Focus sur des musiques marginales : le heavy metal et quelques dérivés

Des guitares distordues, un chant screamé et une atmosphère parfois qualifié de « sombre » ou « violente », la musique metal (à écrire sans accents !) renvoie immédiatement à certaines idées préconçues. Pourtant, le heavy metal – plus couramment désigné aujourd’hui sous son appellation plus brève, le metal – est multiforme, n’a cessé d’évoluer et de se diversifier depuis ses origines. En effet, si le terme metal était à l’origine utilisé comme un synonyme de hard rock, dérivé du rock au Royaume-Uni et aux États-Unis à la fin des années 60, il désigne ensuite après quelques années une tendance esthétique plus radicale que ce dernier. Aujourd’hui, le terme metal désigne les nombreuses musiques qui descendent du heavy metal traditionnel et du hard rock.

Les musiques metal : bref historique

Dansles années 70, des musiciens qui seront désignés comme les pionniers du heavy metal s’inspirent de groupes tel que Black Sabbath, Deep Purple et Led Zeppelin, respectivement de trois albums publiés en 1970 : Black Sabbath, In Rock et Led Zeppelin III. Ces groupes combinant alors le blues et rock (entre autres) afin de créer un mélange aux sonorités lourdes et épaisses, qui repose sur les impulsions de la batterie et de guitares au son distordu via l’amplification électrique. Du côté des thématiques évoquées, celles du mal, du sombre, de la force et de l’apocalypse sont mobilisées pour exprimer les réalités vécues.

C’est pour caractériser certains morceaux de Jimi Hendrix qu’un journaliste étasunien employa le terme de heavy metal pour la première fois, notamment Machine gun, Purple Haze ou Foxy lady pour exemplifier.

Au fil des années, de nombreux sous-genres ont renouvelé les premières productions de heavy metal. En effet, le genre se popularise dans les années 70 et 80, conduisant à un florilège d’emprunts et d’innovation de la part des musiciens. Voici trois sous-genres qui ont marqué l’histoire du heavy metal.

Le death metal

Le death metal est un sous-genre qui émerge dans les années 80, et prend la suite d’un premier sous-genre nommé le trash metal, mais de manière plus complexe et lourde. Ce sous-genre emploie généralement des guitares très distordues, du tremolo picking (une même note jouée à la guitare de manière très rapide pour donner un effet d’ondulation au son), des growling profonds, des blast beats (un jeu à la batterie très rapide). Côté composition, ce sont des gammes mineures et des structures complexes qui sont jouées avec de multiples changements de tempo.

Le plus souvent, on retrouve des guitares rythmiques accordées dans les graves, avec une grande intensité dynamique. Les techniques vocales utilisées sont souvent des chants gutturaux graves appelés grunts, growls, ou encore death growl.

Un exemple de groupe de death metal : Gojira.

Le black metal

Le black metal émerge en Europe au milieu des années 80, et notamment dans les pays scandinaves tel que la Finlande et la Norvège. Le son du black metal est produit par des tempos rapides, un chant hurlé en voix de tête relativement aigüe. Les sonorités peuvent être très brutes, mais peuvent également favoriser la recherche d’atmosphères sombres et oppressantes. Une autre caractéristique du black metal est son imagerie médiévale, laquelle est atrribuée par le public, à tort, au heavy metal dans sa globalité. Les imageries du black metal sont souvent froides, sombres, tristes, mélancoliques, réflectives, tragiques et méditatives.

Les morceaux de black metal présentent une structure anormale qui évite les segments de refrains et de couplets, afin de privilégier des passages instrumentaux étendus et répétitifs avec moins de chant que dans les autres sous-genres. De plus, le black metal se concentre moins sur les rythmes dynamiques que le death metal.

Un exemple de groupe de black metal : Emperor.

Le metalcore

Fusion entre le heavy metal et le punk hardcore, le metalcore émerge aux États-Unis à la fin des années 1980. Le sous-genre se caractérise avant tout par son accent sur les breakdowns (passages lents qui présentent des rythmes syncopés) et des passages intenses qui sont propices au moshing (équivalent du pogo, une danse nerveuse et circulaire). Il garde généralement les riffs et les rythmes du punk hardcore mais propose une atmosphère plus lourde propre au metal. Les guitares présentent un son plein, rond et précis, ainsi qu’une structure syncopée et un rythme très coupé.

Du côté du chant, le metalcore utilise presque toujours le screaming, bien que l’usage du chant clair soit également très répandu, notamment lors des chœurs ou dans le pont d’une chanson. Du côté de la rythmique, celle-ci repose essentiellement sur une alternance entre le legato (technique de jeu à la guitare qui consiste à lier les notes successives de sorte qu’il n’y ait pas de silence entre elles), et le staccato dans lequel les notes des motifs et des phrases musicales doivent être exécutées avec des suspensions entre elles.

Un groupe de metalcore : Architects.

 

Nicolas Lenci
Nicolas Lenci
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SOURCES (cliquez sur les titres pour en savoir plus)

K. Kahn-Harris, Extreme Metal: Music and Culture on the Edge (Berg Publishers, 2007)

R. Walser, Running with the Devil, Power, Gender and Madness in Heavy metal music (Weysleyan, 1993)

D. Weinstein, Heavy Metal: The Music and Its Culture, (New York, Da Capo, 2000)

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