Commerce équitable, mais pour qui ?

Depuis quelques années, nous avons vu apparaître, sur les étals des supermarchés et autres magasins, quantité de labels offrant aux consommateurs et consommatrices la possibilité d’acheter un produit issu de l’agriculture biologique, de la pêche durable ou bien du commerce équitable.

Les labels sont notamment devenus des critères décisifs pour certaines personnes dans l’achat d’un produit ou d’un autre. Ils donnent rapidement aux consommateurs et consommatrices une information visuelle facilement identifiable qui leur permet d’intégrer à leurs choix de consommation quotidiens des considérations d’ordre éthique, environnemental et social. Dans cette lignée, les labels dits « fair trade » nous donnent particulièrement une belle promesse ; celle de participer à un commerce éthique et respectueux des droits des travailleurs et travailleuses, ainsi que des producteurs et productrices.

Qu’est-ce que le commerce équitable ?

Selon la European Fair Trade Association (EFTA), dont la Suisse fait notamment partie, le commerce équitable est un « partenariat commercial fondé sur le dialogue, la transparence et le respect, dont l’objectif est de parvenir à une plus grande équité dans le commerce mondial. Il contribue au développement durable en offrant de meilleures conditions commerciales et en garantissant les droits des producteurs et des travailleurs marginalisés, tout particulièrement au Sud de la planète ».

Sur le principe, les labels de commerce équitable sont une bonne source d’information sur les conditions de production et les droits des travailleurs et travailleuses. La World Fair Trade Organization (WFTO), organisation faîtière au niveau mondial qui regroupe la plupart des acteurs du commerce équitable, a notamment adopté 10 principes à suivre pour que les certifications de commerce équitable soient réellement équitables.

Ces conditions à respecter comme le paiement d’un prix juste, l’absence de travail d’enfants ou de travail forcé, ou encore le respect de l’environnement, sont autant de garde-fous que les associations de commerce équitable se doivent de respecter. Elles offrent donc aux consommateurs et consommatrices l’opportunité de participer autant que possible à un commerce et à une consommation plus justes.

Parlons du surcoût…

La consommation responsable ou « consom’action » est un mouvement qui promeut le pouvoir qu’ont individuellement tous les consommateurs et toutes les consommatrices dans leurs décisions d’achat plus éthiques et respectueuses de l’environnement et des droits humains. Cette mobilisation sociale pour une consommation responsable a pris beaucoup d’ampleur ces dernières années et elle se traduit notamment par une augmentation de l’achat de produits biologiques, locaux ou bien labellisés « fair trade ». Mais cette consommation responsable n’est pas sans conséquence sur le porte-monnaie des acheteurs et acheteuses.

Tout le concept d’une certification de commerce équitable repose sur un principe simple. Le consommateur doit accepter de payer ses bananes ou son café un peu plus cher pour, en contrepartie, participer à un échange économique plus éthique que dans les filiales traditionnelles et, en bonus, boire son café avec la conscience un peu plus légère. En effet, même si ce surcoût représente une part non négligeable du prix final d’un produit, il est masqué par la satisfaction que ressentent les consommateurs et consommatrices dans le fait d’avoir participé à une bonne action. L’aspect « égocentré » cet achat moral est si fort qu’il éclipse la différence de prix entre des bananes estampillées Max Havelaar et des bananes Chiquita.

Commerce équitable, mais pour qui ?

La principale critique adressée aux produits issus du commerce équitable repose sur la destination du surcoût que les consommateurs paient. En payant un peu plus cher leurs produits, les consommateurs et les consommatrices s’attendent à ce que cette différence soit versée aux principaux intéressés, c’est-à-dire aux travailleurs et travailleuses, ainsi qu’aux producteurs et productrices de ces produits. En réalité, une partie seulement de cet argent est reversé par les associations aux travailleurs et travailleuses, alors qu’une autre partie se perd dans la longue chaîne entre production et consommation finale, pour des besoins administratifs ou de marketing, par exemple.

Un autre aspect du commerce « fair trade » remis en question est la promotion d’une agriculture d’exportation vers les pays occidentaux au détriment d’une agriculture vivrière qui profiterait aux populations locales et leur garantirait ainsi une souveraineté alimentaire. En effet, à force d’utiliser de plus en plus de terres pour répondre aux besoins et habitudes de consommation des habitants du Nord, les fermes des pays en voie de développement ne consacrent plus autant de cultures à la sécurité alimentaire de leurs propres pays.

Il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain !

Il est primordial, peu importe la nature de nos achats, de garder toujours en tête la provenance et les enjeux sociaux et environnementaux derrière nos produits. Les labels « fair trade » et le commerce équitable, même s’ils ne sont pas exempts de critiques, sont tout de même un pas en avant vers une production équitable et une consommation plus responsable. Les labels permettent d’introduire dans les décisions de consommation une variable éthique et de guider le consommateur et la consommatrice. Plus important encore, ils permettent d’ouvrir le dialogue et une discussion sur les conditions de production et les droits des travailleurs et travailleuses qui produisent les biens que nous consommons quotidiennement.

C’est pourquoi, la prochaine fois que vous achèterez du café pour tenir debout lors de vos révisions ou lorsque vous craquerez sur une plaque de chocolat pour vous récompenser après vos examens, ayez en tête ces labels qui figurent sur les emballages et les enjeux sociaux et environnementaux derrière ces simples logos.

Ismira Mahmutovic
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