Du 16 au 19 novembre se tenait la Global Entrepreneurship Week. C’est dans le contexte de sa deuxième journée axée sur la santé que j’ai eu le plaisir d’assister à une conférence présentée par l’EPSYL (Association des étudiant·e·s en psychologie de Lausanne) et Sylvette Delaloye, psychologue spécialisée dans le domaine du burnout.

Au cours de cette conférence, la doctoresse Delaloye casse les mythes et idées préconçues autour du stress et du burnout, ce qu’il est et ce qu’il n’est pas, nous met en garde contre les potentiels signes du burnout et nous donne des pistes afin d’éviter d’y succomber.

Qu’est-ce que n’est pas le burnout ?

Le burnout n’est pas une dépression. La dépression est un trouble psychique et émotionnel, le burnout est trouble physique représenté par la fatigue mentale. Il est comparable au surentraînement d’un athlète.

Le burnout n’est pas une grosse fatigue, il dépasse ce stade. De ce fait et de par le fait qu’il s’agisse d’un cas de fatigue mentale, le burnout n’est pas soignable par le repos uniquement.

Qu’est-ce que le burnout ?

« Le burnout est le résultat d’un processus de résistance prolongée à des facteurs de stress chronique au travail ».

Derrière cette définition touffue se cachent plusieurs concepts-clés. Premièrement, le burnout (de même que le stress chronique) est un processus : il n’y a pas un unique évènement responsable de cette maladie. Secondement, le burnout se développe lentement et sur la durée. La psychologue ici souligne la différence importante entre le stress aigu qui pourrait être exemplifié par le besoin immédiat d’effectuer un freinage d’urgence lorsque l’on conduit et dont la récupération se fait rapidement et le stress chronique qui s’installe dans la durée et dont la récupération est lente et incomplète.

Le burnout se détecte par une fatigue de fond, une incapacité à se détendre, des tensions corporelles, une incapacité à décrocher et une tendance à ruminer sur la journée de travail ainsi qu’un dérèglement émotionnel.

Pourquoi le burnout est-il si prévalent ?

Le burnout est devenu un reflet de ce que la société et le monde du travail attendent de nous. Les valeurs occidentales du travail sont caractérisées par la culture du résultat, de la performance et des délais stricts. Ces valeurs tendent à induire une normalisation du stress au quotidien et favorise le stress chronique.

Comment passe-t-on du stress chronique au burnout ?

L’être humain a évolué afin de faire face aux situations de stress, il est donc habilité à y réagir de manière adéquate et à s’en rétablir promptement. Il n’est en revanche pas capable de gérer les situations de stress prolongé, ou stress chronique, où le corps fonctionne comme un moteur en surchauffe. Le corps, au lieu de réduire son niveau de stress, s’y acclimate. La réalisation que la personne est victime de burnout vient alors soit d’un évènement-clé après lequel la victime ne peut plus nier son état ou après la confrontation d’un proche. Commence alors la phase de récupération avec le plus souvent l’aide d’un psychologue.

Quels sont les signes qu’une personne sombre dans le burnout ?

La psychologue nous illustre ici les signes auxquels une personne doit faire attention afin de détecter un potentiel burnout.

Les signaux tels que l’irritabilité ou l’impatience sont ici déterminants dans la détection du burnout : une personne de caractère patient et calme doit être particulièrement attentive à un changement de comportement n’ayant aucune cause particulière, mais cela vaut aussi pour tout comportement inhabituel.

Tout comme le burnout est propre à chaque personne, les sources de stress et ressourcements sont différentes chez chaque personne. C’est pour cela qu’il est important pour chaque personne d’identifier ses facteurs de stress et de ressourcement, de dresser son propre profil de risques et de régulièrement s’autoévaluer. Au-delà d’identifier ses facteurs de stress, il faut identifier ceux sur lesquels l’individu a une influence : le monde du travail étant parfois rigide, il n’est pas toujours possible d’avoir de l’influence sur les éléments sources de stress. S’acharner sur des facteurs que l’individu ne peut pas changer sera source de frustration et sera contre-productif.

Quels sont les profils à risque de burnout ?

Les principales victimes du burnout sont les « profils forts » : les personnes ayant des postes à responsabilité, de type engagé, consciencieux et parfois perfectionnistes. Elles ont acquis au cours de leur vie la capacité de s’adapter à toute situation peu importe le prix et ont une bonne capacité de gestion du stress aigu.

Comment prévenir le burnout ?

Puisque le burnout est différent chez chacun, les moyens de préventions le seront également. La personne souffrant de burnout étant par définition débordée, ces moyens doivent être peu demandant en temps et énergie. Voici 3 moyens d’éviter le burnout et de gérer son niveau de stress :

  1. Créer des soupapes : créer des moyens de libérer de la pression de manière régulière au cours de la journée, de la semaine ou sur des périodes plus longues encore. Cela peut se faire par la respiration, le mouvement ou le son de la voix. Grâce à cela, nous apprenons à « sortir la tête du guidon » et décrocher de la journée de travail, ce qui réduira la fatigue de tension.
  2. Ponctuer la journée de travail : s’investir dans la journée avec une réelle intention et y intégrer des micro-pauses et des pauses. Ces pauses sont importantes afin de faire descendre le niveau de stress et se détendre. Cela peut être intégré avec le premier point comme par exemple en prenant des pauses pour marcher ou faire des étirements. Ce point autorise et même encourage la créativité. Il est aussi très important de fermer la journée de travail à l’aide d’un rituel qui sera lui aussi personnel, cela permettra de mieux décrocher et se reposer.
  3. Revenir à l’essentiel : ce point est différent des deux autres car il implique de travailler sur sa personne plutôt que de travailler sur ses méthodes de travail. Le but est de ré-explorer ses envies personnelles et de se reconnecter aux choses qui nous tiennent à cœur. Il s’agit d’apprendre à rester vivant et de trouver du plaisir à vivre dans les petits instants mais aussi dans les grands.

L’intervenante clôt la conférence par une citation de Catherine Meurisse, dessinatrice de chez Charlie Hebdo ayant échappé aux attentats de novembre 2015, qui répondit à la question « Qu’est-ce qui vous a aidée à vous éloigner de la mort ? » Par :

« Voir. Voir la mer, des arbres, des ciels, une peinture, de la lumière. Je voudrais être submergée par la beauté. »

Que retenir de cette conférence ?

Malgré le titre de la conférence, le sujet abordé s’applique à bien plus qu’aux entrepreneurs. Les étudiants notamment peuvent tirer de grands bénéfices de ces conseils avisés.

Quatre principes pour éviter l’accumulation de stress dans la durée :

  1. Cibler les éléments que vous avez envie de changer : ils doivent faire sens et être accessibles.
  2. Ne porter son attention que sur un objectif à la fois. Essayer de changer son environnement trop rapidement peut être contreproductif car trop ambitieux. Pour rappel : une personne dans un stade avancé n’a que peu de temps et d’énergie à consacrer à se soigner.
  3. Porter attention sur ce que l’on peut changer ; identifier ou réduire les sources de stress si possible ; et ne pas s’acharner à essayer de changer ce qui ne peut pas l’être, ceci sera source de frustration et empirera votre cas.
  4. Apprendre à décharger régulièrement le stress et les tensions que vous ne pouvez pas éviter. Ceci est un exercice du quotidien et, comme chaque exercice, vous deviendrez de plus en plus doué à mesure que vous le ferez.
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Michaël Wegmüller
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