La nuit était particulièrement belle ce soir-là. Il écarta de part et d’autre les rideaux en coton, jaunis par le temps et ouvrit la fenêtre. Alors que le châssis craquait doucement, il sentit l’air frais lui chatouiller le visage. Les grillons chantaient au loin. Les arbres semblaient danser dans l’obscurité. Vincent eut l’impression, pendant un court instant, qu’ils lui faisaient signe d’approcher. Il se pencha timidement au dehors, sentit, tout à coup, un courant glacial traverser sa poitrine et eut l’impression de vaciller. Il recula brusquement et resserra ses poings si fort que ses ongles se plantèrent aussitôt dans la paume de ses mains.

La nuit était particulièrement calme ce soir-là. Il fit un pas en avant et se mit à contempler le ciel. Il était d’un bleu profond, parsemé d’étoiles. La lune, elle, était pleine. Vincent se surprit à se demander ce qui se passerait si cette énorme sphère couleur parchemin se mettait soudainement à foncer sur la terre. La petite ville de Provence qui lui était si familière disparaitrait et le monde entier avec. Mais si tout le monde disparaissait, que resterait-il ? Rien, le néant. Une absence absolue. Cette idée l’apaisa un court instant, lui qui avait tant de mal à faire le vide dans son esprit. Ce n’était que face à une toile vierge que le tourbillon de ses pensées se transformait momentanément en une bise tranquille.

La nuit était particulièrement fraîche ce soir-là. Un corbeau courageux quitta le refuge d’un arbuste et vint se percher sur le rebord de la fenêtre. Vincent pouvait voir ses plumes noir de jais bouger délicatement au rythme de ses respirations. Le visiteur inattendu fit un pas à droite, deux pas à gauche, secoua la tête et se mis à croasser. Une lumière s’alluma dans le village, puis deux, puis trois et ce fut bientôt la moitié du village qui s’éclaira. Théo venait certainement de fermer son auberge, forçant ainsi ses clients les plus tenaces à rentrer chez eux. Un soir Vincent avait vu l’un d’entre eux, certainement trop soûl pour se souvenir où il habitait, tomber de fatigue dans le parterre boueux des Dupasquier.

Une heure passa, pendant laquelle Vincent regarda au-dehors sans bouger, comme envoûté par les charmes de cette fraîche, calme et belle nuit d’automne.

Le lendemain, il fût réveillé par les rayons du soleil qui s’étaient frayé un chemin jusqu’à son lit. Le pépiement des oiseaux lui donna mal à la tête. Vincent, chancelant, tenta de se lever. Son cerveau tournait à plein régime et mille inquiétudes commencèrent à l’envahir. Il avait de la peine à interagir avec les autres. Il se sentait incompris et pourtant, il avait tellement de choses à dire. Aussi loin qu’il s’en souvienne, il avait toujours été différent. La plupart du temps, les mots lui manquaient et quand le bruit silencieux de ses émotions finissait par l’étourdir, il attrapait ses pinceaux et là, c’était magique. Vincent parlait, il s’exprimait à haute et intelligible voix. Sa diction était parfaite. Les mots venaient tout seuls. Vincent parlait. Vincent criait. Vincent chantait.

On raconte qu’à chaque fois que l’on admire La nuit étoilée de Vincent Van Gogh, on peut entendre une douce et mélancolique mélodie.

Juliana Ramirez Moya
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