Pour faciliter votre lecture, le féminin générique a été utilisé dans cet article.

« Nous nous cachons dans la musique afin de nous dévoiler. »
Jim Morrison, Artiste, Chanteur et Musicien (1943-1971)

La musique classique est certainement le domaine le plus obscur que l’humanité ait jamais connu. Même les plus éminents musicologues n’arrivent toujours pas à comprendre cet univers étrange dans son entièreté.

Mais bien plus étrange que la musique en elle-même, il existe la musicienne classique. Individu souvent à la fois incomprise et admirée, elle contribue également à entretenir l’immense méfiance d’une grande partie de la population envers la musique classique. En effet, il est dur, voire impossible, de réussir à cerner plus ou moins ce qu’est une musicienne classique, certains parleront d’illuminées et d’autre de génies. Il doit y avoir autant de représentations de musiciennes classiques qu’il existe de compositrices atteintes d’une psychopathologie (c’est-à-dire beaucoup).

En exclusivité mondiale (rien que ça), je vous propose un « top » ou plutôt une énumération (pour rester dans le langage de la haute bourgeoisie lausannoise qui écoute de l’Opéra) des 7 types de musiciennes que vous pourrez potentiellement croiser dans votre vie.

Attention, il est important de préciser que tout ce que vous allez voir sont des idéaux-types, c’est-à-dire qu’on ne retrouve que très rarement cette forme de musiciennes dans la nature mais plutôt souvent un mélange de ses différentes représentations avec une forme plus ou moins prédominante pour l’une d’entre eux

1. La passionnée

La musique, c’est sa vie. Et elle le clame haut et fort. Son objectif : connaître à la note près le maximum d’œuvres de musique, du plus ancien au plus étrange. C’est elle qui vous fera remarquer que lors du concert « la pianiste a joué un ré dièse et non un ré bémol à la mesure 137 du 1er mouvement parce que dans la version originale de 1675 c’était écrit comme ça. » (je m’emballe)

2. La meuf bizarre

Vous voyez tous de qui je parle. La légende dit que la dernière fois qu’elle a parlé à quelqu’un c’était en 1845. Vous l’aurez bien compris, ce personnage ne ressent pas le besoin de communiquer par la parole avec le monde extérieur. Son unique moyen de communication, c’est la musique. Bien que compliqué pour commander un café, ce langage a la particularité de toucher chacune d’une manière ou d’une autre, ce qui, il faut bien le dire, est bien plus efficace que les grands discours des politiciennes.

3. La touriste

Elle ne sait pas vraiment quelle est sa place dans ce monde si particulier qu’est la musique. À l’origine, elle a commencé à faire de la musique pour faire plaisir à ses parents ou parce que « c’est stylé de savoir jouer pirates des caraïbes au piano ». Comble de l’étonnement il se trouve qu’elle est plutôt talentueuse dans ce qu’elle fait. Cependant elle a l’impression de ne pas être complétement intégrée à son milieu, pour elle la musique c’est avant tout des sensations uniques. Le solfège, l’harmonie, l’analyse la dépassent. Souvent elle s’entête à suivre des études dans d’obscures facultés de l’université en parallèle de ses cours de musique et à écrire dans de truculents journaux étudiants.

4. La technicienne

Pour elle, méthode est maître de raison. Quoi que vous lui demandiez sur la technique d’interprétation, la théorie musicale, les règles d’harmonie et autre effroyable jargon musicale : elle sait. Elle a étudié les 4,5 trillions de manières dont l’on pouvait jouer une phrase d’un morceau. Ne lui demandez jamais combien de temps elle travaille par jour car cela pourrait la troubler tellement le travail est incorporé à sa vie. Elle en oublie parfois que la beauté d’une interprétation musicale réside dans la magie du moment présent, où le temps semble se suspendre à chaque note et où le silence est assourdissant. Comme disait Miles Davis, « La véritable musique est le silence et toutes les notes ne font qu’encadrer ce silence. »

5. Le sourd

Ludwig Van Beethoven

6. La « petite Mozart »

Les gens s’extasient devant la petite Wolwurt, 3 mois, 14 jours et huit heures, qui vient de réussir à enchaîner sans faute la lettre à Élise à l’harmonium. La pauvre n’a même pas le temps de découvrir l’utilité des toilettes qu’elle est déjà sur scène. Souvent, il lui arrive de rêver d’une vie normale qui, malheureusement, passe par une écoute intensive de la plèbe musicale de son temps.

7. L’illuminée

Elle ne se qualifie pas de musicienne mais de spécialiste dans l’art de combiner des sons et d’organiser une durée avec des éléments sonores. Elle ne parle pas de concerts mais de performances. Son credo : Lucy in the Sky with the Diapason.

Elle essaie de faire de la musique avec pratiquement tout ce qui lui tombe dans la main. Elle cite régulièrement la phrase de Victor Hugo : « La musique c’est du bruit qui pense ». Pour finir il lui arrive de reproduire régulièrement chez elle les 4 minutes 33 de silence de John Cage.

 

Voilà vous savez tout sur les musiciennes classiques ! Vous pourrez dès à présent oser aller leur parler dans la rue (elles sont toutes très sympas, moi compris) ou si vous êtes encore plus braves de tenter une visite au conservatoire (moyennant une bonne assurance).

Enfin aux musiciennes qui liront cet article, veuillez me pardonner d’avoir proposé une clé de lecture aux profanes ignorants que sont les non-musiciens. Et surtout continuez à enchanter le monde par votre langage qui certes ne permet pas de commander un café mais qui est la meilleure des thérapies qui existe sur terre.

La musique est la vapeur de l’art. Elle est à la poésie ce que la rêverie est à la pensée, ce que le fluide est au liquide, ce que l’océan des nuées est à l’océan des ondes. Victor Hugo (encore)

Jean Loye

Musiques écoutées pour composer cet article

– La vallée d’Obermann F. Liszt

– Les cloches de Genève

– Requiem W-A. Mozart

– Bakara Polo & Pan

– Zoom Zoom

– Nana

– Rivolta