Lorsqu’on évoque l’Afghanistan, certains chiffres frappants s’imposent : sur une population de 42 millions d’habitants, 23,7 millions nécessitent une aide humanitaire, tandis que 17 millions souffrent de faim aiguë. Par ailleurs, une femme y décède toutes les deux heures en raison de complications liées à la grossesse ou à l’accouchement. L’Afghanistan reste surtout l’un des pays les plus tristement connus pour les graves atteintes aux droits des femmes, suscitant depuis des décennies l’inquiétude de la communauté internationale. Cela dépeint un pays bouleversé et opprimé par un régime extrémiste au pouvoir : les talibans.
Depuis leur arrivée au pouvoir en 2021, la situation des femmes afghanes s’est dégradée. L’interdiction d’accéder aux hautes écoles, l’obligation du port du voile complet, les interdictions professionnelles sont des mesures parmi tant d’autre qui font reculé le droit des femmes.
Cet article décrit la réalité actuelle d’être une femme en Afghanistan en mettant en évidence les conséquences sociales et psychologiques du régime autoritaire des talibans sur ces dernières.
Retour sur l’arrivée des talibans en Afghanistan
L’Afghanistan est un pays marqué depuis des décennies par des guerres civiles. Pour comprendre le contexte social qui règne actuellement dans ce pays, il est important de faire un léger retour en arrière sur son histoire.
Les talibans se sont premièrement emparés du pouvoir dans les années 90. Dès leur arrivée au pouvoir, ils établissent un régime fondé sur la charia. Cela a eu un effet sur la vie des femmes : des châtiments corporels leur étaient infligés si elles ne portaient pas la burqa et elles étaient interdites de travailler et de faire des études. Les droits fondamentaux y étaient limités et différents selon le genre d’une personne.
Ces temps changèrent rapidement suite à l’intervention militaire des Américains en Afghanistan. Les Etats-Unis sont sous le choc des attentats du 11 septembre 2001. Les responsables des attentats, c’est-à-dire le groupe terroriste Al-Qaïda dirigé par Ben Laden, se sont réfugiés en Afghanistan sous la protection des talibans. Sous la direction du président George W. Bush et avec le soutien d’une coalition internationale, l’opération “Enduring Freedom” est lancée dans le but de pourchasser le groupe Al-Qaïda. En quelques semaines, les talibans sont renversés. C’est la chute d’un régime qui portait gravement atteinte aux droits de l’Homme.
Un climat plus occidental et égalitaire s’installe à travers de nouvelles institutions, l’ouverture de l’éducation aux femmes et le développement d’une constitution. Malgré les avancées politiques, le pays n’est pas en paix et reste marqué par l’insécurité et les guerres civiles.
Suite à 20 ans d’occupation, les troupes américaines décident de se retirer du pays et les talibans entrent dans Kaboul sans rencontrer aucune résistance.
Guerre actuelle des Talibans contre les femmes
La charia, basée sur le Coran et les paroles du Prophète Mahomet, est interprétée et appliquée différemment selon les pays musulmans. En Afghanistan, son interprétation est radicale. Ils perçoivent la femme comme une « tentation » potentielle, susceptible de détourner les hommes de la piété et de la morale. Par conséquent, ils les isolent de nombreux aspects de la sphère publique et imposent des règles de vertu et de morale concernant leur comportement, leur apparence et leurs relations sociales.
En 2024, les Afghanes ont l’obligation du port du voile intégral, l’interdiction de fréquenter les parcs, salles de sport ou bains publics et elles doivent être accompagnées d’un homme pour sortir. Elles ne peuvent pas non plus avoir un permis de conduire, travailler ou aller à l’école après 12 ans.
En octobre 2024, de nouvelles lois morales encore plus liberticides ont été promulguées par le ministère pour la Promotion de la vertu et la Répression du vice :
« Les femmes ne doivent pas non plus être entendues chanter ou lire à voix haute, même de l’intérieur de leur maison. »
Le prix de l’effacement des femmes dans la société est gigantesque :
- 80% des femmes sont illettrées.
- 2 milliards de déficit constaté à la suite de l’arrêt de travail des femmes.
- 23,7 millions de personnes ayant besoin d’aide humanitaire.
- Une augmentation du taux de suicide.
Les foyers dirigés par les femmes ont de la peine à survivre en raison du manque de revenus, ce qui conduit souvent au travail des enfants et au mariage précoce et forcé.
Dans les familles sans fils, il existe une tradition qui consiste à « transformer » une de leurs filles en garçon. On les appelle les « Basha Posh », qui signifie en Dari « habillé comme un garçon ». Une Basha Posh a les privilèges d’un homme : elle peut jouer dehors, pratiquer un sport, aller à l’école, porter des pantalons… En résumé, grandir sans oppression ou limite. Cela permet aux enfants de travailler et de ramener un revenu aux familles dans la pauvreté. Malheureusement, ce statut n’est que temporaire. À la puberté, la Basha Posh doit, à contre-cœur, faire face à une transition compliquée afin de « redevenir une fille ». N’ayant pas le choix, certaines peinent à s’y adapter, éprouvant un profond regret face aux libertés perdues
Le destin des femmes est de construire une famille, l’essentiel de leur vie se trouve entre quatre murs. Cela n’est pas de leur volonté, mais celle de la société. Dans ce contexte très difficile, certaines femmes font preuve d’une résilience remarquable. Des manifestations sont organisées, certaines femmes continuent de travailler clandestinement, tandis que d’autres continuent à suivre leur passion, comme jouer au football. Cela peut paraître anodin, mais en agissant ainsi, ces femmes risquent la détention, les châtiments corporels, voire des conséquences encore plus graves. Mais en plus des représailles judiciaires, c’est une pression sociale qu’elles subissent. Les Afghanes qui ne suivent pas les règles sont insultées, mal regardées et sont considérées comme de « mauvaises femmes ». Afin d’illustrer la vision que la société afghane peut avoir des femmes, voici un extrait d’un de leur sermon :
« Les femmes découvertes sont comme un bonbon sans emballage. Il attire les bactéries et les mouches et en deviendra souillé.»
Silence de la communauté internationale
Depuis plus de 3 ans, les femmes en Afghanistan ont été privées de leurs droits fondamentaux et sont quotidiennement confrontées à des discriminations. Mais que fait la communauté internationale pour aider ces personnes ?
Malheureusement, l’aide pour l’une des crises humanitaires les plus importantes au monde est insuffisante. En 2023, l’ONU a demandé plus de 5 milliards de dollars pour répondre aux besoins humanitaires dans le pays, mais l’objectif ne fut pas atteint.
Outre les questions financières, certaines personnes demandent à la communauté internationale de reconnaître cet apartheid de genre qui viole de nombreuses lois internationales telle que la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’encontre des femmes. Cette discrimination, fondée sur le genre, est un « crime contre l’humanité » qui devrait être sanctionné lourdement par la communauté internationale.
À ce jour, aucun pays au monde n’a officiellement reconnu le gouvernement des talibans. Des pourparlers sur des sujets humanitaires et sécuritaires sont en cours avec les pays occidentaux, mais malheureusement, la condition des femmes reste un obstacle dans ces discussions diplomatiques.
Les femmes afghanes mènent un combat acharné pour préserver leur dignité et leur autonomie face à un régime de plus en plus oppressif. Malgré les tentatives des talibans pour les réduire au silence, leurs voix courageuses résonnent à travers le monde. Ne fermons pas les yeux sur leurs appels à l’aide.
Sources
Articles :
RTS : comprendre l’histoire des talibans en Afghanistan
Amnesty : conditions des femmes et témoignages
TV5 Monde : manque d’emploi et d’argent des femmes
Statistiques sur l’Afghanistan
Documentaires :










