«  On en a gros !  »

«  You broke my (h)earth ! »

Si ce n’est pas vous, certainement avez-vous vu un de vos potes hippie en sarouel (je caricature), ou encore un de vos grands-parents (petit clin d’œil à l’association des grands-parents pour le climat) brandir panneaux et slogans lors d’une des dernières manifestations pour le climat.

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Propos teintés d’ironie : tout âge et tout public se sont mêlés à ces manifestations, attestant de sa popularité à travers différentes couches sociales. Mouvement hétérogène, qui se veut non politique : mené par les collégiens et les étudiants, puis soutenus par des milliers de personnes, comme on a pu le constater via les différentes manifestations aux 4 coins de la Suisse. (Si tu n’en as toujours pas entendu parler, il serait peut-être temps de sortir de ta cave).

Retour sur les revendications exigées par le mouvement Climate strike:

1. L’état d’urgence climatique déclarée à l’échelle nationale.

2. Zéro émission carbone net d’ici 2030.

3. La justice climatique 

 

1. État d’urgence climatique :

Une petite victoire pointe-t-elle déjà le bout de son nez? Les cantons de Fribourg, Bâle-Ville et de Vaud notamment, ont adopté les résolutions d’urgence climatique ! Que nous promettent-elles donc ?

Afin de le découvrir, place à un extrait extirpé de la résolution même adoptée par le Grand Conseil Vaudois :

« …Des mesures doivent être prises aux niveaux communal, cantonal, national et international pour contrer cette catastrophe imminente. Les plans et mesures actuels ne sont pas suffisants pour limiter le réchauffement climatique à l’objectif de 1,5°C d’ici 2050. Il est donc plus important que jamais d’agir rapidement ! »

Le texte dénonce donc l’inactivité, la torpeur du gouvernement et différentes institutions face à la catastrophe climatique, enterrée sous le tapis depuis quelques petites années. Il souligne les responsabilités qui doivent être prises par différents acteurs.

Les mesures « concrètes » de la résolution sont les suivantes:

– Le Grand Conseil vaudois déclare l’urgence climatique. Limiter le changement climatique et ses conséquences devient une de ses priorités.

– Le Grand Conseil vaudois examinera tout objet pouvant avoir un impact sur le climat, et dans la mesure du possible, traitera de manière prioritaire les objets qui atténuent le changement climatique ou ses conséquences.

– Le Grand Conseil vaudois fondera ses mesures de lutte contre le réchauffement climatique sur les rapports du GIEC.

Petit rappel : Le GIEC est le Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat, auteur du fameux rapport urgeant les États à prendre les mesures pour limiter le réchauffement climatique à 1,5°C au lieu des 2°C de l’Accord de Paris. (A consulter ici : https://www.ipcc.ch/site/assets/uploads/sites/2/2018/07/SR15_SPM_version_stand_alone_LR.pdf)

– Le Grand Conseil vaudois invite le Conseil d’Etat à contribuer à informer la population du canton sur les causes et effets du changement climatique ainsi que les mesures mises en place pour le combattre.

Bien que la nature non contraignante de la résolution en effraie certains, l’on peut d’ores et déjà saluer le pas effectué dans la bonne direction par ces cantons, les « bons élèves ». Le 6 avril dernier, lors des manifestations pour le climat, de nombreuses voix se sont élevées, urgeant leur canton respectif d’en faire de même. En route vers l’état d’urgence à l’échelle nationale ?

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2. Zéro émission carbones net d’ici 2030

Le Suisse moyen émettant 14 tonnes d’équivalent CO2 par an (dont seulement 40% sont émis en Suisse), voilà un point qui fâche. 95% de l’industrie du transport dépend du pétrole[2]. Il s’agirait d’un pilier pour notre survie, puisqu’il sous-tend nombreuses chaînes de production et de distribution. Qu’en est-il de l’approvisionnement –notamment– en nourriture sans cette ressource ?

Les mesures pouvant être prises par chacun dès maintenant comme remplacer l’usage de la voiture par le train, limiter sa consommation de viande (blanche comme rouge), renoncer à prendre l’avion ne sont pas suffisantes et doivent s’inscrire dans un plan global de transition énergétique effectué à l’échelle nationale. Créer des pistes cyclables, améliorer les réseaux de transports publics –notamment en dehors des villes– sont seulement la partie émergée de l’iceberg. Créer des infrastructures alternatives est coûteux en temps et en argent. C’est donc là que l’effort doit également être collectif : il faut mettre en place des alternatives qui permettent de soutenir le niveau de vie actuel. Minute, peut-on vraiment soutenir le niveau de vie actuel en Suisse ?

Beaucoup clament que non. Bien qu’un nombre important soit prêt à renoncer à quelques rations de viande par semaine, renoncer à un voyage semble déjà plus difficile. Qu’en est-il de l’usage du chauffage ? De la pratique de certains sports (parlons du ski, tiens) ? De l’usage des téléphones ? L’usage d’internet, qui, on le rappelle, représente tout de même 7% de la consommation mondiale d’électricité[3] ?

Chaque aspect de notre vie est bousculé et remis en question par la transition énergétique. Nos actions sont tellement dissociées de leurs conséquences qu’il est évidemment facile, d’un simple coup d’épaule, de rejeter sa responsabilité. Si certains la saisissent et la brandissent fièrement, d’autres auront besoin de mesures plus drastiques. C’est là que certains aimeraient que le gouvernement mette en place les mesures nécessaires pour que chaque individu et entreprise aient un intérêt à transformer sa façon de consommer ou de produire. C’est là que les entreprises devraient mettre en place les mesures pour êtres transparentes sur leur processus de fabrication.

C’est bien sympa de savoir que l’on émet 14 tonnes de CO2 par an, mais ce chiffre est tellement intangible que l’on n’arrive même pas à se l’imaginer. Il ne provoque aucune émotion chez la plupart des gens.

Bien que l’objectif zéro carbone soit clair, le chemin à poursuivre désormais l’est moins. Et c’est peut-être là où le mouvement trouve également sa faiblesse. Car tant de groupes s’affrontent sur la voie à suivre, tant d’idéologies et de représentations, d’espoirs se mêlent, que l’on peine à y voir clair. On s’accorde sur le fait qu’il faut changer, qu’on ne peut pas continuer ainsi, qu’il faut « sortir du pétrole », investir dans les énergies renouvelables, arrêter d’émettre du CO2. Mais comment ?

C’est là où les visions s’entrechoquent. Quand certains prônent qu’il faut investir massivement dans la technologie, d’autres déclarent qu’il faut décroître, qu’il faut cesser de consommer autant et d’autres clament qu’il faut simplement consommer mieux. Difficile de s’entendre au milieu du brouhaha général. Comment s’accorder sur une vision de l’avenir, lorsque des milliers, des millions de personnes refusent déjà de reconnaître la crise?

Les « détracteurs » du climat peuvent se servir de ces divergences pour décrédibiliser le mouvement. « Vous dénoncez, mais qu’avez-vous à offrir comme alternatives? Vous ne parvenez même pas à respecter vos propres engagements ! ». C’est ainsi que ces détracteurs s’érigent en gardien de la prospérité, de la sécurité, de la place forte économique de la Suisse, et dénoncent à leur tour les « idéalistes » qui se battent pour le climat.

Bref. La transition énergétique n’est pas seulement énergétique. Elle remet en question le modèle de notre société : elle bouleverse nos habitudes, nos valeurs, notre système économique. Place maintenant au concept de la justice climatique.

3. La justice climatique

La justice climatique exige que les responsables du dérèglement climatique doivent assumer financièrement et socialement leurs actes.

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Cela est basé sur une observation simple : ceux qui subissent de plein fouet le changement climatique, sont souvent ceux qui en sont le moins responsable. En atteste l’exemple de la Suisse. Comme mentionné auparavant, 60% des gaz à effets de serre servant à la production de biens et services suisses sont émis à l’étranger. Les pays développés ont donc cette tendance à exporter la pollution vers d’autres horizons. Je te lance la patate chaude, dit-on en anglais. Ils récoltent les bénéfices mais ne subissent pas les coûts de leurs actes. Ils auraient donc l’obligation, non seulement de réparer les dégâts causés, mais également d’aider (financièrement) les États qui n’en ont, aujourd’hui, pas les moyens.

La justice climatique dénonce les fausses solutions au changement climatique, promues par les gouvernements, les institutions financières et les multinationales, comme la libéralisation du commerce[4]. Les principes sous-jacents au concept de justice climatique sont les suivants[5] :

– Laisser les énergies fossiles enterrées, dans le sol (keep fossil fuels in the ground !).

– Renoncer aux fausses solutions entravant la mise en place de mesures justes et adéquates : par exemple, cesser de promouvoir la combustion de la biomasse.

– Adopter des solutions justes et faisables : comme stopper toute activité qui détruit considérablement les capacités de la terre à absorber les gaz à effets de serre.

– Respecter ses engagements financiers envers les pays en voie de développement.

– Les entreprises doivent cesser d’essayer d’influencer les discours et débats climatiques.

– Les économies développées doivent accepter leur part de responsabilité quant à la crise écologique : ils doivent donc se fixer des objectifs ambitieux et aider les pays en voie de développement.

La justice climatique peut également servir à dénoncer l’inactivité d’un gouvernement. Ont déjà été attaqués en justice: les gouvernements français (L’Affaire du Siècle), néerlandais et belges.

Avant tout, la justice climatique percevrait le changement climatique « comme le produit des inégalités et d’un système économique obsédé par la croissance pour la croissance ». Ils remettent donc en question le capitalisme. Comme mentionné auparavant, c’est là où le mouvement se divise, selon différentes croyances, idéologies, et voies pour sortir de la crise. Nous voilà donc à la croisée des chemins. Face aux paradoxes sur lesquels nous trébuchons régulièrement, force est de constater que ce sont les codes mêmes de la société qui doivent être bousculés. Changement dans les priorités, dans les valeurs de chacun : c’est ce que l’on constate déjà.

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Voici venu le temps de la responsabilité : ne subsiste plus d’excuse pour ignorer son impact sur l’environnement ! La beauté du mouvement pour le climat réside dans sa façon de redonner le pouvoir aux citoyens, notamment aux plus jeunes, qui sentent d’ores et déjà qu’ils ont un rôle clé à jouer : individuellement, mais surtout collectivement.

Yasmine Starein