Une étude très sérieuse intitulée Chocolate Consumption, Cognitive Function and Nobel Laureates du chercheur suisse Franz H. Messerli, spécialiste en cardiologie, publiée dans The New England Journal of Medicine en 2012, vante les mérites de la consommation de chocolat pour augmenter le nombre de prix Nobel par pays.

Comme le montre ce graphique issu de l’article du Dr. Messerli, le pays avec le plus de prix Nobel par habitant et avec la plus forte consommation de chocolat est… la Suisse !

 

Franz Messerli conclut son étude de la sorte : “The slope of the regression line allows us to estimate that it would take about 0.4 kg of chocolate per capita per year to increase the number of Nobel laureates in a given country by 1. For the United States, that would amount to 125 million kg per year.”

Vous ne voyez rien ??

Cette étude est complétement bidon ! En effet, Franz Messerli (qui existe bel et bien) l’a inventée de toutes pièces afin de faire une « blague » à la communauté scientifique. Son objectif ? Alerter sur la différence absolument fondamentale dans toute démarche scientifique entre causalité et corrélation.

En effet une corrélation (liaison entre deux caractères (corrélation simple) ou plus (corrélation multiple) telle que les variations de leurs valeurs soient toujours de même sens (corrélation positive) ou de sens opposé (corrélation négative ; définition du Larousse), lorsqu’elle est interprétée comme une causalité (lien qui unit la cause à l’effet, définition du Larousse), devient le piège maudit dans lequel n’importe quel scientifique craint de tomber.

En effet, de nombreux tests statistiques, sondages et autres expériences sont nécessaires pour déterminer une causalité, ce qui rend la démarche du chercheur longue et exigeante. Faire d’une corrélation une causalité peut être extrêmement tentant. Par exemple, dire que la prise de cannabis crée des troubles mentaux est l’exemple même d’une fausse causalité : en effet, tous les fumeurs de cannabis ne présentent pas de troubles mentaux et toutes les personnes souffrant de troubles mentaux ne fument pas du cannabis. Pourtant il existe bien une corrélation entre prise de cannabis et troubles mentaux, c’est-à-dire que les fumeurs de cannabis s’exposent à plus de risque de développer un trouble psycho-pathologique.

Le Monde (qui a par ailleurs fait une vidéo très intéressante au sujet de la fausse étude du Dr. Messerli), a créé une fausse carte de France des causalités. On peut y trouver par exemple que les régions en France où le taux de Césium 137 présent après l’explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl, sont presque les mêmes que celles où la consommation de viagra est la plus élevée. On peut donc faussement déduire que l’impact des radiations des dépôts de Tchernobyl a eu un impact sur la libido de l’est de la France.

Tous ces exemples ont pour but d’alerter sur la mauvaise interprétation que le grand public peut potentiellement commettre sur des corrélations et des mesures statistiques de manière générale. Certains scientifiques parlent d’« innumérisme » pour mettre en avant le manque de connaissance concernant l’analyse de chiffres. Dans un article du Temps, Frédéric Schütz, consultant en statistiques au SIB, l’Institut suisse de bio-informatique, prend comme exemple différentes publications de journaux romands mais aussi de partis politiques (enfin d’un seul parti politique qui commence par U et fini par DC). Le but est de montrer que n’importe qui peut tomber dans le piège.

Pour finir, la fausse étude du Dr. Messerli dénonce aussi la crédibilité qu’on peut accorder à un scientifique sans vraiment analyser le fond de sa pensée, juste parce que ce dernier a la légitimité de le faire et qu’il suit une forme d’article approprié à la méthode scientifique (en citant ses sources et mettant des graphiques etc.).

Cela nous incite à toujours vérifier une information et à se méfier de l’utilisation erronée des chiffres.

Jean Loye