Antisémitisme et islamophobie : un même niveau de haine ?

Selon la légende, Narcisse aurait été conscient de sa beauté depuis l’enfance jusqu’à l’âge adulte, mais n’aurait jamais connu l’amour. Son mépris envers la nymphe Écho, qui l’aimait, aurait blessé sa dignité, le condamnant à tomber amoureux de son propre reflet dans les eaux limpides d’une rivière. Croyant contempler une nymphe aquatique, Narcisse resta au bord de l’eau jusqu’à en mourir, sans jamais connaître l’amour. Ce mythe évoque l’histoire de groupes ou de communautés devenues distantes et méfiantes envers d’autres sociétés, finissant parfois par être isolées par leurs propres perceptions ou attitudes.

À l’image de Narcisse, certaines tensions identitaires et communautaires ressurgissent aujourd’hui dans les débats européens, souvent autour de sujets aussi complexes et profondément enracinés que l’antisémitisme et l’islamophobie. À Amsterdam, par exemple, après les altercations survenues le 8 novembre 2024 lors d’un match entre les équipes de Maccabi Tel Aviv et de l’Ajax, où des dizaines d’arrestations ont eu lieu, le débat sur l’antisémitisme a ressurgi. Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, a condamné ces incidents en les qualifiant « d’attaques antisémites planifiées ». Il a également exhorté le gouvernement néerlandais à réagir rapidement et fermement contre les responsables, tout en assurant la sécurité des citoyens israéliens dans le pays.

Les tensions à Amsterdam ont mis en évidence que, malgré les alliances politiques, une partie de la population reste attachée aux valeurs humanitaires et rejette la guerre. Le problème de l’antisémitisme et, plus récemment, de l’islamophobie montre comment des tensions sociales sont exploitées pour attiser la méfiance. La période précédant la Seconde Guerre mondiale avait vu des persécutions antisémites, et après les événements du 11 septembre 2001, des actes de terrorisme ont suscité une suspicion généralisée envers les musulmans, contribuant à la montée de l’islamophobie.

Cependant, ces formes de rejet ne proviennent pas intrinsèquement des peuples. Les juifs et d’autres minorités ont souvent vécu en harmonie dans les sociétés européennes, et la propagation de la haine a souvent été encouragée par des discours visant à diviser les communautés. En ce sens, il est essentiel de se demander qui tire profit du retour de l’antisémitisme en Europe, un continent historiquement divers et accueillant.

Le terme « sémitisme » se réfère à l’un des fils de Noé, « Shem », dont la lignée est associée aux religions monothéistes et à la région du Moyen-Orient. L’islam est également issu de cette région, même si ses origines géographiques sont distinctes. La religion musulmane, née dans le Hedjaz, est néanmoins liée aux mêmes racines sémites.

Concernant les événements d’Amsterdam, les autorités néerlandaises ont confirmé que les affrontements entre supporters avaient dégénéré en tensions politiques, avec des provocations ciblant des symboles palestiniens, suivies de réactions spontanées des personnes visées. Pour éviter des débordements, la ville d’Amsterdam a limité les manifestations aux banlieues. Cependant, les médias ont rapidement diffusé une image simplifiée des affrontements, parlant de conflits entre « Israéliens » et « musulmans », occultant ainsi le contexte politique sous-jacent. Cette simplification tend à associer les critiques contre Israël à de l’antisémitisme, exploitant ainsi l’histoire de la persécution des juifs pour détourner l’attention des actions militaires.

Certains utilisent la métaphore de Narcisse pour décrire une vision biaisée de soi-même, perçue comme alimentée par des stratégies de communication, présentant Israël comme une nation sûre et idéalisée malgré le conflit. Cependant, la réalité pour les populations palestiniennes et les civils au Liban est marquée par des conditions de vie difficiles en raison des restrictions et des frappes militaires.

Il est paradoxal que des actes d’antisémitisme soient évoqués dans ce contexte, car les musulmans sont eux-mêmes considérés comme des sémites, ce qui rend absurde une telle accusation. S’il doit y avoir une réflexion sur les discriminations en Europe, celle-ci devrait inclure à la fois « l’antisémitisme » et « l’islamophobie », en permettant aux peuples de choisir entre un chemin de haine ou un chemin de paix, indépendamment des croyances et des origines. Que le choix démocratique reflète la volonté des peuples.

Zeinab Alhajj

Sources :

NY Post, Attaque de supporters israéliens à Amsterdam :

  • Ilan Pappé (2022), « Sionisme égale judaïsme » pp. 33 – 54, «Israel est la seule démocratie de Moyen-Orient» pp. 107 – 121, Les Dix Légendes structurantes d’Israel, édition les nuits rouges.
  • Roger Garaudy (1996), Mythes du XXe siècle, Les Mythes fondateurs de la politique israélienne (2ème édition, version arabe traduite par Hafez Al Jamali et Sayyah Al Jouhaim, pp. 73 – 206), édition Atieh, Beirouth.
  • Theodor Herzl (1997), Introduction pp. 23 – 38, La question juive pp. 39 – 51, L’État des juifs (1ère édition, version arabe traduite la Fondation Arabe des recherches), La Fondation Arabe des recherches, Beirouth.
  • Theodor Herzl (2016), « Les mémoires », (version arabe 2016/3626 par Khalil Hanna Taders), édition Nadr, Le Caire.

Sources images :

Photo by Robin van Lonkhuijsen / ANP / AFP

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