En lisant ce premier mot, il vous est sûrement passé une image par la tête. Que ce soit un aborigène d’Australie, un Papou reculé ou encore un personnage d’une tribu perdue d’Amazonie, chacun associe ce mot, « Chaman » avec un personnage aux compétences et à l’esthétique farfelue capable de créer des exploits magiques inimaginables. Pure science-fiction, direz-vous ? C’est ce que vous allez découvrir.
En effet, il existe des aspects chamaniques qui sont explicables par la science. En l’occurrence la neurologie. Il n’est pas question de séances pseudo-hypnotiques menées dans une cave, menant à la mise sous influence du président d’un État, scandale survenu en 2023 en Corée du Sud. Ici, il est question de bien plus : d’énergie, de biologie et avant tout, de neurologie.
Le Chamanisme, c’est quoi ?
Le chamanisme est une pratique spirituelle ancestrale présente dans de nombreuses cultures à travers le monde. Il se caractérise par la capacité des chamans à entrer en transe pour communiquer avec le monde des esprits, chercher des conseils, guérir les maladies et assurer l’harmonie entre la communauté et la nature. Selon Mircea Eliade, historien des religions, le chamanisme est une « technique archaïque de l’extase » qui permet au chaman de voyager entre les mondes spirituels et matériels.
Cette pratique implique souvent des rituels spécifiques, l’utilisation de chants, de danses et de substances psychoactives pour induire des états modifiés de conscience. Aujourd’hui, le chamanisme suscite un intérêt croissant dans le domaine de la neuroscience, où des chercheurs explorent les mécanismes cérébraux sous-jacents à ces expériences et leur impact potentiel sur la santé mentale et le bien-être.

Un intérêt croissant dans le milieu scientifique
Le chamanisme suscite un intérêt croissant dans les milieux scientifiques, en particulier dans les domaines de la neurologie et des neurosciences, en raison de sa capacité à induire des états modifiés de conscience, lesquels pourraient entraîner des répercussions thérapeutiques sur le cerveau. Les pratiques chamaniques, évoquées précédemment, semblent activer certaines voies neurologiques qui favorisent la plasticité cérébrale, réduisent l’inflammation neuronale et augmentent la résilience émotionnelle. Ces états de transe, souvent associés à une profonde introspection et à des expériences de « détachement de l’ego », sont en corrélation avec une activité accrue dans des régions cérébrales impliquées dans la régulation des émotions, telles que l’amygdale et le cortex préfrontal.
Un aspect particulièrement fascinant des recherches récentes est le rôle des acides gras oméga-3, essentiels au bon fonctionnement des membranes neuronales. Les oméga-3 sont des acides gras polyinsaturés, une catégorie de graisses indispensable pour l’organisme humain. Ils sont dits « essentiels », car le corps ne peut pas les produire par lui-même, nous obligeant à les obtenir par l’alimentation. Ils se déclinent en trois principaux types : l’ALA (acide alpha-linolénique), issu des sources végétales, et deux autres, l’EPA (acide eicosapentaénoïque) et le DHA (acide docosahexaénoïque), que l’on trouve surtout dans les poissons et fruits de mer.
Le DHA joue un rôle essentiel dans la structure des membranes cellulaires du cerveau et des yeux, assurant leur fluidité et leur intégrité, ce qui facilite les échanges entre les neurones et soutient des fonctions cognitives telles que la mémoire et l’apprentissage. En plus de leur importance pour le développement et la protection du cerveau, les oméga-3, en particulier lorsqu’ils sont correctement incorporés dans les membranes neuronales, contribuent à la santé cardiovasculaire et à la réduction de l’inflammation dans tout l’organisme.
Les pratiques neurologiques modernes, tout comme certaines pratiques chamaniques visant à réduire le stress oxydatif et à régénérer les fonctions cellulaires, peuvent améliorer l’incorporation de ces acides gras dans les membranes cérébrales, renforçant ainsi la transmission synaptique et la neuroplasticité. Il est intéressant de noter que les mitochondries – les « centrales énergétiques » des cellules – sont transmises uniquement par la lignée maternelle, un fait qui résonne avec les traditions chamaniques honorant les lignées maternelles et la transmission d’énergie vitale. En suscitant une sorte « d’éveil énergétique », les pratiques chamaniques activent ces mitochondries, optimisant la production d’énergie et favorisant une vitalité accrue, tant physique que mentale.
Les pratiques neurologiques modernes, à l’instar de certaines pratiques chamaniques, qui visent à réduire le stress oxydatif et à régénérer les fonctions cellulaires peuvent améliorer l’incorporation de ces acides gras dans les membranes cérébrales, favorisant ainsi la transmission synaptique et la neuroplasticité. Il est intéressant de noter que les mitochondries – les « centrales énergétiques » des cellules – ne proviennent génétiquement que de la lignée maternelle, un fait qui résonne avec les traditions chamaniques honorant souvent les lignées ancestrales maternelles et les transmissions d’énergie vitale. En induisant une sorte « d’éveil énergétique », les pratiques chamaniques activent ces mitochondries, optimisant la production d’énergie dans le corps et favorisant une plus grande vitalité physique et mentale.
Cette interaction entre les pratiques ancestrales et les découvertes modernes en neurologie ouvre la porte à des applications potentielles dans le traitement des troubles psychologiques, du stress chronique et même du vieillissement cérébral. Le parallèle établi entre la sagesse chamanique et les données scientifiques modernes met en lumière des voies de guérison que la science commence à valider, établissant un pont prometteur entre des approches spirituelles anciennes et des techniques thérapeutiques actuelles.

L’effet du stress sur l’hippocampe
Le cortisol, connu comme l’hormone du stress, joue un rôle essentiel dans la réponse de notre corps à celui-ci en préparant l’organisme à réagir aux situations de danger ou de forte pression. Toutefois, une exposition prolongée et répétée à des niveaux élevés de cortisol peut avoir des effets délétères, en particulier sur les neurones de l’hippocampe – une région du cerveau impliquée dans la mémoire, l’apprentissage et la régulation émotionnelle.
Un stress chronique entraîne une sécrétion excessive de cortisol, une hormone qui, en agissant sur l’hippocampe, provoque d’importantes modifications structurelles des cellules nerveuses. Cette exposition prolongée au cortisol altère les fonctions de l’hippocampe, une région clé du cerveau pour les processus cognitifs. Cela peut entraîner une atrophie neuronale, une réduction de la neurogenèse (formation de nouveaux neurones) et une diminution de la plasticité synaptique. Ces effets affaiblissent les capacités de mémoire et d’apprentissage et augmentent la susceptibilité aux troubles affectifs.
En activant les récepteurs des glucocorticoïdes dans les neurones de l’hippocampe, le cortisol déclenche une cascade de réactions biochimiques qui les rend plus vulnérables aux effets toxiques du stress oxydatif et de l’inflammation. Cette activation excessive fragilise les neurones, augmentant leur sensibilité aux radicaux libres, des molécules instables produites en réponse au stress oxydatif, qui endommagent les cellules par un processus destructeur pour les membranes cellulaires, les protéines, et même l’ADN. Ce phénomène exacerbe les dommages neuronaux et entraîne une réduction des connexions neuronales, voire la mort des neurones dans les cas extrêmes. Ce processus est ainsi lié à divers troubles cognitifs et émotionnels, tels que les pertes de mémoire, une vulnérabilité accrue à la dépression et à l’anxiété, et une dégradation générale de la santé neuronale.
En générant ces radicaux libres, l’hippocampe contribue paradoxalement à sa propre détérioration, ce qui renforce un cercle vicieux de dégradation. La capacité du tissu hippocampique à régénérer et à résister aux dommages diminue alors progressivement, affectant des fonctions cognitives essentielles telles que la mémoire et l’apprentissage. Les pratiques qui réduisent les niveaux de cortisol et encouragent des réponses anti-oxydatives, comme certaines approches chamaniques, peuvent donc être bénéfiques. Elles contribuent à limiter la production de radicaux libres et à préserver la santé neuronale.
Des études ont démontré que des pratiques telles que la méditation, le yoga et les rituels chamaniques peuvent contribuer à diminuer les niveaux de cortisol, permettant ainsi une récupération du tissu neuronal de l’hippocampe. Par l’activation de voies anti-inflammatoires et la réduction du stress oxydatif, ces pratiques protègent les neurones contre les dommages causés par le cortisol.
Ainsi, en soutenant la résilience de notre cerveau face aux effets délétères du stress, ces pratiques ouvrent la voie à une meilleure préservation des fonctions neuronales essentielles. Cela nous amène à explorer plus en profondeur la complexité de nos différentes structures cérébrales et le rôle distinct que chacun de nos « cerveaux » joue dans notre bien-être et notre fonctionnement quotidien.

Nos différents cerveaux
Le cerveau reptilien, également connu sous le nom de complexe basal ou tronc cérébral, représente la région la plus ancienne et primitive du cerveau humain. Il est responsable des fonctions automatiques et vitales telles que la respiration, la régulation du rythme cardiaque et la réponse instinctive de combat ou de fuite face à une menace. Ce « cerveau primitif » agit rapidement pour assurer notre survie immédiate, mais il est peu flexible et ne s’engage pas dans des processus de réflexion complexe ou d’analyse. Cette région est à l’origine de comportements instinctifs et répétitifs, souvent associés à la survie et à la reproduction.
Le système limbique constitue la région du cerveau associée à la régulation des émotions, de la mémoire à court terme et des comportements motivés tels que l’appétit, la sexualité et les réactions émotionnelles. Il comprend des structures importantes comme l’amygdale, essentielle dans la gestion des émotions fortes comme la peur ; et l’hippocampe, impliqué dans la formation et dans la consolidation de la mémoire. Ce système joue un rôle crucial dans l’apprentissage émotionnel et le développement des comportements sociaux. Sa connexion avec le cerveau reptilien permet de générer des réponses rapides à des situations émotionnelles, mais il est également influencé par les expériences vécues.
Le cortex cérébral, ou néocortex, est la partie la plus évoluée du cerveau humain. Il est responsable des fonctions cognitives complexes comprenant le raisonnement, la planification, le langage et la conscience. Le cortex cérébral est divisé en plusieurs zones spécialisées – les lobes frontal, pariétal, temporal et occipital – qui traitent l’information sensorielle, interprètent le langage, régulent le mouvement et permettent la pensée abstraite. Cette région du cerveau est ce qui distingue les humains des autres espèces animales, par ses capacités d’apprentissage, d’innovation et d’adaptation.
Le cortex préfrontal, une partie du néocortex, est souvent décrit comme le « centre exécutif » du cerveau. Il intervient dans des fonctions complexes comme la planification, la prise de décision, le contrôle des impulsions et la gestion des comportements sociaux. Le cortex préfrontal nous permet d’anticiper les conséquences de nos actions, de planifier à long terme et de réfléchir de manière abstraite. Son développement et sa connectivité avec d’autres régions du cerveau jouent un rôle déterminant dans la capacité à s’adapter à des situations nouvelles et à maîtriser les impulsions émotionnelles.

Un blocus cérébral
Des inhibitions particulières ou encore des traumatismes peuvent porter une de ces quatre zones à prédominer sur les autres, causant un déséquilibre et créant des troubles sur la durée. Le cerveau reptilien est lié aux réactions instinctives de survie. Lorsqu’il prédomine, il peut entraîner un état de stress permanent et des réponses automatiques de combat ou de fuite, menant à un brouillard cérébral, c’est-à-dire une confusion mentale et une incapacité à penser clairement. Le système limbique, siège des émotions, peut provoquer des réactions excessives et des troubles de l’humeur s’il prend le dessus. Le cortex cérébral, impliqué dans le raisonnement et dans la planification, peut rendre une personne trop analytique et déconnectée des émotions lorsqu’il est suractivé. Enfin, le cortex préfrontal, qui régule les comportements complexes, peut entraîner un contrôle excessif et une rigidité mentale lorsqu’il domine de manière déséquilibrée, ou encore un détachement, comme le fait d’avoir la tête dans les nuages. C’est aussi lui qui explique pourquoi il vous est bien plus aisé de discuter physique quantique, que d’aborder les devoirs de vos enfants ou les événements du quartier.
L’importance de l’harmonie et de la symbiose entre ces régions cérébrales réside dans leur capacité à travailler de concert. Le cerveau reptilien fournit la sécurité de base, le système limbique permet de ressentir et de relier nos émotions, le cortex cérébral apporte la réflexion logique et l’analyse, tandis que le cortex préfrontal régule le tout et oriente nos actions de manière consciente et stratégique. Lorsqu’un équilibre est trouvé entre ces quatre entités, l’individu peut réagir aux stimuli de manière adaptative et équilibrée, accédant à la réflexion rationnelle tout en restant connecté à ses émotions et à ses instincts.

Les pratiques chamaniques auraient une explication rationnelle ?
La méditation et le jeûne sont des techniques anciennes et scientifiquement reconnues pour leur capacité à équilibrer les fonctions cérébrales et favoriser une meilleure symbiose entre les différentes régions du cerveau. La méditation, et notamment la méditation de pleine conscience ou la méditation transcendantale, favorise la régulation des émotions, réduit le stress et diminue les niveaux de cortisol. Ces effets permettent au cortex préfrontal de mieux réguler le système limbique, aidant ainsi à contrôler les émotions et à améliorer la prise de décisions. En activant les régions cérébrales associées à la neuroplasticité — la capacité du cerveau à se remodeler et à créer de nouvelles connexions neuronales — la méditation soutient l’équilibre entre la réflexion rationnelle, les impulsions et les émotions. Cela renforce les connexions neuronales, améliorant la flexibilité cognitive et la maîtrise de soi.
Le jeûne active des mécanismes de protection neuronale, notamment l’autophagie, un processus de « nettoyage » cellulaire qui élimine les débris et favorise le renouvellement des cellules du cerveau. En plus de renforcer la fonction cognitive, le jeûne stimule la production de facteurs neurotrophiques, comme le BDNF (Brain-Derived Neurotrophic Factor), essentiels à la croissance et à la survie des neurones, tout en contribuant à réduire l’inflammation cérébrale.
Ces pratiques se rapprochent des rituels chamaniques tels que le jeûne rituel et les cérémonies de transe ou de méditation profonde, souvent accompagnées de chants, de danses et d’expériences sensoriellement intenses. Ces pratiques visent à provoquer des états de conscience modifiés, qui favorisent une profonde introspection, une libération émotionnelle et une reconnexion aux aspects instinctifs et spirituels de soi-même. Par l’induction d’états modifiés de conscience, elles permettent une diminution des niveaux de stress, une augmentation de la plasticité cérébrale et une synchronisation des différentes régions du cerveau, créant un état de cohérence interne propice à l’équilibre physique et mental.

Étant d’un naturel extrêmement pragmatique et rationnel, ma vision personnelle du sujet se résumait à considérer le chamanisme comme de la pure science-fiction, tandis que l’usage de substances psychoactives me semblait n’avoir pour seul but que de déconnecter les patients de la réalité, durant un bref épisode. Force est de constater qu’il y a bien plus. En réalité, je ne peux que vous conseiller de réguler votre cortisol naturel et de veiller à prendre suffisamment d’oméga-3, plus particulièrement du DHA, mais avec parcimonie. Aucun supplément alimentaire, ni aucune cure chamanique ne remplacera jamais une alimentation saine.

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Sources :
Neuroscience & Chamanisme, Alberto Villoldo & David Perlmutter
NLM, effets du stress sur le cerveau
NLM, physiologie & neurobiologie du stress
NLM, effet du stress oxydatiff sur la formation d’Alzheimer
Access Biomedical Science, néocortex
NLM, neuroplasticité & meditation
NLM, exercice physique & production d’énergie du cerveau

