Retour sur la conférence du comité HEC les clefs d’une transition réussie du 22 Octobre 2019

Le comité d’HEC Lausanne organisait, il y a un mois précisément, une conférence sur le thème de la transition écologique. Les deux invités, Ion Karagounis et Léo Gilliard étaient issus du département d’innovation et de changement socio-économique du WWF. Pour rappel, le WWF est une Organisation Non Gouvernementale Internationale créé en 1961 et dédiée à la protection de l’environnement et au développement durable. Cette ONGI est l’une des plus grandes au monde en étant présente dans plus de 100 pays et comptabilisant plus de 6 millions de soutiens dans le monde. Cette conférence a attiré ma curiosité, et c’est pour cela que j’ai décidé de vous en faire un bref résumé, puis de vous donner mon humble avis sur la question.

Résumé de la conférence :

Nous vivons dans un monde où la population croît sans cesse (multipliée par dix en 250 ans) et où la richesse économique globale ne cesse non plus d’augmenter fortement (multipliée par 200 en 250 ans). Cette optique de croissance économique illimitée pose grandement problème à notre écosystème dont les ressources sont limitées. Nous connaissons une perte de la biodiversité (plus de 60%). Les énergies fossiles sont toujours aussi bon marché qu’avant et le nord de la planète, globalement riche, exploite les richesses du sud.

Pourtant, selon nos intervenants, sur certains points une économie de croissance peut réduire certains impacts sur l’environnement avec notamment l’innovation technique et l’augmentation de l’efficacité. Tout notre système économique actuel dépend d’une manière ou d’une autre de la croissance. Actuellement, la croissance fonctionne en théorie comme moteur de l’économie et du bien-être. Pour nos intervenants, la réponse n’est pas de changer complètement de système mais il faut impérativement réfléchir à ce qu’il faudrait changer dans notre système afin de trouver des alternatives à la croissance. Le problème, c’est qu’essayer de freiner la croissance pourrait, entre-autre, mettre en danger les infrastructures dont la population dépend. Ainsi, il faudrait trouver des solutions qui préserveraient ces infrastructures.

Pourtant, selon nos intervenants, sur certains points une économie de croissance peut réduire certains impacts sur l’environnement avec notamment l’innovation technique et l’augmentation de l’efficacité. Ce développement technique, qui en théorie permettrait d’être plus efficient, ne suffirait pas à améliorer la situation climatique. Une méthode dite de « sobriété » serait la solution idéale, c’est-à-dire d’essayer de limiter un maximum certaines actions, bien que positive pour la croissance mais négatives pour l’environnement en les remplaçant par d’autres. L’idée serait donc de combiner plusieurs approches : l’approche politique, de l’entreprenariat et du privé.

Avec l’approche politique, il faudrait que les politiques fixent des objectifs globaux ambitieux afin de créer des incitations pour la responsabilité sociale des entreprises, pour développer des alternatives etc.

Au niveau entreprenariat, l’objectif serait de développer de nouveaux business model qui utiliseraient moins de ressources, et de privilégier l’économie circulaire. On sait que l’innovation peut avoir un effet de rebond, par exemple l’évolution des téléphones portables qui a réduit le nombre de matériaux nécessaires à la fabrication (les premiers téléphones portables pesaient environ trois kilos) mais qui a en même rendu accessible certaines pratiques et matériaux polluants. De plus, en Suisse le domaine de la finance est très important, sachant que la finance a un impact direct sur la croissance, il s’agirait donc de l’orienter vers une finance durable.

Enfin à l’échelon privé : les principaux axes d’action seraient les déplacements (moins voler en avion), l’alimentation (manger local, de saison et moins de viande) et le logement (meilleure consommation d’énergie).

Toute cette transition que nous venons de voir devra être collective, l’économie devra être orientée vers le bien-être des personnes, les acteurs du marché et l’état devront coopérer plutôt que d’être dans la concurrence, par exemple avec des coopératives, des monnaies locales ou encore des échanges directement avec le producteur.

Selon nos intervenants, le problème principal de tout ce modèle est qu’il est difficilement mesurable et qu’il sera jugé, avec les outils traditionnels de la croissance, comme inefficace. Raison de plus selon nos intervenants de changer le PIB et tous les indicateurs de croissance actuels pour mesurer le bien-être et la prospérité d’un pays. Les taxes et les quotas ont aussi leurs importances, les deux présentant des avantages et des inconvénients. Pour déterminer lequel des deux serait le plus efficace dans une situation précise, il faudrait tester à petite échelle afin de trouver les meilleurs moyens de s’affranchir de la croissance.

Bien entendu cette transition nécessite une justice sociale afin que les bas revenus soient le moins touchés par ces réformes, le contre-exemple type étant celui des gilets jaunes face à l’augmentation du prix de l’essence. Le fait de rendre les prestations fondamentales plus résilientes est en autre le défi le plus important de la transition écologique. D’un point de vue mondial ce débat est encore plus présent car les pays en voient de développement revendiquent leurs droits à la croissance. Toutes ces interrogations sont discutées par le WWF avec des scientifiques et universitaires pour pouvoir trouver les meilleures solutions.

Le WWF trop politiquement correct ?

Je dois dire que j’ai tout d’abord été agréablement surpris par la lucidité du constat des intervenants sur notre économie actuelle. Cependant j’ai trouvé que les deux intervenants étaient extrêmement prudents dans leur propos. À aucun moment le terme « anticapitaliste » n’a été utilisé (sachant quand même que la croissance est véritablement moteur du capitalisme), vouloir s’affranchir de la croissance, c’est véritablement vouloir sortir d’une certaine manière du capitalisme tel qu’on le connaît aujourd’hui. Le terme d’ « anticapitaliste » (vouloir sortir du capitalisme en mettant sur place un nouveau système jamais créé auparavant) étant de nos jours connoté à tort de « communisme » (qui est un système différent du capitalisme mais qui n’a jamais marché), il n’est pas étonnant que le WWF étant considéré comme la « multinationale des ONG », ait peur de choquer en paraissant trop « gauchiste ». Car il ne faut tout de même pas oublier que le WWF a, pour beaucoup, toujours l’image d’une organisation défendant principalement les écureuils du Val d’Hérens ou encore les crapauds de la Vallée de Joux. Ce serait donc un choc pour beaucoup de leurs soutiens d’apprendre que le WWF est d’une certaine manière anticapitaliste (oh ciel !). À aucun moment, les intervenants ont soulevé le fait que leur approche allait passer à un moment ou un autre par une réduction de la consommation, une réduction des choix et moins de revenus pour les classes moyennes et supérieures (vous l’aurez compris, la finance durable étant moins profitable que la finance actuelle). À nouveau, l’impression que donne le WWF est de ne pas vouloir faire de vague.

Enfin, bien que beaucoup de leurs solutions proposées soient intéressantes, j’ai trouvé leurs discours peu, très voire trop peu, axés sur la politique. Bon nombre des mesures proposées doivent être mises en place par les politiques. Ne pas soutenir la place du politique dans cette transition, c’est la mener à l’échec.

Jean Loye