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L’Europe et le populisme en 2024

L’année 2024 se caractérise par le fait que plus de la moitié de la population mondiale se rend aux urnes pour le renouvellement de différents parlements et gouvernements, et ceci dans plus de huit des États les plus peuplés au monde incluant la Russie, les Etats-Unis ou le Mexique par exemple. Cependant, « élections » ne riment pas forcément avec démocratie où celles-ci peuvent servir de facette à des gouvernements autocratiques pour préserver une apparence de légitimité auprès de leur population, comme nous avons pu le constater en Russie en fin de semaine passée avec la réélection du président Poutine à un score de 87.28% des voix.

Ce ne sont cependant pas des scrutins nationaux qui nous intéressent aujourd’hui mais plutôt des élections aux enjeux tout autant importants pour les cinq prochaines années. Il s’agit des élections parlementaires européennes se tenant également en 2024. Celles-ci risquent d’être déterminantes pour l’avenir et la cohésion de l’Union Européenne, dans un contexte international toujours plus complexe et fragile. Afin d’analyser leurs débouchés possibles, tentons de nous intéresser à la situation prévalant actuellement sur le continent ainsi qu’aux différents risques actuels et futurs auxquels doit et devra faire face l’Union.

Perspectives géostratégiques en Europe et montée des populismes

D’après le rapport « Global Risks 2024 » récemment publié par le World Economic Forum, les « conditions climatiques extrêmes », le « ralentissement économique », le « manque d’opportunités économiques » ainsi que la « politisation politique et sociétale croissante » consistent les principaux risques pouvant aboutir à une crise majeure en Europe et dans le monde.

Il est intéressant de constater que le « manque d’opportunités économiques » et la « polarisation politique » sont perçus comme plus importants en termes de risques et d’influences que les « conflits interétatiques », ce malgré la guerre actuelle en Ukraine.

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Tableau indicatif des risques globaux tiré du rapport « Global Risks 2024 » du WEF

Ces différents dangers se font ressentir dans plusieurs pays du Vieux-Continent au travers du discours populiste de nombreux partis nationalistes instrumentalisant la crise économique post-covid afin de remettre en question les institutions et politiques de l’Union Européenne. C’est notamment le cas en Hongrie avec le parti Fidesz du dirigeant eurosceptique Viktor Orbán ou en France avec le Rassemblement National de Jordan Bardella, qui mettent en avant entre autres une mauvaise gestion des fonds européens de la part de Bruxelles pour justifier leur programme souverainiste. La propagation et l’amplification d’informations erronées ou incomplètes tendent ainsi à renforcer la politisation du paysage politique.

Ces méthodes de remise en question semblent fonctionner si l’on observe les intentions de vote des Français qui seraient 31% à voter pour le Rassemblement National cette année, loin devant le deuxième parti totalisant 18% des votes. D’autres pays ont tendance à suivre cette même tendance populiste comme l’Italie avec le parti Fratelli d’Italia de Giorgia Meloni ou l’Autriche avec le FPÖ de Norbert Hofer, tous deux également pressentis comme les gagnants des législatives européennes de cette année. Il est également important de mentionner la Pologne dans cette liste en raison du gouvernement dirigé par Droit et Justice entre 2015 et 2023 constituant un des gouvernements les plus conservateurs parmi ceux de l’Union Européenne. Les élections législatives nationales de 2023 ont cependant inversé l’influence de ce parti en leur ôtant la majorité parlementaire à la Diète (chambre basse du parlement polonais).

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Intentions de vote des Français aux prochaines élections européennes

Une démocratie illibérale

La Hongrie constitue également un bon exemple d’analyse de l’implémentation d’un pouvoir populiste car Viktor Orbán y est au pouvoir depuis 2010, Orbán étant déjà chef de l’opposition depuis 2002 et premier ministre entre 1998 et 2002. De nombreux indicateurs énoncés par le « PEW Research Center » de Washington D.C. en 2022 montrent un déclin constant de la démocratie dans ce pays depuis 2010. La diversité de représentation au gouvernement, les droits fondamentaux, l’indépendance des pouvoirs ou encore l’impartialité de l’administration sont ainsi constamment en déclin depuis cette période, sans mentionner le musellement des médias d’opposition. Jean-Yves Camus, politologue spécialiste des extrêmes droites, explique que le populisme est un « style de gouvernement » propre et que les populistes au pouvoir désirent « aller au-delà de la démocratie représentative pour aller vers la démocratie directe » afin d’« aboutir à une dictature des passions » 

Viktor Orbán se réclame lui-même du concept de « démocratie illibérale » qui permet selon lui de dissocier le libéralisme politique, qu’il rejette, de la démocratie. Le terme « illiberal » est un anglicisme désignant une « limitation de la liberté d’expression, de pensée et de comportement » d’après la définition traduite du dictionnaire de Cambridge. Ces différents aspects mettent en évidence les dérives potentielles de gouvernements avec des partis extrémistes à leur tête et interrogent sur les conséquences pour l’avenir de l’Union Européenne en cas de flambée nationaliste aux prochaines élections européennes.

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Indicateurs démontrant le déclin de la démocratie hongroise selon le PEW Research Center

La Russie, le populisme et l’avenir de l’Ukraine

Le journal « Le Temps » publiait le 18 décembre dernier un article intéressant concernant la manière avec laquelle l’extrême droite tissait sa toile en Europe, les similarités unissant les différents courants nationalistes à travers le continent ainsi que leurs relations privilégiées plus ou moins publiques avec le président russe Vladimir Poutine.

Il est fait mention dans l’article des dénominateurs communs suivants entre les différents partis populistes :

  • Un nationalisme, un identitarisme ou nativisme marqués,
  • La récupération de la souveraineté nationale,
  • La critique profonde du multilatéralisme – et, en Europe, un haut degré d’euroscepticisme,
  • La défense des valeurs conservatrices, de la loi et de l’ordre,
  • L’islamophobie,
  • La condamnation de l’immigration comme «invasion», la critique du multiculturalisme et des sociétés ouvertes,
  • L’anti-intellectualisme et la distanciation formelle par rapport aux expériences passées du fascisme.

Ces points communs coïncident également avec le fait que de nombreux dirigeants populistes furent pro-russes et pro-Poutine à une période donnée de leur carrière, même si certains cherchent à cacher ce détail comme Marine le Pen en France qui tenta de se distancer du Kremlin lors de l’invasion de l’Ukraine en février 2022 alors qu’elle bénéficiait de prêts russes pour certaines de ses campagnes électorales. Ce fut certainement également le cas de « La Ligue » de Matteo Salvini en Italie et de Viktor Orbán. L’intérêt de la Russie derrière ces financements étant de saper la cohésion européenne en accentuant les tensions nationales et en réduisant le front uni derrière l’Ukraine auquel elle fait face dans sa campagne militaire actuelle ; l’accession au pouvoir de partis populistes permettant de réduire les fonds alloués à la défense ukrainienne.

Pour conclure, les enjeux des prochaines élections européennes sont capitaux et l’issue de celles-ci donneront une ligne directrice pour les prochaines années sur la manière d’affronter les défis auxquels doivent et devront faire face non seulement les pays membres de l’UE mais le continent tout entier. Malgré l’essor d’idées toujours plus opposées et extrêmes, espérons que la rationalité et la volonté d’avancer ensemble demeureront le Leitmotiv de nos dirigeants et législateurs.

Elias Kerbage
Elias Kerbage
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