Il y a de cela un peu plus d’une semaine, le nouveau Musée Cantonal des Beaux-Arts (mcb-a) a ouvert officiellement ses portes sur le nouveau site dédié aux arts proche de la gare de Lausanne: PLATEFORME 10. Il faut dire que l’ouvrage est relativement impressionnant. Si de l’extérieur il apparaît comme un immense bloc en béton, les importants volumes qu’il contient à l’intérieur sont légers et aériens. En effet, les salles bénéficient toutes d’un éclairage zénithal, mettant ainsi au mieux les œuvres en valeur.

Toutefois, la visite commence déjà par l’extérieur : l’entrée se fait par la façade nord du bâtiment, où de grandes saignées ont été réalisées tout du long, guidant ainsi le regard des visiteurs jusqu’au ciel. Le hall d’entrée quand à lui offre un très vaste espace en hauteur, idéal pour les installations volumineuses. Au fond, une grande baie vitrée inonde de lumière tout l’espace et offre la vue sur la gare et les voies adjacentes.

Pierre Soulages, Peinture, 324 x 362 cm (Polyptyque J), 1987, Huile sur toile. Don de Pierre Soulages en hommage à Olivier Pauli, 2017

Après cette introduction des lieux, la forme, venons-en à la substance, le fond, c’est-à-dire aux œuvres qui habitent ce nouveau musée. L’intitulé de cette première exposition est : “Atlas. Cartographie du don”. Il y a là énormément de matière étant donné qu’il s’agit pour le musée de présenter les différentes œuvres rentrées dans sa collection grâce aux dons et autres preuves de reconnaissance. Le Musée Cantonal des Beaux-arts a fait là un pari risqué en souhaitant montrer une telle variété dans les styles, origines, thèmes et techniques parmi toutes ces œuvres. Même si le visiteur est quelque peu guidé tout du long de sa visite par des thèmes tels que : Forêts, Flux ou Douleur, c’est le seul repère auquel il peut se raccrocher pour y retrouver une quelconque cohérence. En effet, des œuvres d’art contemporain côtoyant des peintures de la fin du XIXe siècle en passant par des techniques variées : de l’huile sur toile, du fusain sur papier, de la sculpture sur bois ou de la photographie, tout se rencontre et se mélange avec plus ou moins de pertinence. Peu de repos pour les yeux et l’esprit : on passe et on change sans cesse d’une œuvre à l’autre, d’un style à l’autre, en trouvant une résonance plus ou moins forte entre chaque création.

Attribué à Vincenzo Magana, Déploration du Christ, vers 1600-1610, Huile sur toile, Collection Ducroa . Acquisition 1816

Le musée en est certes à sa première exposition sur ce site vaste et flambant neuf. Il lui faudra donc encore quelques années pour qu’il se forge une identité forte et bien à lui. Car il faudra faire preuve d’audace, voire de courage pour apporter une substance à cet immense espace d’exposition. Pour cela, essentiellement deux possibilités : le mcb-a peut exposer les œuvres qu’il possède déjà (parmi plus de 10’000 !) ou demander à d’autres musées, collections, galeries, fondations, mécènes voire artistes des œuvres en prêt. C’est ce qui arrive notamment lorsque l’on souhaite faire une rétrospective d’un artiste spécifique (cela représente un travail gigantesque). De nombreuses possibilités et défis attendent le mcb-a et si cette première exposition peut paraître en quelque sorte un balbutiement, sûrement que l’avenir réservera de belles surprises. La prochaine exposition semble déjà assez prometteuse : À fleur de peau. Vienne 1900, de Klimt à Schiele et Kokoschka. À voir du 14 février au 24 mai 2020

Alexandre Louis Lachat