Nous le savons depuis notre plus tendre enfance, la nuit d’Halloween est spéciale et toujours un peu dangereuse. Qui sait ce qui va nous arriver dans la pénombre ? Serons-nous toujours les mêmes le lendemain ? Pour nous, le mystère reste entier. En revanche, pour nos amis britanniques, la nuit d’Halloween sera vraiment effrayante cette année.

En effet, le 31 octobre, le Royaume-Uni doit sortir de l’Union Européenne. Boris Johnson l’a promis, à la fin de ce mois, le divorce sera prononcé. Même si on peut faire confiance à un Premier ministre qui ressemble étrangement à une jack-o’-lantern pour quitter l’Europe pendant la nuit d’Halloween, personne ne sait réellement ce qu’il en adviendra le lendemain et les années suivantes. Peut-être que le Royaume-Uni ne sera jamais plus celui que nous avons connu. Prenons aujourd’hui le temps de penser à tout ce qui nous manquera chez ces gentils Anglais…

Art & culture

Le Royaume-Uni est avant tout un pays de culture. Outre James Bond et les nombreuses séries anglaises qui ont traversé les décennies, à l’image de Doctor Who ou Top Gear, n’oublions pas qu’ils nous ont aussi offert les épisodes délirants de Black Mirror. Mais là où les Anglais excellent, c’est bien dans l’art de faire naître les plus grands chanteurs. Depuis les Beatles et les Rolling Stones, ils nous ont gâtés avec David Bowie, Led Zeppelin, Pink Floyd, Muse et surtout Queen, mais aussi avec Elton John, George Michael et plus récemment Adele, Ed Sheeran et Coldplay. De quoi nous faire oublier qu’ils sont aussi à l’origine des Spice Girls et des One Direction. Chacun ses défauts.

Le pays de Shakespeare est aussi celui de Banksy et des musées comme Madame Tussauds, la Tate Modern et le British Museum. Car oui, l’Anglais est distingué et très cultivé.

Les vacances au Royaume-Uni

Nul doute que ce qui nous manquera le plus, si nous devions y renoncer faute de visa, seraient les vacances à Londres, aussi amusantes que chères, à l’image d’Oxford Street. Adieu Buckingham Palace, les cabines téléphoniques rouges et les célèbres bus à deux étages. Big Ben continuera de veiller sur vous. Quant à nous, nous remplacerons le London Eye par la grande roue du marché de Noël de Montreux.

Et comme le Royaume-Uni ne se limite pas à Londres, nous renoncerons aux gros cailloux de Stonehenge et à la chasse au monstre du Loch Ness. Les villages pittoresques d’Écosse et d’Irlande du Nord, dont le nom contient souvent cinq fois plus de consonnes que de voyelles, nous manqueront aussi. Mais après tout, nous pourrons nous rabattre sur d’autres destinations, là où il ne pleut pas toute l’année.

Nourriture

C’est là que se pose la vraie question : est-ce que l’Angleterre nous manquera réellement ? Certes, un Fish & Chips ou un Apple Pie accompagné de Earl Grey peuvent nous procurer beaucoup de plaisir. Il en va de même d’ailleurs des bières anglaises et du gin, ou du whisky, pour les gentlemen et gentlewomen. Mais les Britanniques sont surtout un peuple qui mange l’équivalent de deux dîners à l’heure du breakfast, quand nos yeux et surtout nos estomacs d’Européens continentaux ne pensent qu’à une petite tasse de café et une demi-tartine. Soyons réalistes, personne ne dira jamais du Royaume-Uni qu’il est le pays des fins gourmets.

Sport

A l’instar de ce que ressent Romeo pour Juliette, les Anglais ont un amour inconditionnel pour le sport. Là encore, ils nous ont presque tout donné, avec la générosité qui les caractérise, mais sans oublier d’empocher les bénéfices. Ils n’ont pas seulement inventé le football, ils ont également créé des industries qui rapportent des coupes et des livres sterling. Chacun sa religion : Chelsea, Arsenal, Tottenham, Manchester United, Manchester City, Liverpool, ou Leicester pour les anticonformistes, le Royaume-Uni reste le royaume du foot. Mais nous ne remercierons jamais assez les Anglais d’avoir inventé les hooligans, car il est vrai qu’un match de Champions League est trop ennuyant sans bagarres dans les tribunes.

Les Anglais ont aussi inventé le rugby, le cricket, le quidditch et le tennis, bien que ce dernier soit une adaptation d’un jeu français. Tant pis, nous regarderons Roland Garros pendant les examens et non plus Wimbledon pendant les vacances. Et si le Brexit était une stratégie pour nous faire rater nos examens ?

Les Britanniques

Finalement, nous regretterons avant tout les Britanniques, ce peuple si particulier, que nous avions l’habitude de côtoyer sur les plages du sud de l’Europe tout l’été. Ces personnes à la peau écarlate qui se baladent en tongs même un jour de pluie. Ces gens ouverts et très polis, trop peut-être, psychorigides quand il s’agit de faire la queue dans l’escalator, mais si drôles pour qui aime l’humour anglais façon Mr. Bean et Monty Python. Leurs policiers au déguisement improbable qu’il est difficile de prendre au sérieux. Mais surtout, la passion, et le mot est faible, de chaque Britannique pour la famille royale. De leur Queen au dernier Royal Baby, le Royaume-Uni vit au rythme de la relève de la garde. Dans chaque foyer anglais, le visage souriant de la reine, sur un mug ou dans une assiette, veille sur ses sujets. Nous ne comprendrons jamais pourquoi les Anglais courent après la famille royale comme des corgis surexcités, mais c’est là qu’ils excellent à nous surprendre et nous faire rire.

Voilà, les Anglais quitteront l’Europe en laissant dans nos cœurs un certain vide. Nous, les Suisses, sommes les enfants de ce divorce non voulu, regardant la grande famille à la bannière bleue étoilée éclater, se congratulant encore d’avoir refusé l’adhésion à l’Union Européenne. Farewell UK, we will miss you !

Deborah Intelisano