Je vous invite à rencontrer Inès Burrus, doctorante à HEC Lausanne. Elle nous partage aujourd’hui l’objet de son doctorat et le projet qui en a découlé, Equal Profit.

Quel a été votre parcours professionnel ?

J’ai débuté ma carrière au sein du département Agriculture Durable d’une grande société agroalimentaire. J’ai déployé des projets pilotes en Côte d’Ivoire et dans les régions productrices de café du Vietnam, collectant et analysant les données des agriculteurs. Ces expériences ont déclenché un dévouement pour améliorer les moyens de subsistance des jeunes ruraux. J’ai ensuite décidé de démarrer un programme de doctorat en management à HEC Lausanne.

Pouvez-vous nous expliquer en quelques mots l’objet de la recherche principale de votre PhD ?

Je suis depuis 2016 chercheuse au sein du Département de stratégie, globalisation et société de HEC Lausanne. Mes recherches doctorales entendent répondre à la réflexion suivante : « de quelles manières rendre l’agriculture attractive aux yeux de la jeunesse ? »

Quels résultats avez-vous trouvés et défendus ?

En adoptant une perspective institutionnelle, ma thèse met tout d’abord en évidence la construction identitaire des jeunes ruraux au regard des moteurs de l’exode rural auquel ils sont souvent poussés. Elle explore ensuite dans quelle mesure les stratégies de développement rural mises en œuvre par le secteur privé, dont l’objectif est la pérennité de l’activité agricole, répondent aux besoins de la jeunesse. Entre volontés, instruments et impacts, ce travail fait émerger plusieurs types d’inadéquations. Ma thèse souligne finalement les paradoxes du système actuel et met en lumière plusieurs manières de les résoudre.

Quelles leçons pouvons-nous tirer, et qu’est-ce que cela implique pour nous ici en Suisse ?

En Suisse plus de 1’000 fermes disparaissent chaque année, sans compter les 447 fermiers qui ont mis fin à leurs jours entre 1991 et 2014 (Swissinfo 2018). Cette situation touche le monde entier. Le constat est simple : pour rendre l’agriculture attractive aux yeux de la jeunesse, il est indispensable de la rendre profitable. Actuellement, les systèmes de certification présents sur le marché ne proposent que de maigres premiums aux producteurs. Les consommateurs ne peuvent pas endosser seuls la responsabilité de l’absence de pérennité financière des agriculteurs. Elle incombe à tous. Il est important d’assurer un commerce qui soit réellement équitable tout au long de la chaîne d’approvisionnement et pour cela, de briser les dynamiques de pouvoir entre les acteurs qui la constituent. Nous pouvons en conclure que la création de valeur doit être réinventée.

 

 

Vous avez créé une startup en parallèle de votre doctorat, Equal Profit. Comment vous est venue cette idée ?

C’est dans cette perspective que j’ai crée Equal Profit, le premier modèle durable de fixation des prix, aujourd’hui testé sur plusieurs projets pilotes. Ce projet est né des résultats de mon doctorat et est le fruit de l’analyse de données collectées sur le terrain et lors de nombreux entretiens menés avec des experts.

Comment vous êtes-vous lancée et quelles ont été les difficultés d’un tel projet ?

Les difficultés sont innombrables mais j’ai la chance d’être entourée par une formidable équipe de cinq personnes soudées qui partagent les mêmes valeurs. Nos compétences complémentaires ont permis de transformer ce modèle en un projet concret.

Quelle est son but exactement ?

Le but du modèle Equal Profit est de briser les dynamiques de pouvoir entre les acteurs de la supply chains et de se focaliser sur la traçabilité et la composition du prix d’un produit. Il s’agit du premier modèle durable de fixation des prix où le profit de chaque acteur est calculé proportionnellement à ses coûts. En d’autres termes, nous assurons à chacun des acteurs un revenu décent, en fonction de l’effort qu’il fournit.

Vous avez lancé une campagne de crowdfunding, parlez-nous en un peu plus et pourquoi devrions-nous y participer ?

Le crowdfunding a pour nous deux avantages majeurs : il donne de la visibilité au projet tout en nous liant de façon plus fondamentale au public. En effet, chacun peut financer Equal Profit en attendant un retour « en nature » (en l’occurrence un délicieux café de spécialité cultivé en agroécologie au Mexique et torréfié artisanalement dans le Valais). On effectue ainsi un choix de consommation proactif montrant que l’on est sensible à l’essence du projet.

Un dernier mot pour nos lecteurs ?

Une observation :
Nous sommes à une époque où les consommateurs ont accès à de nombreux moyens de communication, notamment les réseaux sociaux, ce dont les marques ont conscience. Elles doivent se responsabiliser afin de générer un impact positif que le public validera. C’est une grande chance que de pouvoir donner sa voix pour un produit, comme on le fait pour une politique. C’est peut-être même une réelle opportunité de rendre notre économie plus inclusive en favorisant la création de valeur partagée.

Un conseil pour les étudiants :
Suivez vos rêves, ils connaissent le chemin et n’oubliez pas qu’il n’est jamais trop tôt, ni trop tard 🙂

Olivia André