« On ne vend pas la musique. On la partage ». Cette affirmation de Leonard Bernstein, compositeur du 20e siècle, fait sens dans la société actuelle. En effet, dans un monde digitalisé et dématérialisé, la musique est omniprésente dans la vie quotidienne, principalement à travers les plateformes de streaming. Cependant, depuis 15 ans, cette industrie connaît un changement radical et les différentes parties prenantes doivent s’adapter à cette transition pour garder la tête hors de l’eau.

D’abord consommée avec les vinyles, puis les CD, le streaming est aujourd’hui la manière la plus populaire d’écouter de la musique. Elle devient accessible à tous, de manière illimitée. Pour prendre quelques chiffres, Spotify, le mastodonte de l’industrie du disque, qui vaut plus de 29 milliards de dollars en bourse, compte pas moins de 70 millions d’abonnés. En 2018, 176 millions d’utilisateurs possèdent un compte de musique payant. Au niveau économique, le monde musical a engendré 19,1 milliards de dollars et plus de 50% des recettes proviennent du streaming.

Malgré cela, le passage des CD au digital provoque un impact sur l’économie. Auparavant, de nombreux acteurs étaient impliqués : les magasins ou les concessionnaires avaient aussi une part du marché. Aujourd’hui, de moins en moins de personnes achètent des disques, tout s’écoute sur un nombre très restreint de plateformes qui ont le monopole sur le monde musical. Nous sommes donc face à un paradoxe : les ventes d’albums sont en chute libre, mais la musique n’a jamais été autant consommée.

Pour schématiser, actuellement, l’industrie de la musique repose sur un triangle. Les maisons de disque produisent de gros artistes qui enregistrent des tubes que diffusent les radios et les plateformes de streaming. Dans ce cas-là, on est sur du win-win, toutes les parties obtiennent leur part du marché et font du bénéfice.

Les solutions face à l’évolution

Comme mentionné dans l’introduction, l’industrie de la musique doit faire face aux constants changements de la société qui est dans la consommation immédiate, rapide et éphémère. En effet, une musique crée le buzz pendant un laps de temps très court, puis est rapidement remplacée par une autre qui sera sous les feux des projecteurs. Ecouter de la musique ne suffit plus, la société veut aussi connaître tout ce qu’il y a autour, la vie de l’artiste et le milieu dans lequel il est baigné. C’est pourquoi les artistes doivent tout mettre en œuvre pour rester sur le devant de la scène, marquer les esprits et ont pour cela plusieurs possibilités.

La formule la plus répandue consiste, pour un artiste, à sortir un ‘’single’’ (une seule chanson) afin de promouvoir la sortie d’un éventuel album ; le reste de la promotion se fait uniquement à travers les réseaux sociaux. On peut encore une fois remarquer le rôle majeur que jouent les réseaux sociaux pour marquer son influence dans le milieu. Il est important de souligner que le monde de la musique est ultra concurrentiel, chacun essaie de sortir son épingle du jeu, car les revenus perçus par les interprètes sont de plus en plus minces.

Une autre solution est la diversification dans d’autres milieux, principalement dans le monde de la mode. On peut notamment voir des artistes créer des marques de vêtements ou collaborer avec des géants comme Nike ou Adidas. A titre d’exemple, Rihanna est l’une des principales protagonistes dans le milieu du maquillage avec sa marque Fenty.

Enfin, les concerts sont une bonne source de revenu et représentent une excellente publicité. Cependant, les tournées sont souvent très longues et éprouvantes. Certains artistes, souvent des rappeurs, tombent dans la drogue et dans certains cas, trouvent la mort.

Les conséquences négatives du streaming

Ce nouveau mode de diffusion suscite évidemment bon nombre de critiques. Le profit est à présent au centre de la musique, chacun cherche à se faire un maximum d’argent en peu de temps. Par conséquent, la création artistique est négligée, il n’y a plus de message global autour d’un album et les artistes sont plongés dans un moule presque prédéfini, profitant d’une vague de popularité. Les artistes produisent et partagent des musiques sans se soucier de la qualité, mais en faisant de la quantité. Il n’y a plus aucune diversité artistique, les labels sont de véritables usines à chansons et les artistes des machines à faire des tubes.

Ce changement de système engendre également une distribution inégale : les plus gros obtiennent toujours plus d’argent, tandis que les petits artistes peinent à se frayer un chemin dans le milieu. Les maisons de disques sont de plus en plus frileuses à signer un nouvel artiste et ces derniers tentent de se produire en indépendant, en enregistrant des musiques directement chez eux. Pour essayer de décoller, les interprètes peu connus créent un ‘’crowdfunding’’, une plateforme de financement pour tenter d’avoir une base financière. Hélas, cette méthode n’est pas la meilleure, les radios privilégiant les artistes déjà confirmés.

En résumé, deux choix s’offrent aux artistes arrivant dans le milieu. Soit ils signent dans un label, mais ce dernier a un pouvoir total sur la musique distribuée et est un frein à la diversité, soit ils se produisent en indépendant, tout en sachant que c’est financièrement très difficile. Une solution serait la liberté accordée par les labels aux artistes, ce qui semble très compliqué vu la pression exercée sur ces derniers pour être le plus productif possible.

L’exception du rap

Pour conclure, une conséquence positive du streaming est la mise en lumière du rap. En effet, souvent considérée comme la musique ‘’de banlieue’’, porteuse de messages propagandistes, le rap connaît son apogée depuis la digitalisation musicale. D’abord interdit par la censure des radios, le rap a su profiter du streaming et s’étendre un maximum pour être aujourd’hui la musique la plus populaire, que ce soit en France ou aux Etats-Unis. Espérons que les autres styles de musique puissent tirer autant de positif du streaming pour les années à venir.

Tristan Bochatay
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