Céline Arethens est diplômée d’un Bachelor en Management d’HEC Lausanne. En 2018, elle a fondé ISTIA Digital Solutions, une entreprise de consulting digital. Pour HEConomist, elle revient sur son parcours et nous offre un aperçu de son quotidien d’entrepreneure.
Parlez moi de votre parcours universitaire :

Mon parcours est un peu singulier : j’ai obtenu un bachelor en mathématiques à l’EPFL, avant de débuter mes études à HEC Lausanne. Pourquoi avoir fait un tel virement? J’avais fait une belle overdose de maths. Je ressentais le besoin de faire quelque chose de plus concret. L’économie me semblait à la fois assez appliquée, proche de mes précédentes études, et pertinente pour comprendre notre société.

Je me suis engagée dans les hautes études commerciales en me disant que j’allais me diriger dans les banques, et pour cela, je souhaitais comprendre l’ensemble des matières reliées à l’économie, allant de la comptabilité à la gestion. Comme j’étais assez jeune (19 ans), trois ans d’études en plus ne me faisaient pas peur. Durant mes études, j’ai cherché à gagner le maximum d’expériences possibles. Je me suis donc engagée dans le monde associatif, et suis devenue présidente du MUN (Model United Nations), lorsque j’étais à l’EPFL, et organisatrice du Business Game de la Junior Entreprise lors de mes années à HEC Lausanne.

J’ai également fait quelques stages, surtout en finance, qui était le domaine qui m’intéressait le plus : chez Goldman Sachs à Londres, ou chez Procter & Gamble à Genève. Je me suis rendu compte assez rapidement que j’avais envie de changer de voie. Travailler dans une grosse entreprise, ce n’était pas pour moi.

Après avoir obtenu mon diplôme de Management, j’ai travaillé dans le secteur de la transformation digitale, au sein d’un groupe dans le domaine des services à la personne. J’assurais la gestion du projet qui visait à implémenter une application dans les cliniques, aussi bien dans les soins que dans le bloc opératoire. C’est là-bas que j’ai rencontré mon associée, Nikolina, et que l’idée de notre projet est née. À la base, nous travaillions sur la digitalisation du dossier médical du patient: on s’est vite rendu compte que l’on ne voulait pas se restreindre à ça.

Vous avez donc fondé votre propre entreprise : pouvez-vous me la décrire ?

ISTIA Digital Solutions est une entreprise de consulting digital. Bien qu’ayant commencé dans la transformation digitale du milieu médical, nous opérons maintenant dans plusieurs domaines d’activité. Nous résolvons différentes sortes de problématiques que nos clients peuvent rencontrer dues à des processus non digitalisés et par conséquent inefficients. Nos domaines de compétences sont, plus précisément:

  • Le conseil en stratégie digitale : nous faisons un état des lieux du degré de digitalisation de l’entreprise grâce à une échelle que nous avons développée, et proposons des solutions logicielles afin de palier aux manques et optimiser les processus existants.
  • Le marketing digital.
  • Le développement web et mobile (création de sites internet et d’applications pour des événements).

Nous sommes des promotrices du low-coding: plutôt que de faire du développement informatique, nous nous focalisons sur la recherche des outils les plus adaptés. On se considère donc comme des généralistes. Je m’explique : à l’heure actuelle, dans le domaine du digital, l’on trouve une grande majorité de spécialistes, notamment les agences spécialisées en marketing digital ou les entreprises spécialisées en développement d’applications.

Peu d’acteurs du marché disposent vraiment d’une vue d’ensemble de tout ce qu’il est possible de faire. Quelqu’un qui ne sait pas où commencer ne saura même pas vers quel spécialiste s’orienter. Au même titre que l’on se réfère à son médecin généraliste lorsque l’on est malade, nous intervenons auprès de nos clients afin de leur prescrire la solution (logiciel, application) la plus adaptée à leurs problèmes.

Concrètement, nous accompagnons nos clients tout au long de leur transformation digitale. Nous mettons, entre autres, l’accent dans le domaine du support, car l’humain est souvent réticent au changement, et les modifications de son environnement de travail peuvent être mal accueillies si on ne les accompagne pas correctement.

Macintosh HD:Users:Yasmine:Desktop:Céline bonne qualitée2.jpg

Comment parvient-on à être crédible lorsqu’on est aussi jeune que vous dans le monde du consulting ?

Nous sommes des “digitales natives”. On joue justement sur le fait qu’on est jeunes. On n’a pas le choix, on doit être les meilleures pour se différencier ! Pour cela, on doit être informées sur tous les derniers standards de l’industrie, ce qui implique qu’on est obligées de se former en continu. On dédie des plages horaires entières au e-learning. En termes de prix, on offre également des tarifs beaucoup plus avantageux que les grosses boîtes de consulting.

Décrivez moi une journée type :

Comme la plupart, je me vois obligée de répondre qu’il n’y en a pas ! Je vais tout de même essayer de vous donner un petit aperçu : nous travaillons en remote. Je gère les clients dans la région lausannoise, et mon associée, ceux autour de Fribourg. La première chose que je fais tous les jours, c’est ouvrir mon outil de gestion de projets. Nos tâches y sont triées par ordre de priorité, ce qui nous permet de savoir rapidement sur quel projet il faut que l’on se focalise.

Les tableaux de bord qui sont générés automatiquement me montrent combien d’heures j’ai effectué sur quel travail, ce qui me permet de le chiffrer pour les clients. En général, nos journées sont vraiment dédiées à de la gestion de projet : monitoring, gestion des risques ; ainsi qu’à notre propre développement : se tenir au courant de tout ce qui se fait et se former sur les dernières applications qu’on a dénichées.

Comment l’idée de votre entreprise vous est donc venue ?

Le groupe au sein duquel je travaillais précédemment a voulu développer sa propre application: j’ai pu constater, en première ligne, à quel point cela pouvait être difficile, et à quel point les coûts pouvaient s’avérer élevés, notamment pour des petites structures qui ne peuvent pas se le permettre. Il faut savoir que de nos jours, développer ses propres outils engendre souvent des coûts monumentaux.

Nous avons réalisé qu’une des raisons pour laquelle beaucoup d’entreprises continuent à procéder ainsi, c’est qu’ils ne savent pas qu’il existe des solutions sur le marché qui sont adaptés à leurs besoins. Par conséquent, on a constaté que le besoin de conseillers dans le monde du digital était assez élevé. C’est là que notre envie de devenir promotrices du low-coding s’est vraiment affirmée et que l’on a décidé qu’il fallait que l’on se lance.

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans l’entrepreunariat ?

Même si je ne me l’avouais pas, j’ai toujours su que bosser dans une grande entreprise, ce n’était pas fait pour moi. Ça a été confirmé par mes expériences professionnelles. Ce qui me plaît dans le fait d’être entrepreneure, c’est le style de vie qui y est associé : la liberté que j’ai de travailler aux horaires que je veux, d’avoir le contrôle, d’apprendre ce qui m’intéresse.

Au final, on choisit son métier en fonction de sa personnalité plutôt que pour son contenu en lui-même. Intellectuellement, c’est très stimulant. Mon travail, c’est d’apprendre et d’informer les autres. Je continue à me former, dans un domaine qui me passionne.

Quels conseils pourriez vous donner à l’intention d’étudiants et de jeunes diplômés ?

Avant tout, s’interroger sur quel type de travail pourrait nous aller en terme de personnalité, et de style de vie. Typiquement, le job d’entrepreneur, ce n’est pas pour tout le monde. Il est glorifié par les médias : il faut bien se rendre compte qu’il n’a rien de glamour ! J’ai fait le deuil de mes week-ends depuis bien longtemps. Avant tout, il faut :

Être passionné : L’investissement dans sa propre entreprise est énorme. Il faut être touche-à-tout, avoir envie d’apprendre et ne pas avoir peur de mettre les mains dans la boue.

Trouver les bonnes personnes : Il est essentiel d’avoir un bon feeling avec ses associées, et cela, dès le départ. Si les débuts sont chevrotants, que se passera-t-il lorsqu’il y aura d’importantes sommes d’argent en jeu ?

Cultiver son image : On pense souvent que lorsqu’on est étudiant, nos actions n’ont aucune conséquence. En fait, tous les gens que l’on est amené à rencontrer se font une image de nous. Si celle-ci est positive, cela aura des retombées favorables dans le futur, tandis que si celle-ci est négative, cela sera difficile à rattraper, peu importe ce que l’on fait plus tard.

Se lancer : la plupart des projets échouent car ils n’ont jamais dépassé le stade de la simple imagination. Pour me lancer, je me suis jurée de ne plus vivre à travers la peur. Après tout, je suis jeune et le meilleur moment pour prendre des risques, c’est maintenant.

Quels sont les cours ou les expériences qui vous ont le plus marqué durant votre parcours à HEC Lausanne ?

Le cours qui m’a été le plus utile, c’est celui de Systèmes d’Information. Les concepts tels que le business model canvas et les propositions de valeur sont inestimables. La comptabilité du premier semestre de première année, également: c’est la base des bilans, de la trésorerie.

Les deux associations que j’ai rejointes durant mes études m’ont également beaucoup apporté, en termes d’expérience, mais également au niveau du réseau que je m’y suis créé : ça n’a pas de prix ! Elles m’ont également permis de développer mes compétences de communication. L’aisance à l’oral dans le monde professionnel, c’est ce qui va faire la différence entre quelqu’un qui est bon à son poste et quelqu’un qui va avoir une promotion.

Macintosh HD:Users:Yasmine:Desktop:Céline bonne qualitée.jpg

Auriez vous un dernier message à partager?

Je pense qu’il est essentiel de toujours se challenger. Dans les cours, il faut aller au delà de ce que le prof nous donne, et il ne faut surtout pas se limiter à ce que l’on apprend à l’université. C’est en s’intéressant à la matière que l’on devient passionné.

La motivation vient de l’action, et non l’inverse !

 

AU NOM DE TOUTE L’ÉQUIPE HECONOMIST, UN GRAND MERCI À CÉLINE ARETHENS POUR CET ENTRETIEN.

Yasmine Starein