De quelle industrie êtes-vous le·la plus fidèle consommateur·trice ? Celle du divertissement, ne ratant aucune nouvelle sortie sur Netflix ? Ou peut-être celle de la restauration rapide, solution idéale à une soudaine fringale ? Quoi qu’il en soit, il est certain que nous sommes tou·te·s, dans une certaine mesure, fidèles à une industrie bien particulière : celle des services publics.

Énergie, déchets, électricité, eau : tous ces éléments font partie de notre quotidien, et nous oublions parfois qu’il s’agit également d’une industrie avec ses propres particularités, mais aussi défis. De plus, nous vivons dans l’ère de la digitalisation, et personne n’y échappe. Mais alors, quid de l’énergie de demain ?

État actuel des services publics

Durant plusieurs décennies, diverses protections ont permis aux services publics d’être une industrie à innovation limitée, n’étant pas toujours contrainte par des objectifs de performance ou par une forte concurrence. Les marchés régulés, couplés à la centralisation de la plupart des productions, ont transformé le·la consommateur·trice en simple « payeur·se de taxe ». Très peu libre, ce·tte dernier·ère ne peut que rarement choisir son approvisionnement en énergie ou en électricité. En Suisse, il n’y a actuellement que les gros consommateurs (les entreprises ou usines) qui peuvent choisir leur fournisseur d’énergie, et la discussion sur la libéralisation du marché pour les particuliers traîne en longueur.

Néanmoins, quatre tendances mondiales font trembler l’édifice jusqu’ici intouché des services publics : la décarbonation, la décentralisation, la digitalisation ainsi que la démocratisation. Chacun de ces termes est lourd en challenges et conséquences, non seulement pour les occupants de l’industrie, mais aussi pour nous, simples consommateur·trice·s.

Décarbonation

Malgré une amélioration notable, une grande partie de l’énergie mondiale provient encore de sources non-renouvelables. Selon l’OFEN, les énergies fossiles représentent près de 40% des sources d’énergie suisse, suivies principalement par l’énergie nucléaire (24,3%), la force hydraulique (12,3%) et le gaz (10,9%).

D’après la Stratégie énergétique 2050 votée par le peuple suisse en 2017, il y a donc trois objectifs principaux : une énergie plus propre, passant par des sources renouvelables, la sortie progressive de l’énergie nucléaire suite à la catastrophe de Fukushima en 2011, ainsi que l’amélioration de l’efficience énergétique. Ces mesures s’inscrivent dans une logique globale de décarbonation de notre énergie. S’il est évident que nous ne pouvons nous passer d’électricité et d’énergie, il est tout aussi clair qu’il est nécessaire de transformer la façon dont nous générons et utilisons notre énergie. De plus en plus, l’énergie suisse nous proviendra de nos barrages, nos éoliennes, mais pas seulement : du·de la consommateur·trice également.

Décentralisation

Dans la plupart des cas aujourd’hui, l’énergie est produite en masse dans de gigantesques usines, redistribuée ensuite via de gros réseaux de distribution et de transmission centralisés. Cette méthode arrive à bout de souffle : face à des villes de plus en plus étendues et des consommateur·trice·s gourmand·e·s, il devient trop difficile de maintenir des réseaux centralisés efficaces.

Mais demain, ce ne sera plus le cas. La décentralisation de l’énergie signifie que chacun·e aura diverses sources d’énergie proches de chez soi, peut-être même sur son toit, grâce à notre sphère d’hydrogène et d’hélium préférée. Peut-être que votre supermarché local ne vous vendra pas que du pain et des œufs, mais aussi l’accès à sa production électrique grâce aux éoliennes dans son parking.

Attention : les usines ne disparaîtront pas ! Il s’agit ici de trouver des façons plus locales de s’approvisionner en électricité, permettant de passer à des énergies renouvelables plus facilement. S’il est difficile d’alimenter toute une ville avec une usine à production solaire, il est beaucoup plus simple que chacun·e alimente son voisinage grâce à certains panneaux bien placés, avec l’aide des éoliennes locales ou de l’usine en périphérie.

Digitalisation

La digitalisation a profondément transformé nos vies. Peu après sa création en 1997, Netflix a commencé son activité de location de DVD par abonnement. Pourtant, qui a aujourd’hui cette image en tête lorsque nous voyons le gros N rouge sur nos écrans ?

La digitalisation influence également les services publics, mais de façon plus modérée. Un manque d’urgence se fait ressentir, et cela est dû à l’historique de protection et de régulation des services publics. Toutefois, beaucoup d’entreprises dans le milieu commencent à adopter des technologies « basiques », comme le cloud computing, ou encore l’utilisation des données énergétiques. Les technologies plus compliquées, comme l’intelligence artificielle et la réalité virtuelle, peinent à se répandre dans l’industrie. Mais des solutions sont testées, comme chez Romande Énergie, où des casques à réalité augmentée sont envisagés pour des actions sur le terrain. Rappelons toujours qu’il ne faut pas « mettre la charrue avant les bœufs », et que ces technologies sont encore très gourmandes en données ou en investissements, et qu’il faut donc leur laisser le temps de se développer avant de voir une adoption généralisée.

Pour plus d’informations sur les innovations principales dans la digitalisation des services publics, perdez-vous quelques instants sur le site de l’Energy Startup Day 2019, et vous trouverez des informations inédites et impressionnantes sur les technologies du futur pour l’énergie suisse ! Je recommande principalement de visiter les sites de beOn, droople et Ormera. Même s’ils sont de natures fondamentalement différentes, ces trois exemples montrent bien les possibilités de la digitalisation des services publics.

Démocratisation

Trop longtemps, le·la citoyen·ne lambda était « à la merci » des services publics. Après tout, peut-on parler d’alternative à l’électricité ? Mais aujourd’hui, une nouvelle tendance disruptive bouleverse le modèle d’affaires traditionnel de ces entreprises. Le·la client·e veut devenir maître·sse de son énergie.

Fini, l’insatisfaction par rapport à son fournisseur d’électricité. Demain, on pourra choisir d’avoir une production en dehors du système, ayant ainsi une mainmise sur son alimentation en énergie. Pour reprendre l’exemple de beOn, vous et moi pourrions ainsi avoir une source d’énergie renouvelable, décentralisée et s’inspirant de solutions digitales. On pourrait savoir combien on consomme, comment, pourquoi, et ces données nous permettraient sur le long terme de faire de grosses économies, non seulement pour nos portefeuilles, mais aussi pour notre planète.

Quelles seront les conséquences ?

Tous ces changements ne sauraient venir seuls : ils vont apporter bien de nouveaux défis et de nouvelles façons de voir l’énergie. Des installations vieilles de plusieurs dizaines d’années devront être mises à niveau, afin d’être plus efficientes et digitales. Il faudra avancer doucement mais sûrement, pour une transition agréable et bénéfique à toutes les parties prenantes.

La cybersécurité sera une des valeurs maîtresses de nos futurs services publics. Si vous doutez encore de la nécessité d’avoir des grilles électriques sécurisées, je vous recommande Black Out de Marc Elsberg. Je suis persuadé que, après lecture, vous ne verrez plus jamais l’électricité comme avant.

L’industrie des services publics a souvent été considérée à raison comme une industrie dormante, qui ne saurait innover et profiter des avancées technologiques. C’est aujourd’hui terminé, et nous allons vivre une fructueuse transformation sans précédent de la façon dont nous traitons notre énergie.

Dilane Pinto
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