Paul Watson le cogneur
Le 21 juillet 2024, Paul Watson, activiste écologiste canadien né le 2 décembre 1950, a été arrêté par la police groenlandaise à la suite d’un mandat d’arrêt international émis par le Japon, alors qu’il cherchait à intercepter le Kangei Maru, un baleinier japonais. Point culminant de plus de 53 ans de lutte depuis son entrée à Greenpeace en 1971, dont il sera exclu en 1977 avant de fonder sa propre organisation non gouvernementale : la Sea Shepherd Conservation Society.
Ce n’est pas sa première arrestation ; il avait déjà été emprisonné en Allemagne en 2012 suivant un mandat d’arrêt du Costa Rica, où il aurait dû être extradé. Il s’était alors échappé d’Allemagne et était resté quinze mois en eaux extraterritoriales avant de réapparaître en octobre 2013 à Los Angeles.
Sur leur site internet, ils déclarent vouloir défendre la faune marine et mettre fin à la destruction de l’habitat dans les océans du monde. Ils agissent en pleine mer avec leur flotte qui compte aujourd’hui 9 bateaux et un voilier, avec des noms super classes comme « Ocean Warrior » et « Sea Eagle ». On peut trouver sur le site de Sea Shepherd l’historique de toutes leurs opérations depuis 2006. Leur méthode est directe, radicale et souvent controversée : interception de braconniers, saisie de marchandises, sabordage de navires, dégâts matériels, etc., parfois en coopérant avec les forces de l’ordre. C’est cette approche agressive qui lui vaut une image de pirate moderne, reflétée jusque dans le pavillon de Sea Shepherd.
Ady Gil brisé en deux à la suite d’une collision avec des Baleiniers japonais
Toutes ces opérations prises en compte, on peut lui reconnaître un adversaire constant : le gouvernement japonais et, en particulier, l’Institut japonais pour la recherche sur les cétacés. En 2010, les baleiniers japonais subissaient déjà des pertes financières liées aux sabotages et à l’obstruction, là où Paul Watson dénonçait des activités illégales de la flotte japonaise d’après un moratoire de 1986 sur la chasse commerciale à la baleine. En effet, pour contourner le moratoire de 1986, les baleiniers japonais, mais aussi norvégiens et islandais, prétendent pêcher à des fins scientifiques, pour ensuite vendre la viande sur les marchés. C’est pour cela qu’en 2012, Paul Watson préféra prendre la fuite par peur d’être extradé vers le Japon, où il aurait pu être emprisonné des mois entiers sans jugement.
Lutte écologiste
En prenant l’histoire de Paul Watson, on peut distinguer deux visions de la lutte écologiste. La première cherche à rassembler par des manifestations, en passant par des voies démocratiques et gouvernementales, afin d’orienter les décisions politiques vers la défense de l’environnement et des espèces. Les représentants de cette vision seraient, par exemple, Greenpeace ou bien les différents partis écologistes que l’on retrouve à chaque élection. Il existe aussi d’autres organisations plus mercantiles comme le Shift Project, mais on peut dans l’ensemble les regrouper sous l’étiquette des pacifistes, c’est-à-dire ceux qui pensent que la meilleure manière de protéger la biodiversité et la planète passe par le compromis et le dialogue. Cependant, comment peut-on convaincre et rassembler une majorité d’individus à soutenir et financer des mesures qui entrent en contradiction avec leurs intérêts et parfois aussi leurs volontés ? En effet, la défense de l’environnement et de la biodiversité, avec les technologies existantes, nécessiterait des compromis sur le niveau de vie, la liberté personnelle, la démocratie, l’organisation socio-économique, etc.
Même lorsqu’un arrangement est trouvé, comme le moratoire de 1982, il peut toujours être ignoré et contourné par des manœuvres législatives. C’est ainsi qu’émerge une deuxième vision de l’écologie, celle du conflit. Plutôt que de rester les bras croisés à chercher le consensus de l’opinion publique, Paul Watson a agi directement, « radicalement », et aurait sauvé 5’000 baleines selon les quotas des baleiniers. Néanmoins, il a aussi mis sa vie en danger et risque de finir ses jours dans un pénitencier japonais. De manière plus profonde, on peut s’intéresser au cercle vicieux qu’entraîne la violence des actions de Paul Watson. Par exemple, il a lui-même déclaré dans un documentaire avoir été victime d’une bastonnade par une dizaine de chasseurs en Islande, alors qu’il pensait avoir trouvé une solution rendant inutile la chasse aux phoques. Ses actions mettent les braconniers, baleiniers et chasseurs dans une situation difficile. Déjà que la consommation de viande de baleine est en chute libre au Japon depuis 1960, si en plus ils ne peuvent plus remplir leurs quotas de baleines par saison, le dépôt de bilan semble inévitable. L’approche du conflit devient alors une machine à haine, servant de prétexte à toujours plus de répression et de radicalité. On peut acclamer Paul Watson pour les baleines et phoques qu’il aurait sauvés, mais cette escalade dans le conflit risque d’avoir un coût.
Deux bateaux Sea Shepherd (Farley Mowat et John Paul Dejoria sabordé en 2022)
Conclusion
Quand on parle d’activisme écologique, on a rapidement en tête l’image d’un groupe de militants « radicalisés » qui, dans une grande clarté d’esprit et avec des intentions fermes, aspergent une fine vitre protégeant une peinture quelconque. Il est désormais clair que ce type de protestation n’existe que pour servir d’argument à leurs détracteurs.
Sans remettre en question les convictions de certains groupes militants pour le climat, ces actions ont le démérite d’à la fois attiser la haine et le mépris en retournant l’opinion publique contre la cause climatique, et de n’avoir aucun effet direct sur la préservation de l’environnement. Face à un sujet de cette gravité, on ne peut imaginer de solutions reposant sur un rapport de force et de conflit plutôt que sur le choix informé et démocratique d’une majorité de citoyens. Aussi frustrante que soit l’arrestation de Paul Watson – et s’il venait à être extradé au Japon ce serait une tragédie – il doit nécessairement répondre de ses actes et en assumer la responsabilité.
Adrien Mocaer
Sources :
Archive d’un drama entre Greenpeace et Sea Shepherd
Documentaire ARTE, disponible jusqu’au 25/01/2025
Archive d’un article Science et Avenir, Japon vs Watson
Consommation de viande de baleine au Japon

