L’effet janvier consiste essentiellement en une augmentation des prix des actions (notamment des actions des entreprises à faible capitalisation boursière), en janvier, comme son nom l’indique, qui vient généralement après une baisse des prix en décembre. Ce phénomène a été observé pour la première fois en 1942 par le banquier d’investissement Sidney B. Wachtel qui a remarqué que les actions des petites entreprises avaient une meilleure performance que le marché au mois de janvier. Cet effet est évidemment fascinant pour les investisseurs (ce fut le cas notamment dans les années 80) parce qu’il permettrait en théorie d’obtenir des rendements importants. Quel est donc le mécanisme derrière cet effet bizarre qui suscite de l’intérêt chez de nombreuses personnes qui investissent dans la bourse et est-il toujours possible de parler d’un effet janvier ?

Les raisons derrière ce phénomène

Bien qu’on ne puisse pas apporter une réponse exacte à la question « pourquoi l’effet janvier se produit-il ? », plusieurs théories peuvent être proposées pour expliquer cette anomalie.

La plus importante et la plus intuitive se construit autour de la taxation. En effet, qui dit fin d’année dit fiscalité, et donc les investisseurs utilisent une stratégie pour payer moins d’impôts : ils commencent à vendre leurs actions ayant de mauvaises performances vers la fin d’année pour engendrer des pertes. Ce processus baisse bien évidemment le prix des actions vendues avant la fin d’année. Les investisseurs ne veulent pas forcément se débarrasser de ces actions, peut-être qu’ils estiment qu’elles ne sont pas forcément si mauvaises que cela et considèrent qu’elles pourraient peut-être leur permettre de générer des gains dans le futur. Dans ce cas, ils les rachètent au début de l’année suivante, ce qui augmente leur prix après avoir connu une baisse.

Une autre explication qui est en effet assez similaire à la précédente est que les gestionnaires de fonds doivent présenter les portefeuilles qu’ils gèrent généralement à la fin de l’année. C’est pour cela qu’ils vendent des actions qui ont eu de mauvaises performances et gardent celles qui ont eu de bonnes performances au cours de l’année pour embellir l’apparence du portefeuille. Au début de la nouvelle année, ils peuvent racheter ces actions s’ils pensent qu’elles auront une bonne performance plus tard, ce qui augmenterait le prix des ces actions en janvier.

La fin d’année est aussi la période où beaucoup de personnes touchent des primes dans leur travail, donc ils ont plus d’argent pour s’acheter des titres financiers au mois de janvier. C’est aussi une période très positive où beaucoup de personnes prennent de nouvelles résolutions et investir dans la bourse en achetant des actions pourrait en être une afin d’obtenir des rendements dans le futur. Cela aussi pourrait en théorie augmenter le prix des actions en janvier vu qu’il y aurait beaucoup de demande pendant cette période.

L’effet janvier en réalité

Il existe un nombre important d’évidences et d’études scientifiques qui confirment que l’effet janvier existe vraiment dans certains pays à certaines périodes. Néanmoins, il existe aussi un nombre considérable de recherches qui ne détectent pas cet effet dans d’autres pays et périodes différentes.

Parmi les études les plus notables, on trouve par exemple une étude qui a analysé des données entre 1904 et 1974 et qui est arrivée à la conclusion que les rendements au mois de janvier étaient en moyenne 5 fois plus importants que les rendements obtenus pendant les autres mois de l’année. L’effet était notamment plus prononcé pour les actions des petites entreprises.

Une autre étude menée par Salomon Smith Barney a découvert qu’entre les années 1972 et 2002, les actions de l’indice Russell 2000 (les actions des petites entreprises) avaient un rendement supérieur de 0,82% face aux actions de l’indice Russell 1000 (les actions des grandes entreprises) au mois de janvier, tandis que ces dernières avaient des rendements supérieurs pendant le reste de l’année.

Mais la question la plus importante qui se pose pour les investisseurs est de savoir si aujourd’hui l’effet janvier leur permettrait de générer des gains importants. Il est certain que cet effet observé pour la première fois aux Etats-Unis n’a pas le charme qu’il avait dans les années 70 et 80. Selon les recherches, le phénomène existe toujours dans certains marchés du monde mais, d’une perspective générale, il semble plutôt être en baisse. On aurait même tendance à voir sur certains marchés l’inverse de l’effet janvier, c’est-à-dire des rendements plus faibles en janvier, en comparaison avec d’autres mois. De toute façon, les faibles rendements de l’effet janvier peuvent souvent être neutralisés par les frais de transactions. Le fait que de plus en plus de personnes soient au courant de cet effet et qu’elles l’anticipent pourrait être un autre facteur qui endommage sa profitabilité.

L’effet janvier est donc un phénomène boursier assez intéressant qui reste toujours un peu mystérieux. On a émis des hypothèses pour lui donner une explication qui fait sens, mais on n’est toujours pas tout à fait capable d’expliquer ce qui le cause vraiment. Bien qu’il paraisse comme un excellent moyen de battre le marché à première vue, se fier à l’effet janvier n’est pas aujourd’hui la meilleure des stratégies d’investissement. On verra dans un futur proche comment il se manifestera en 2021.

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Sinan Güven
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