Bienvenue dans la saison 2 de l’effondrement démocratique, version made in USA
30 avril 2025. Cent jours tout pile. L’Amérique est debout. Ou à genoux. Honnêtement, difficile de trancher.
Il y a des débuts de mandat qui marquent l’histoire : Roosevelt et son New Deal, Johnson et la Great Society. Et puis il y a Trump, saison 2. Pas un programme politique, non. Une série dystopique façon Black Mirror, coécrite par les scénaristes de Succession, tournée sous amphétamines. Cent jours, et déjà l’impression d’avoir vu défiler une décennie de chaos. Dès le premier décret, la machine à outrance (ou à outrage, c’est selon) était relancée. Il a réussi à faire passer la Constitution pour un post-it encombrant, la Maison-Blanche pour une succursale de Mar-a-Lago, et la démocratie pour un vague souvenir d’une époque où les institutions avaient encore un sens.
Flèches au lieu d’oliviers, vengeance par décret, nominations douteuses, révision de la géographie, suppression de droits fondamentaux… Trump ne gouverne pas, il mitraille. C’est l’administration par saturation, le pouvoir par confusion permanente. Et ce n’est pas une erreur de pilotage. C’est une stratégie. Elle a même un nom : « flood the zone ». Une doctrine de désinformation bien huilée, signée Steve Bannon. L’idée ? Inonder l’espace public de tant d’absurdités, de scandales, de provocations simultanées qu’il devient matériellement impossible de suivre, d’analyser, de répondre. On s’indigne d’un décret ? Trois autres passent en douce. On ricane devant une statue géante ? Pendant ce temps, un droit civil disparaît.
Alors aujourd’hui, 30 avril, on fait ce que personne n’a vraiment eu le temps – ou le courage – de faire : on appuie sur pause. Une micro-trêve dans le déluge permanent. On remonte à la surface, on essaie de reprendre notre souffle, et on regarde les dégâts. Pas pour rédiger un rapport neutre ou pondéré. Non. Ce qu’il faut, c’est un vrai état des lieux. Brut. Trash. Sûrement un peu partiale. Mais à la hauteur de la tempête qu’on vient de traverser.
Ce qui suit n’est pas un simple top 10. C’est le tableau clinique d’un pouvoir en roue libre. Dix mesures, dix décisions ou annonces qui disent tout d’un mandat où la logique, la décence, et même la légalité ont été remplacées par le spectacle, l’autoritarisme et un concours d’ego. Ce n’est plus de la politique, c’est une performance, un show en continu où l’humiliation remplace la réforme, et où l’Amérique sert de décor pour les frasques et les mises en scène de son président.
Voici donc ma sélection – une sorte de « worst of » officiel – d’un début de mandat qui aurait fait bondir les pères fondateurs, s’ils n’étaient pas déjà sérieusement en train de se retourner dans leur tombe.
10. Make Every Day Trump Again
Parce que rien ne dit « démocratie » comme un calendrier à la gloire du chef, Trump a décidé que les États-Unis avaient besoin de… plus de lui. Résultat ? Exit certaines commémorations historiques trop « gauchisantes » à son goût. Place au Gulf of America Day, instauré le 9 février pour célébrer le renommage grotesque du Golfe du Mexique. Pourquoi ? Parce que « Mexique », c’est so 2015, et qu’il fallait un nom qui sente bon le nationalisme.
Mais comme flatter son ego avec un jour ne suffit pas, certains élus zélés sont allés plus loin. En février 2025, la représentante Claudia Tenney propose de transformer le 14 juin (date de l’anniversaire de Trump) en Trump Day. Oui, vous avez bien lu. Un jour férié pour célébrer la naissance du gars qui a transformé la Maison-Blanche en plateau de télé-réalité. Le tout couplé au Flag Day, parce que tant qu’à fusionner les symboles de la nation avec une marque déposée, autant y aller à fond.
Le message est clair : l’Histoire, les symboles, les fêtes nationales ? C’est trop impersonnel. Ce qu’il faut, c’est du Trump, matin, midi et jour férié. Le calendrier devient un miroir — et ce miroir renvoie l’image d’un pays coincé dans une boucle narcissique où chaque date importante devient un prétexte à célébrer le chef suprême. On attend désormais avec impatience la « Journée de la Révélation de la Vérité contre les Fake News » la « Victoire contre les Procureurs Day », et pourquoi pas, soyons fous : le « Trumpmas », en lieu et place de Noël.
9. La Maison-Blanche, nouvelle attraction payante
Comme si transformer Mar-a-Lago en club privé présidentiel hors de prix ne suffisait pas, Trump franchit un nouveau cap : désormais, il organise des dîners VIP réservés aux heureux détenteurs de sa cryptomonnaie $TRUMP. En bonus ? Une poignée d’élus aura droit à une visite exclusive de la Maison-Blanche, comme un parc à thème grandeur nature pour milliardaires nostalgiques des régimes autoritaires. Pas de loterie cette fois : seuls ceux qui auront aligné assez de jetons numériques, achetés à prix d’or, évidemment, pourront espérer approcher le trône doré. Business is business, même quand il s’agit de transformer la présidence en club privé de luxe.
Les questions éthiques ? Totalement hors-sujet. Quand on peut monnayer le pouvoir, pourquoi s’encombrer de principes ? Avec Trump, la fonction présidentielle cesse d’être un mandat au service du peuple : elle devient une expérience premium, une exclusivité luxe, une franchise familiale cotée en bourse. Le pouvoir n’est plus un exercice républicain, mais un spectacle permanent, où même les institutions sacrées sont mises aux enchères.
8. Un népotisme décomplexé
Aux oubliettes la façade démocratique où l’on prétendait que le mérite ou la compétence importaient encore un peu, place désormais à un népotisme totalement assumé. Et attention : dans l’administration Trump, le piston ne se limite plus aux liens du sang. Toute loyauté inconditionnelle est bonne à prendre, pourvu qu’elle vienne avec un badge MAGA et un sens aigu de la révérence.
Exemple parfait : Massad Boulos, beau-père de Tiffany Trump, propulsé grand stratège pour le Moyen-Orient. Désormais, un bon mariage vaut mieux qu’un diplôme en relations internationales. À ce rythme-là, un cousin éloigné champion de Call of Duty pourrait bientôt diriger les opérations de drones.
Et ce n’était qu’un début : cette fois, même sans placer ses propres enfants, le népotisme s’étend – les liens du sang cèdent la place à ceux de la loyauté, récompensée par des promesses d’emplois.
Kash Patel, fidèle parmi les fidèles, est parachuté à la tête du FBI, bien décidé à désinfecter Hoover Building à la javel MAGA. Stephen Miller, architecte des politiques migratoires les plus brutales, ressort ses plans de déportations massives. Tom Homan, surnommé le « shérif des expulsions », promet, lui, la plus grande chasse aux migrants de l’histoire américaine. Côté santé publique, c’est l’hécatombe : Robert F. Kennedy Jr., militant antivax notoire, hérite du ministère de la Santé. Confier la santé à RFK Jr., c’est comme nommer un pyromane chef des pompiers.
Et pour parachever ce casting, Trump n’oublie pas ses soldats médiatiques : Karoline Leavitt, ex-candidate MAGA à la voix stridente, devient la voix officielle de la Maison-Blanche. Règle numéro un : tweeter d’abord, vérifier ensuite (ou pas). Pete Hegseth prend les commandes du Pentagone malgré ses scandales financiers et sexuels étouffés sous la moquette, tandis que Ryan Fournier, plus connu pour ses différends conjugaux résolus à coups de crosse, rejoint discrètement cette équipe de choc. Et ne citons pas (encore) notre Elon national.
Alors certes, Ivanka et Donald Trump Jr. ne sont plus aux premières loges comme en 2017. Mais compétence, transparence, intégrité ? Oubliées. Dans l’Amérique Trump 2.0, la loyauté prime, la compétence agonise, et les casseroles ne sont plus des boulets : elles sont brandies comme des trophées. Bienvenue à Washington, capitale mondiale du piston. Pour parler de corruption, il n’y a qu’un pas…
7. Un aigle tourne la tête, la démocratie vacille
Tout commence par un détail. Mais quand il s’agit de Trump, même les détails ont tendance à sentir l’apocalypse. Dans une vidéo rapidement devenue virale, l’aigle du sceau présidentiel, traditionnellement tourné vers une gentille petite branche d’olivier – symbole consensuel et politiquement correct de paix – préfère désormais lorgner vers un bouquet de flèches, bien plus viril, bien plus guerrier, bien plus Trump-compatible.

Accident graphique ? C’est peu probable : le hasard et Trump, ça fait deux. Cette inversion est un message clair, aussi subtil qu’une bombe atomique dans une galerie d’art contemporain : la diplomatie, c’est bon pour les faibles et les perdants. L’heure est à la confrontation directe, à la force brute et à la testostérone géopolitique.

Cette petite modification, à première vue anodine, devient ainsi le symbole parfait d’une présidence où le dialogue est sacrifié sur l’autel d’un autoritarisme à peine déguisé. La démocratie ? Elle vacille, prise en otage par un président qui confond gouvernance et démonstration de muscles. Après tout, pourquoi tendre la main quand on peut brandir la flèche ?
6. Charbon, ségrégation et gros délire géographique
Quand Trump décide de relancer les centrales à charbon, d’abroger un décret anti-ségrégation datant de 1965 et de rebaptiser le Golfe du Mexique en « Golfe d’Amérique », il ne ressuscite pas simplement des reliques du passé : il trace les contours d’une Amérique fantôme, réchauffée aux émanations toxiques, repeinte en noir et blanc, et redessinée au marqueur nationaliste.
Relancer le charbon n’a rien d’une réponse aux besoins du marché. Même les grandes compagnies énergétiques, même Wall Street ont compris que cette industrie est dépassée. Mais Trump ne cherche pas à sauver un secteur : il flatte un imaginaire. Celui d’une Amérique industrielle toute-puissante, où produire du CO₂ est presque un acte patriotique. Peu importe si le monde avance : il faut maintenir la fiction d’une grandeur fossile, au sens le plus littéral du terme.
Mais c’est dans l’abrogation du décret anti-ségrégation que l’opération vire à la dystopie pure. Il ne s’agit pas ici d’un simple effet de manche ou d’un oubli administratif : Trump a supprimé l’obligation, pour toute entreprise travaillant avec l’État fédéral, de garantir des lieux de travail intégrés. Jusqu’ici, les contrats fédéraux imposaient explicitement qu’aucune installation – qu’il s’agisse des bureaux, des cantines ou des fontaines à eau – ne puisse être séparée selon la race, la couleur, la religion, le sexe, l’orientation sexuelle, l’identité de genre ou l’origine nationale.

Un panneau ségrégationniste à Detroit en 1942. Ou était-ce réellement en 1942 ?
En effaçant cette exigence, héritée directement des combats pour les droits civiques, Trump ne légalise pas la ségrégation – rassurez-vous, le Civil Rights Act de 1964 tient toujours – mais il enlève un verrou symbolique et concret. Il retire un principe simple mais fondamental : que tout espace sous contrat public soit un espace d’égalité. Et dans une Amérique déjà fracturée, ce genre de signal n’est jamais neutre. Ce n’est pas demain qu’on verra des panneaux « Blancs ici, Noirs par-là » réapparaître officiellement. Mais l’idée même qu’on puisse y songer sans enfreindre directement la loi fédérale est désormais sur la table.
À côté de ça, rebaptiser le Golfe du Mexique en « Golfe d’Amérique » pourrait presque passer pour une plaisanterie grotesque – un délire d’égo de plus, une tentative absurde de gratter un peu de fierté nationaliste sur les cartes. Mais replacé dans l’ensemble, ce geste s’inscrit dans la même mécanique : effacer tout ce qui rappelle l’autre, l’étranger, l’alter-américain. Même les cartes doivent désormais parler une seule langue.

Charbon, ségrégation, géographie révisionniste : les gestes sont différents, la logique est la même. Trump ne gouverne pas pour le futur : il reconstruit un décor mort, une Amérique d’illusion, jaunie par la pollution, blanchie par l’exclusion, et aussi étouffante que son ciel.
5. « Make English Great Again » et suppression du droit du sol
Mais repeindre l’air en noir, ressusciter la ségrégation et raturer les cartes ne suffisait pas. Dans l’Amérique selon Trump, il fallait aller plus loin : s’attaquer à l’idée même d’appartenance. Qui a le droit d’être Américain ? Qui mérite encore d’exister dans ce décor rétréci ? Quand on a pollué l’air, rebaptisé les mers et effacé les protections héritées des droits civiques, il ne reste qu’une dernière frontière à franchir : celle de la citoyenneté elle-même. Dans l’Amérique de Trump 2.0, même naître sur ce sol ne suffit plus à être reconnu comme citoyen. L’identité nationale devient un club privé, avec filtrage à l’entrée.
La stratégie politique de Trump ressemble à une machine à remonter le temps, bloquée sur « rétrograde ». Cette fois, il combine deux attaques en une seule offensive frontale contre l’Amérique multiculturelle. Première cible : le droit du sol. Cette notion élémentaire, ce principe fondateur qui garantit que toute personne née sur le territoire américain devient automatiquement citoyenne, est désormais jugée trop inclusive, trop ouverte, trop… démocratique. Alors pourquoi ne pas le supprimer ? Bien sûr, la Constitution s’y oppose. Mais Trump n’en a que faire : après tout, rien de tel qu’un peu d’exclusion fondamentale pour galvaniser ses partisans les plus nationalistes.
Et parce qu’il ne fait jamais les choses à moitié, Trump enchaîne immédiatement en interdisant l’usage de l’espagnol dans les formulaires fédéraux. Dans un pays où plus de 40 millions de personnes parlent espagnol au quotidien, cette mesure ne vise pas à « simplifier » l’administration : elle revient à dire que ceux qui ne parlent pas anglais comme langue maternelle sont, au fond, des Américains de seconde zone.
Le message est limpide : l’Amérique n’est plus un pays d’accueil, c’est une citadelle. Parler une autre langue, revendiquer une autre histoire, c’est désormais porter une cible dans le dos. Un pays entier remodelé pour n’appartenir qu’à ceux qui ressemblent au passé qu’il fantasme.
4. « I am your retribution » : la justice comme vendetta
Donald Trump n’a jamais caché qu’il percevait toute attaque contre lui comme une déclaration de guerre personnelle. Lors de sa campagne, il avait d’ailleurs prévenu avec la subtilité d’un méchant de série B : « I am your retribution » – littéralement, « je suis votre revanche ». Une promesse qu’il n’a pas tardé à tenir.
À peine investi, Trump transforme l’État de droit en instrument de vendetta personnelle. Dès les premières heures de son mandat, il ordonne la révocation des habilitations de sécurité de 51 anciens responsables du renseignement — ceux-là mêmes qui avaient mis en doute l’intégrité de ses campagnes passées. Puis il retire les protections rapprochées de figures-clés comme John Bolton, Mike Pompeo et Anthony Fauci, exposant délibérément ses anciens collaborateurs à des menaces bien réelles, au mépris de toute responsabilité étatique.
Mais le vrai coup de force a lieu au département de la Justice. Fidèle à sa promesse de « nettoyer » l’appareil d’État, Trump orchestre un remodelage brutal : une douzaine de procureurs ayant participé aux deux procédures fédérales contre lui sont limogés. Beaucoup d’entre eux sont des fonctionnaires de carrière, protégés par la loi, ce qui ouvre la voie à des poursuites judiciaires pour licenciement abusif. Mais peu importe : il s’agit de purger, d’humilier et d’envoyer un message clair.
La chasse aux « traîtres » s’étend. Les hauts fonctionnaires spécialisés dans la sécurité nationale, les extraditions ou la lutte contre la corruption sont rétrogradés à des postes mineurs, parfois jusqu’à provoquer leur démission. La section de l’intégrité publique, censée garantir que nul n’est au-dessus des lois, est décapitée. L’idée est simple : vider le département de toute voix susceptible de s’opposer, pour mieux le transformer en machine à protéger le pouvoir.
Et pendant que les procureurs tombent, une nouvelle vague d’enquêtes est lancée : cette fois, contre ceux qui avaient osé inculper des centaines d’émeutiers du 6 janvier. Sous couvert de « révision », l’administration Trump qualifie désormais ces poursuites d’« échec du bureau » et proclame l’amnistie quasi-totale des insurgés, y compris des membres des Proud Boys et des Oath Keepers condamnés pour complot séditieux.
Tout le système judiciaire est ainsi retourné comme un gant. Ne plus juger les alliés, chasser les anciens adversaires, et surtout, envoyer à toute la machine fédérale ce signal brutal : la loyauté n’est plus une option, c’est une condition de survie.
« I am your retribution » n’était pas un slogan de campagne. C’était en fait le mode d’emploi.
3. Répression tous azimuts : bienvenue en dictature « made in USA »
Si vous pensiez que Donald Trump cantonnait ses petits caprices de dictateur amateur à quelques procureurs, détrompez-vous : ce n’était que l’entrée. Après avoir transformé la justice américaine en cour personnelle, façon famille Corleone dans Le Parrain, il s’attaque désormais à quiconque ose ne pas penser exactement comme lui. Comment ? Très simple : par une belle purge idéologique, digne des meilleures dictatures de ce monde.
Première cible : les syndicats des employés fédéraux. Sous prétexte fallacieux de « sécurité nationale » (la nouvelle excuse pour écraser des libertés gênantes), Trump supprime purement et simplement leurs droits de négociation collective. Traduction concrète : tu bosses pour l’État ? Génial, mais ferme-la. Tu voulais défendre tes droits ? Trop tard, t’as raté le coche de quelques décennies. Parce qu’apparemment, la liberté syndicale est devenue aussi dangereuse pour la nation qu’un missile nord-coréen.
Et parce qu’il ne faut jamais sous-estimer son goût du spectacle et de l’absurde, Trump s’en prend aussi aux universités. Harvard, Yale, Berkeley : des nids de « dangereux gauchistes marxistes », à en croire le locataire de la Maison-Blanche. Et cette fois, ce n’est plus une simple menace. En avril 2025, l’administration Trump a annoncé la suspension immédiate des financements fédéraux à Harvard, suite aux mobilisations étudiantes massives contre sa politique migratoire et ses liens avec des entreprises militaires. Les protestations, qualifiées par Trump de « propagande pro-terroriste », ont servi de prétexte pour couper les vivres, accusant l’université de « favoriser l’agitation radicale » et de « former des ennemis intérieurs ». Rien que ça.
Résultat : les chercheurs voient leurs budgets de recherche gelés, les bourses sont en danger, et l’institution est désormais sous surveillance administrative fédérale. Une sorte de retour en force du maccarthysme, mais sans le moindre vernis intellectuel – juste une gifle politique assénée à une institution qui refuse de se plier. Vous pensiez que l’époque des listes noires et des purges académiques était révolue ? Welcome back en 1950. Après tout, pourquoi s’encombrer de débat d’idées quand on peut simplement supprimer les idées elles-mêmes ?
2. Peine de mort, drones armés et déportations express : une Amérique en guerre contre elle-même
Si Donald Trump a un talent, c’est celui de transformer ses obsessions personnelles en politiques publiques. Cette fois, sécuriser la frontière ne suffit plus : il faut la rendre létale. Des drones armés patrouillent désormais le Rio Grande. Le contrat, attribué sans appel d’offres à une entreprise dirigée par un ancien conseiller, illustre parfaitement la nouvelle règle : le pouvoir exécutif et les intérêts privés ne sont plus qu’une seule et même structure.
Dans le même élan, Trump relance sa croisade pour appliquer la peine de mort aux trafiquants de drogue. Inspiré par les méthodes expéditives de Rodrigo Duterte, il pousse les États à légiférer localement : exécutions pour trafic, procédures judiciaires accélérées, délais d’appel réduits au strict minimum. Le procès équitable survit encore sur le papier, mais dans les faits, la présomption de culpabilité est devenue la norme. Ce n’est plus seulement punir ; c’est mettre en scène la répression comme un outil politique.
Puis vient le moment où la dystopie passe la vitesse supérieure : l’activation de l’Alien Enemies Act de 1798. Conçue pour expulser des ressortissants ennemis en temps de guerre, cette loi est aujourd’hui utilisée contre des migrants ordinaires. En deux mois, 300 Vénézuéliens, souvent sans preuves formelles, sont expulsés vers le Salvador – certains directement dans les geôles surpeuplées du CECOT. La Cour suprême a bien rappelé que les migrants devaient pouvoir contester leur expulsion. Dans les faits, nombre d’entre eux n’en ont jamais eu l’opportunité.

Et ce n’était qu’un début.
En moins de 100 jours, Trump signe 255 mesures migratoires, à un rythme six fois plus rapide que lors de son premier mandat. Objectif officiel : un demi-million d’expulsions en une seule année. Pour tenir la cadence, l’administration mobilise tous les leviers : 5’500 agents de l’ICE, renforcés par des effectifs prélevés sur le FBI, la DEA, le Bureau des prisons et les polices locales. Les accords d’extension de compétence explosent au Texas, en Floride ou en Géorgie. Même l’administration fiscale est mise à contribution : récupérer les adresses de millions de contribuables sans papiers pour alimenter la machine à déportation.
Mais dans cette Amérique à flux tendu, expulser a un coût : celui de la pénurie. En Floride, bastion du trumpisme dur, la réponse est immédiate : pour pallier le manque de main-d’œuvre, le gouverneur Ron DeSantis pousse un projet de loi permettant aux enfants de 14 ans de travailler de nuit, même les jours d’école.
Quand il n’y a plus assez de migrants pour faire tourner les restaurants et les hôtels, on remet les adolescents sur le marché. De toute façon, l’école publique est déjà en train d’être démantelée – on remercie pour cela Linda McMahon, ex-patronne de la WWE (le grand cirque du catch scénarisé américain), que Trump a installée à la tête du ministère de l’Éducation pour mieux en organiser la liquidation. Résultat : plutôt que d’apprendre à lire Shakespeare, les gamins de 14 ans iront bientôt servir des burgers de nuit.
1. Une administration sous acide
En 2016, il y avait au moins des adultes dans la pièce. Des conseillers un peu vieux jeu, des généraux anxieux, des technocrates prêts à tirer discrètement la prise quand Trump menaçait d’électrocuter la démocratie. En 2025 ? Il ne reste que le câble. Dans la saison 2 du Trumpisme, il ne reste plus qu’Elon, installé au cœur de l’appareil d’État comme le Raspoutine de cette nouvelle cour impériale, et des types qui improvisent en direct sur Signal, entre deux gifs patriotes.
Commençons par ça justement : les groupes Signal. Créés pour sécuriser les communications internes, ils sont rapidement devenus une sorte de cabane virtuelle pour garçons perdus version MAGA, où circulent des mèmes, des plans militaires classés défense, et des messages vocaux dignes d’un talk-show de fin de soirée. En mars 2025, des discussions sur des frappes au Yémen ont ainsi atterri sur le bureau du rédacteur en chef de The Atlantic. Une diplomatie par notifications, où l’on prépare des guerres à coups d’émojis missiles et de gifs d’aigles américains. Pendant que le monde tremble, Washington glousse – et chacun semble trop occupé à liker des mèmes pour s’inquiéter d’un incident international imminent.
Et dans ce chaos ? Elon Musk. Car oui, on ne pouvait évidemment pas finir ce top sans parler du sketch qu’il représente à lui tout seul. Ni élu, ni nommé, mais omniprésent. Officiellement à la tête du Département de l’Efficacité Gouvernementale (DOGE – oui, comme le mème de 2013).
Officieusement, le gourou techno qui chuchote à l’oreille du pouvoir, tout en convertissant la pelouse de la Maison-Blanche en vitrine Tesla.
Il vire des fonctionnaires par milliers, réforme à la tronçonneuse (on remercie son super pote, le président argentin Milei pour cette superbe idée) et balance des « golden cards » à 5 millions pour les riches étrangers.
Et quand les actions de Tesla chutent ? Il « prend du recul ». Comme s’il venait de planter une appli et qu’il passait direct à la suivante. L’État ? Un produit minimum viable. Le chaos ? Une fonctionnalité, et non un bug.
Mais Elon, c’est surtout une sorte de Raspoutine post-capitaliste. La ressemblance est troublante : un homme qui n’a rien à faire là, trop de pouvoir pour le poste qu’il n’occupe pas, et une proximité dérangeante avec une « royauté » politique complètement déconnectée du réel. Raspoutine avait sa barbe et ses yeux fous ? Musk a ce torse aux proportions défiant la physique, des tweets cryptiques, et un CV de messie technologique : SpaceX, X, Neuralink et maintenant, « influenceur en chef d’un président condamné ».
Et comme son prédécesseur mystique, il rôde toujours autour du pouvoir avec une vibe un peu trop… sexuelle. Pas littéralement (quoique, vu tous les enfants qu’il a engendrés, on pourrait en débattre), mais disons que la posture muskienne consiste à hanter les couloirs du pouvoir avec l’insistance gênante d’un ex relou en after. Un magnétisme louche, une proximité qui met tout le monde mal à l’aise. Il est là, il ne devrait pas l’être, et pourtant, il dicte la cadence. Trump 2.0 n’a pas un conseiller : il a un Raspoutine 5G sous acides, mi-gourou transhumaniste, mi-CEO psychédélique, mi-marketeux en nage. Il ne soigne pas un héritier malade, il entretient un ego en chute libre. Et dans ce nouveau culte qu’est devenue la démocratie américaine, l’argent fait office de religion, le chaos de méthode, et Elon de prophète.
Conclusion : générique de fin, ou début d’autre chose ?
Cent jours, dix épisodes, un même vertige : l’Amérique version 2025 ressemble moins à une nation qu’à un parc d’attractions sous adrénaline, où chaque décision tient du grand huit sans harnais. On en sort hébété, le cœur en tachycardie, et avec la démocratie en soin intensif. Et pourtant, c’est précisément là que tout commence : parce qu’un pouvoir qui carbure au chaos ne s’arrête jamais à la centième journée. Il teste nos seuils, repousse les limites, observe si la stupeur se mue en habitude.
Alors on fait quoi ? On range nos indignations dans des tiroirs jusqu’en 2029 ? Certainement pas. Le pire cadeau que l’on puisse faire à un président‐spectacle, c’est de devenir un public captif. Face à la stratégie du déluge, la contre‐attaque porte un autre nom : mémoire. Épingler chaque décret, archiver chaque revanche, refuser l’anesthésie générale. Rappeler, inlassablement, qu’une Constitution ne se froisse pas comme un tweet et qu’un pays ne se gouverne pas comme son émission The Apprentice.
Il nous reste l’arme la plus tenace : la réalité, brute et têtue. Celle des emplois qui disparaissent quand on exécute les travailleurs, de l’air qui s’empoisonne quand on ressuscite le charbon, des droits qui s’effritent quand on cède un centimètre de terrain à l’arbitraire. Nul besoin de prophètes : il suffit d’ouvrir les yeux avant que la dystopie ne devienne réalité.
Les Pères fondateurs se retournent dans leurs tombes ? Qu’ils fassent de la place : si nous baissons la garde, l’Amérique tout entière pourrait bien venir les rejoindre. À nous de décider si l’on referme la saison ici, ou si l’on écrit ensemble un spin-off inattendu : celui où la démocratie reprend son rôle principal.
Gwendoline Munsch
Sources :
Une élue républicaine dépose une loi pour faire de l’anniversaire de Trump un jour férié
Intervention de D. Trump au WEF de Davos – tête de l’aigle
L’administration Trump congédie des procureurs qui ont travaillé à ses procès
What is the 1798 law that Trump used to deport migrants?
Why experts fear the men who were sent to El Salvador’s megaprison may never make it out
Trump tells governors to enact death penalty for drug dealers, confronts Maine gov
La course de Trump pour expulser 1 million de personnes est bien entamée
La Floride veut faciliter le travail des enfants pour pallier le manque de main-d’œuvre immigrée
Trump veut fermer le ministère de l’Éducation










