi, tu es là pour représenter ton pays et tu es déconnecté de la réalité. La patinoire affiche complet à chaque match et c’est vraiment impressionnant car il y a 3500 personnes qui te regardent jouer. L’ambiance est très cool car les gens ne soutiennent pas un pays plutôt qu’un autre, ils sont là pour la beauté du jeu. D’ailleurs, on espère vraiment refaire la compétition dans 2 ans car elle se déroulera en Suisse cette fois.

Il y avait une bonne ambiance au sein de l’équipe. Certains se connaissaient déjà mais au final, on était tous solidaires, pas de « röstigraben » … Sur la glace, il y a eu quelques moments compliqués car on n’avait jamais joué ensemble alors que certaines équipes avaient eu l’occasion de s’entraîner pendant 4 mois avant la compétition. C’était une magnifique expérience.

Est-ce que vous bénéficiez toujours d’un programme sport-études à l’Université de Lausanne ?

Ici, il n’y a pas de programme sport-études en tant que tel. Chaque athlète doit présenter un dossier à une commission et l’un des critères est de jouer au niveau professionnel. La commission va ensuite t’accorder (ou pas) le statut de sportif d’élite. S’ils t’accordent ce statut, tu as la possibilité d’aménager ton Bachelor et de le faire en 14 semestres au lieu de 6. Après, il faut essayer de ne pas trop repousser et de le faire le plus rapidement possible. Ce statut est top pour nous car on a pu faire la première année en deux ans. Ce n’est pas facile et c’est assez intense, le programme est très chargé.

Comment réussissez-vous à gérer les études à HEC Lausanne et le sport à haut niveau ?

Étant donné qu’on aménage nos horaires, on peut se focaliser sur seulement quelques cours et jouer le reste du temps. Entre nous deux, on s’organise assez bien. Certains jours, il arrive que même avec notre horaire spécial on ne puisse pas assister à certains cours. Si la situation se présente, un de nous deux va au cours et partage ses notes avec l’autre. On s’entraide toujours. Ce serait difficile de gérer ça seul. C’est important de pouvoir compter sur son frère dans ces moments. On révise aussi ensemble, mais pas de la même manière.

Luca : Alexis c’est le méga bosseur, s’il peut bosser H24, il bosse H24 alors que moi… j’attends souvent le dernier moment (rires).

Avec cet emploi du temps de ministre, avez-vous encore du temps à consacrer à votre famille, amis, etc. ?

Alexis : Pendant la saison, ce n’est pas évident. Je m’entraîne le matin, je mange mon repas de midi, je vais en cours, et ensuite c’est déjà le soir et je repars à Viège. Il y a trois matchs par semaine et tu t’entraînes aussi le week-end donc ça ne laisse pas énormément de temps pour faire autre chose. Quand la saison est finie, tu essayes de profiter au maximum. C’est comme ça depuis toujours, mais on ne peut vraiment pas se plaindre, c’est un privilège de pouvoir exercer notre passion à fond. Je n’ai pas le temps d’aller aux soirées pendant la saison mais étant donné qu’elle est terminée, je vais au bal HEC dans deux semaines (rires).

Quels sont vos passions / hobbys en dehors du sport ?

Luca : J’ai commencé à faire du Photoshop pour m’amuser et ensuite j’ai créé ma page Instagram. Je fais les affiches de l’association de golf et je travaille aussi sur des designs de maillots de sport. L’été, on joue au golf, on fait du bateau et du wakeboard.

Sa page Instagram: @valenzacreation.

Vos points forts ?

Alexis : Je suis quelqu’un de très travailleur et ça me sert pour les cours et le hockey.

Luca : On pourrait me décrire avec deux mots : l’humour et la bonne humeur. Dans une équipe, je suis celui qui met l’ambiance.

Quel serait votre conseil pour de futurs étudiants en sport-études ?

Le plus important, c’est de bien s’organiser. Il faut savoir ce que tu fais et quand, avant même de commencer l’année. Si tu sais que l’année va être sportivement intense, tu prends un peu moins de cours. Par exemple, au semestre d’automne, la saison bat son plein, tandis qu’au semestre de printemps, la saison de hockey arrive à sa fin. On en profite pour prendre plus de cours. Notre deuxième conseil serait de ne pas prendre de retard sur les cours. Il faut bosser tout de suite et pas laisser le travail s’accumuler.

Quelles sont les principales difficultés rencontrées lors de votre cursus ?

Alexis : J’ai joué à Viège pendant 2 ans et j’avais beaucoup de déplacements à faire. Je révisais dans le train pour mettre à profit ce temps. Il faut vraiment bosser quand tu peux, où tu peux. Tu t’entraînes beaucoup et à la fin de la journée, tu es fatigué. Ce n’est donc pas évident de se mettre à bosser tes cours le soir après une journée aussi chargée.

Deux frères dans la même équipe… Est-ce qu’il y a parfois de la compétition entre vous ?

Luca : J’te laisse répondre (rires). On est plus à l’aise les deux dans des matières différentes donc on s’entraide. Je suis meilleur en comptabilité car j’en avais fait au gymnase et je vais pouvoir aider Alexis, qui lui m’aide pour les maths. On se complète vraiment.

Alexis : J’étais sûr que t’allais dire ça ! En réalité, il n’y a pas de question car on sait très bien qui est le meilleur ici (rires). Plus sérieusement, pour les cours, on veut toujours faire mieux que l’autre. Et on est sûrs que quand on reçoit les notes, celui qui est devant va chambrer l’autre.

Au hockey, on ne se pose pas la question. Quand on joue ensemble, on essaye de faire au mieux. Il y a beaucoup plus de soutien que de compétition entre nous, aucune rivalité. Si on peut faire marquer l’autre, on est content.

Avez-vous des idées de carrière une fois vos études terminées ?

Luca : Trouver LA bonne idée et me lancer.

Alexis : J’ai déjà un Bachelor en management du sport. Je l’ai fait à distance quand j’étais aux États-Unis. Dans le cadre de ce Bachelor, j’ai eu l’opportunité de faire des stages. J’ai travaillé au CIO et à la Fédération Suisse de hockey sur glace. Ça m’a beaucoup plu donc pourquoi pas rester dans le milieu du sport à l’avenir, ou l’événementiel. J’aime tout ce qui est en relation avec le sport. Beaucoup de fédérations internationales sont basées à Lausanne, il y a l’embarras du choix. Si ça tenait qu’à moi, j’aurais fait médecine mais avec le hockey, c’était très compliqué. Peut-être plus tard. Ou créer ma boîte. Je suis ouvert à tout.

Quels sont vos prochains objectifs ?

Alexis : Réussir l’année, bien se préparer physiquement et trouver un bon club pour la saison prochaine.

Luca : Jouer bien, réussir mes études et trouver ma bonne idée.

Le plus beau moment de votre carrière ?

Luca : Les Universiade. Je n’oublierai jamais ces moments. C’est le genre de souvenirs qui te marquent pour toujours.

Alexis : Jouer en pro. J’ai commencé le hockey à 4 ans et j’ai toujours rêvé de jouer en pro. Après 15 ans de travail pour atteindre cet objectif, c’est un sentiment incroyable quand ça marche enfin pour toi.

Votre plus grand rêve ?

Alexis : Jouer en LNA. Ça reste toujours un rêve pour un hockeyeur de jouer en ligue A. Aussi, être heureux.

Luca : Être heureux. Il faut trouver les bons ingrédients pour être heureux et avoir la meilleure vie possible. Trouver ma fameuse bonne idée.

Un grand merci à Luca et Alexis pour cette belle rencontre.

Salomé Godonou