En voyant leur allure ventripotente, un œil inaverti aurait tendance à tourner Donald Trump et Kim Jong-un en ridicule. Ce serait cependant oublier que le premier est à la tête de la plus grande économie du monde, tandis que le « Dirigeant suprême » est en charge de la quatrième plus grande armée du globe. Aussi inattendu et historique que cela puisse être, les deux se sont lié d’une espèce « d’amitié diplomatique » et multiplient maintenant les rencontres pour trouver un accord entre dénucléarisation de la péninsule et levée des sanctions économiques envers elle.

Les sommets de l’inefficacité

Après un premier sommet à Singapour où les deux dirigeants se sont trouvés une volonté commune d’instaurer une paix durable dans la péninsule coréenne, un deuxième sommet a été organisé à Hanoi. Selon la Maison Blanche, aucun accord n’a pu aboutir si ce n’est la promesse de Kim Jong-un de ne rien tester qui soit en rapport avec le nucléaire. Un troisième sommet se prépare.

Le but des sommets étant de dénucléariser la Corée du Nord et de former une suite d’accords bilatéraux, de nombreux pays se trouvent mêlés à l’affaire. Seule la Chine, qui jusque-là se présente comme le plus grand allié économique et politique de la Corée du Nord, pourrait ne pas souhaiter que les Sommets aboutissent. En effet, cela lui permettrait de garder son influence politique sur la péninsule. D’un autre côté, elle ne peut que vouloir la paix et la stabilité de la région. Pour tous, les Sommets sont donc synonymes de sécurité et de prospérité. Le plus notable des projets est l’envie des deux Corées de s’ouvrir à nouveau économiquement l’une à l’autre, des routes et des voies ferrées liant le Nord et le Sud étant également déjà construites. Pour ce qui est du Japon, la seule réelle envie est probablement de se débarrasser de la menace balistique Nord-coréenne, la dernière démonstration de puissance remontant à août 2017. On peut donc assez facilement comprendre le souhait des pays d’Asie de l’Est quant à la dénucléarisation et la formation d’accords commerciaux.

De la volonté américaine…

Pour ce qui est des États-Unis, le tout semble moins évident. D’une part, proposer un traité de paix renforcerait les liens entre les États-Unis et la Corée du Sud. Le Président Moon étant avocat d’une déclaration entre le Nord et le Sud, Trump montre qu’il porte de l’intérêt au souhait de son allié asiatique. D’autre part, cela pourrait potentiellement renforcer les liens entre les États-Unis et la Chine, en prouvant le sérieux de Washington quant à la création d’une réelle stabilité dans la région. N’oublions pas non plus les potentiels intérêts personnels de Trump, que ce soit du point de vue financier ou politique, avec l’approche des élections de 2020.

… et de la volonté coréenne

Après des années d’autarcie involontaire, de famine et de misère, ces rencontres pourraient s’avérer devenir le salut de la péninsule. Une levée des sanctions et un accès au marché international permettrait un boum économique sans précédent pour la Corée du Nord. Loin d’être aussi puéril qu’il puisse paraître, Kim Jong-un a bien compris ce point.

En sus des aspects économiques, des avantages financiers seraient également très importants. Après tout, l’ouverture d’un marché pose aussi la possibilité de financement et devrait attirer de nombreux investisseurs étrangers en quête d’un pays à reconstruire, et de rendements plus élevés. Après tout, leur PIB est tout de même estimé à 40 milliards de dollars selon la CIA (soit 17 fois moins que la Suisse, pour une population 3 fois plus élevée) ce qui implique des possibilités de croissance et de développement très importantes.

En imaginant une croissance semblable à celle de la Chine, il n’est pas exclu d’imaginer une création de plusieurs milliards de dollars de production par année, qui ne profiterait pas exclusivement à la péninsule mais à biens des acteurs économiques et financiers internationaux.

Quand l’argent est en jeu, les mains se serrent

À la vue des montants en jeu et de la volonté de sécurité dénucléarisée, il semble probable que les deux nouveaux meilleurs copains arrivent un jour à un accord. Si tel n’est pas le cas, le successeur du président américain poursuivra probablement les négociations en ce sens.

Une chose est sûre, nous nous réjouissons de vivre dans un monde de mainmise militaire américaine, où les intérêts économiques surpassent les idéaux de liberté et de démocratie, et où n’importe qui peut devenir président sous couvert d’un populisme inapproprié et dans le seul but de servir indûment son égo et ses intérêts personnels.

Cet article a été écrit en collaboration avec le Finance Club HEC Lausanne.

Alex Oktay et Ana Polic