« La place économique suisse peut-elle rester sereine, compte tenu des incidences cumulées de la mondialisation, du réchauffement climatique et du bilatéralisme européen ? » – Guy Parmelin

Récit de la conférence des Alumni HEC Lausanne :

La conférence organisée par les Alumni HEC Lausanne, jeudi 4 avril dernier, proposait un invité de premier choix : le conseiller fédéral Guy Parmelin, chef du Département fédéral de l’économie, de la formation et de la recherche. Le maître agriculteur-viticulteur vaudois, qui a accédé au plus haut siège de l’État en 2015, a choisi d’aborder trois thématiques au centre des préoccupations contemporaines : la mondialisation, le climat ainsi que le bilatéralisme. Les sujets évoqués par le conseiller fédéral ont rendu la conférence plus qu’intéressante et l’importance capitale de ces derniers, à court comme à long terme, questionne une société, comme il le souligne : « dont la peur est un puissant stimulus ». Cependant, Guy Parmelin a tenu à répondre à ces questions, comme il l’a expressément indiqué, « dans une optique optimiste […] puisque la peur n’évite pas le danger ».

Cet article relève aussi objectivement que possible les points clés de la conférence tout en se permettant quelques parenthèses, notamment sur la deuxième thématique susmentionnée. Nous concluons avec les deux petites questions que nous avons pu lui adresser directement post-conférence par l’intermédiaire de Laetitia Fatio, directrice des Alumni HEC.

La mondialisation : « Une implication forte et appelée à perdurer »

Le conseiller fédéral a commencé par décrire l’importance des relations de la Suisse avec l’étranger. Il est conscient de la dépendance de notre pays à l’égard de ses relations à l’international, que ce soit sur le plan national ou cantonal. Pour l’illustrer brièvement, il cite les exportations du canton de Vaud qui s’élèvent par habitant et par année à 18’000.-.

Il soutient par ailleurs une politique commerciale fondée sur le libre-échange, comme le démontre historiquement nos adhésions à plusieurs organisations telles que l’OECE, l’UEP ou le GATT. En revanche, en commémorant la décision populaire de 1992, l’élu UDC évoque (sans surprise) la grande prudence, d’une Suisse « seule […] mais pas isolée », à l’égard d’une intégration économique à l’échelle européenne.

Le ministre de l’économie se veut rassurant quant à la confiance et la considération inspirées par la Suisse sur la scène internationale. Il soutient ce constat en rappelant notamment la première place de notre pays à l’indice de mondialisation de l’EPFZ pour l’année 2018. En outre, il ajoute que l’indice caractérise le fort « degré de connexion (qu’entretient la Suisse) vis-à-vis des marchés extérieurs, l’importance de l’étranger dans nos échanges et au final (que la mondialisation est) au service de notre propre prospérité ». M. Parmelin a par la suite expliqué que les premiers bénéficiaires de la mondialisation étaient les travailleurs hautement qualifiés ainsi que les économies de pointes hautement compétitives telles que la Suisse. Néanmoins, il n’a pas oublié de féliciter en premier lieu les chefs d’entreprise, nos politiques en matière de formation et un droit du travail souple qui garantissent nos performances économiques et notre compétitivité.

Parmelin a par ailleurs répété à maintes reprises, d’une part, la volonté du Conseil fédéral d’améliorer l’accès de la Suisse aux marchés étrangers, et d’autre part l’importance de nos accords bilatéraux (comme avec le Japon depuis 10 ans) tout en affirmant que les « propagandes protectionnistes » ainsi que « certains courants politiques empreints de nationalisme » allaient « au détriment de la dynamique des affaires ainsi que du multilatéralisme » visant particulièrement les Etats-Unis ainsi que certains pays européens.

Le conseiller fédéral a poursuivi sur la mondialisation en la décrivant comme « une chance pour nos emplois et pour la Suisse dans sa capacité à attirer des multinationales (à qui l’on doit 1 emploi sur 4) et cela bien au-delà de la caricature fiscale […] (car elles ont) un rôle majeur dans l’innovation et la recherche ». Il ne s’est certes pas aventuré plus loin sur le sujet.

Pour résumer, le conseiller fédéral croit en la mondialisation et à ses bienfaits, basée sur la recherche et l’innovation, mais à condition que la Suisse soit un acteur impliqué dans les organisations compétentes afin de défendre ses propres intérêts face à l’économie mondiale.

Le climat : « La Suisse n’est pas sourde à l’alarme climatique, mais … »

Le chef du Département de l’économie a commencé par mentionner les revendications de la jeune suédoise Greta Thunberg ainsi que les grèves estudiantines qui font du climat l’une des principales actualités politiques. Le conseiller fédéral ne cache pas son inquiétude quant aux « tendances […] effectivement troublantes » et affirme que lors de son précédent mandat « les phénomènes naturels avaient pris une place prépondérante au sein des menaces intérieures » avant de poursuivre, « La Suisse n’est donc pas sourde à l’alarme climatique ». Une introduction qui se veut plutôt rassurante.

Cependant, après un début de discours positif, les positions pragmatiques du conseiller fédéral furent quelque peu troublantes à leur tour. Bien que le constat environnemental soit bien réel et soutenu à l’international, le discours de M. Parmelin laissait supposer, à notre avis, une Suisse spectatrice plutôt qu’actrice, passive plutôt que réactive. De plus, en signalant que la dynamique de l’évolution mondiale n’allait pas précisément dans le sens des réductions d’émissions de CO2, il ajoute : « En tenant un langage de raison, je ne vois sincèrement pas comment inverser la vapeur à bref délai, sauf, à considérer que rêve et réalité peuvent s’harmoniser comme par magie ». Le conseiller fédéral nous a par conséquent donné l’impression qu’il valait mieux ‘’guérir que prévenir’’ dans le court terme, ce qui va à l’encontre des bilans et des mouvements écologiques de ce début de 21ème siècle malgré son soutien notable pour l’innovation et la recherche comme moyens de lutte contre le réchauffement climatique.

Pas très optimiste, le conseiller fédéral indique que la voie suivie par l’économie mondiale est autre : « Nous sommes en plein processus d’industrialisation, nous avons besoin d’énergie, de matières premières, d’infrastructures, nous avons toujours plus besoin de nous déplacer […] ce qui entraîne inéluctablement une hausse de la consommation ». À chacun son avis sur la question, cependant, si l’on poursuit le chemin des 30 dernières années, sans grandes remises en question, nous serons probablement les grands perdants de la course à l’industrialisation. Ce manque de perspectives futures a fortement déçu, ce qui s’est explicitement fait ressentir dans les questions posées au conseiller fédéral à la fin de son discours.

En assurant ne pas vouloir malmener les icônes et notamment Greta Thunberg, le conseiller fédéral a maintenu ses positions en ajoutant « qu’il ne faut pas que l’idéalisme prenne le pas sur le réalisme » et notamment que « le catastrophisme est une philosophie tentante lorsqu’on est pressé de changer les choses ». Mr. Parmelin désire donc en premier lieu changer les esprits plutôt que de « mentir » aux gens sur une « solution miracle qui changera tout demain ». Ces propos furent difficiles à entendre par une fraction des jeunes de l’audience et notamment par une étudiante qui a directement manifesté, avec un brin d’ironie, que non seulement notre jeunesse est devenue impatiente mais que contrairement aux hommes politiques assis aux premières rangées, nous avons la vie devant nous. Paradoxalement, le conseiller fédéral a affirmé être contre l’immobilisme, il fut donc difficile de dresser l’analyse du fond de sa pensée sur ce point.

Par ailleurs, sur un plan global, le conseiller fédéral soutient de manière encourageante l’écologie industrielle qui repose sur un système circulaire et dynamique. Ce dernier a notamment pour objectif de transformer les industries florissantes en des actrices de management environnemental.

Pour conclure, le conseiller fédéral a dépeint un monde qui n’est « pas blanc ou noir pas plus qu’il n’est gris mais évolutif et résilient, à condition de lui donner les bonnes impulsions ». Il défend cette nuance en prenant l’exemple suivant : « L’Inde ou la Chine […] sont considérés comme les principaux émetteurs de gaz à effet de serre de la planète et pourtant […] ces deux pays sont à l’origine d’un tiers du reverdissement de la planète grâce à une replantation équivalent à la surface de la forêt amazonienne ». Par cet exemple pour le moins contrasté, le conseiller fédéral assurait garder espoir.

L’Europe : « Un choix difficile »

Le ministre de l’économie a commencé par souligner que « la seule chose qui soit à peu près sûre, c’est la fin des négociations du côté de l’Union européenne ». Par ailleurs, il affirme que le Conseil fédéral a décidé « des modalités des consultations à mener sur le projet d’accord institutionnel entre la Suisse et l’Union européenne ». Il précise que ce dernier visera à « conserver la pérennité de la voie bilatérale » grâce à un cadre juridique et procédural clair. Il expliqua ensuite que des rencontres étaient d’ores et déjà planifiées avec les acteurs intéressés, tels que certaines commissions parlementaires, la Conférence des gouvernements cantonaux, les principales formations politiques, les partenaires sociaux et les milieux économiques ainsi que les scientifiques. Cependant, il ne laisse échapper que peu d’informations tant sur les positions défendues par le Conseil fédéral que sur les propositions qui seront faites lors de ces rencontres futures.

Comme il l’avait déjà fait lors du chapitre « mondialisation », le conseiller fédéral a une nouvelle fois insisté sur les enjeux économiques qui nous lient étroitement à l’Europe. Il poursuit son discours en maintenant que le Conseil fédéral souhaite que notre pays s’intègre le plus harmonieusement possible dans le marché intérieur de l’Union européenne et coopère au mieux dans les secteurs où cela s’avère opportun. Toutefois, M. Parmelin a fait par de ses incertitudes quand à sa capacité à réduire les rapports de force futurs entre la Suisse et l’UE. Entre souveraineté nationale et ouverture européenne, ce choix que le conseiller fédéral qualifie de « difficile et pavé d’incertitude » garantit un vif débat au sein des différents partis politiques.

Ne pas tomber dans la peur sont les mots d’ordre du conseiller fédéral qui recommande le pragmatisme plutôt que l’imagination tout comme sur la question climatique. De plus, il souligne qu’il nous appartient de décider avec « courage et détermination » de nos positions vis-à-vis de ces accords. Il conclut finalement son discours avec une touche d’incertitude quant à la sérénité de la Suisse dans ce dossier mais il insiste sur notre solide capacité d’adaptation : « Je ne sais pas si la Suisse peut rester sereine mais je suis de l’avis qu’elle doit le rester […] afin d’assurer nos affaires internationales, notre marché du travail et notre niveau de croissance et de consommation ».

Photo: Sébastien Monachon – www.bsc8.ch – www.facebook.com/MonSebPhoto

Nos questions au conseiller fédéral Guy Parmelin

« Quel est votre message pour les étudiants ? »

Le conseiller fédéral recommande à tous les étudiants de suivre leur voie et leurs passions « Faites-le ». Cependant, dans un monde de plus en plus digitalisé, il affirme qu’il est nécessaire de se préparer à l’évolution constante de la demande d’emploi. Il est par ailleurs clairvoyant sur les changements technologiques, leurs enjeux et leurs places considérables pour le 21ème siècle. Il illustre ses propos par une anecdote sur l’un de ses amis qui n’avait à l’époque pas d’autre choix que de s’expatrier ou de se reconvertir après avoir entrepris des études de géosciences tant la demande dans ce secteur était restreinte. Pour les étudiants HEC, le conseiller fédéral ne se fait « pas de soucis » tant sur les possibles débouchés que sur l’avenir de la profession.

« Et votre message pour les étudiants HEC ? »

Le conseiller fédéral n’y est pas allé par quatre chemins. Pour résumer : ‘’si un étudiant HEC trouve un moyen d’optimiser les prédictions des rentrées fiscales afin de relaxer le frein à l’endettement et d’utiliser cet argent à d’autres fins’’, il est preneur. À bon entendeur.

Lorain Fornerod

 

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Photo: Sébastien Monachon