L’audace politique sur les réseaux sociaux est-elle forcément synonyme de pouvoir ?

Que nous achetions un hamburger chez McDonald’s ou que nous commandions des vêtements chez Zara, il faut que ce soit toujours fait de la même manière, que ça vienne toujours dans le même format, et surtout que ça vienne vite.

Les règles sont simples, claires et définies : si nous voulons du succès dans le monde de la consommation massive, il faut absolument que la user experience soit excellente et toujours la même, celle-ci tournant autour de la satisfaction de l’impatience compulsive du consommateur. Dans le monde d’Amazon, je le veux, et je le veux maintenant.

Cette avidité se manifeste dans des domaines très divers de la vie quotidienne, et l’omniprésence d’Internet ne fait qu’accentuer ce fait. En ligne, les consommateurs achètent de plus en plus, organisent leur vie sociale et commandent leur diner romantique à travers des plateformes qui facilitent, préparent, emballent et délivrent des t-shirts, des ramen et des amants à la vitesse de l’éclair et des envies.

L’information n’échappe pas à ce phénomène. Dans un monde où les réseaux sociaux deviennent un véritable outil d’influence sociétaire, il est inévitable que le mode de consommation d’informations des individus change en s’adaptant aux besoins de ceux-ci. La société se tourne davantage vers de nouveaux formats d’information courts et concis pour rester au courant de l’actualité, notamment avec les réseaux sociaux qui viennent jouer comme des nouvelles formes de médias, en profitant de leur dynamisme et leur ultra accessibilité. Dans le paysage de la politique moderne, les réseaux sociaux ont émergé comme un nouveau moyen de façonner une image politique et de mobiliser des propositions tapant à l’œil de l’utilisateur, soit du potentiel futur électeur. Cet espace numérique offre des plateformes sans précédent pour le partage de messages, la diffusion d’idées et l’engagement direct avec la communauté. C’est un phénomène encourageant de plus en plus de politiciens à partager des propositions audacieuses afin de générer un buzz, ainsi d’augmenter leur popularité politique.

L’art du contenu viral comme véhicule d’information

Chaque personne possédant un appareil connecté peut avoir accès aux nouvelles. Le temps est limité, et l’information est abondante. Les réseaux offrent des plateformes sans précédant pour le partage de messages, la diffusion d’idées et l’engagement direct avec la communauté. Les politiciens, comme des anguilles avides de nouveaux territoires de chasse, se sont faufilées dans ce cyber espace pour partager des propositions audacieuses avec un public qui leur échappait jusqu’à maintenant. A la découverte de ce nouvel espace, ils ont dû s’adapter au format du message : 15 secondes pour générer un buzz et augmenter leur popularité. C’est un nouveau moyen de façonner leur image politique et de mobiliser des propositions tapant à l’œil de l’utilisateur, soit du potentiel futur électeur.

Afin de monter dans l’estime de leurs cibles, les politiciens d’aujourd’hui ont appris à maitriser la manière dont fonctionne le contenu viral des réseaux sociaux. En se comportant d’une certaine façon, mettant l’accent sur les problèmes sociétaires afin de paraître comme un héros, ils savent apparaitre à la une des réseaux en créant des polémiques pour attirer l’attention des communautés. Certains ont même créé leurs propres comptes afin d’établir un lien de proximité direct avec leurs électeurs. Tiktok, Instagram, X, ils utilisent des plateformes leur permettant de créer des contenus de 15 secondes servant de base d’information aux individus les suivant. Comme la société actuelle consomme en majorité ce type de médias, ils savent satisfaire les envies des utilisateurs en proposant leurs idées dans du contenu de la taille d’une cannette de Red Bull, histoire de leurs donner des ailes durant quelques courtes secondes. En ciblant les préoccupations des utilisateurs avec des memes humoristiques ou des vidéos émouvantes, ils captivent l’attention du public et suscitent de fortes réactions émotionnelles. Ainsi, ils génèrent du buzz et se propagent à travers les plateformes sociales.

Emmanuel Macron, par exemple, compte 3,4 millions d’abonnés sur le réseau social Instagram. Il utilise activement la plateforme pour véhiculer ses programmes et ses idées, ce qui s’avère extrêmement efficace vu le nombre d’abonnés qu’il comporte. Sur la plateforme, il annonce des propositions attrayantes, comme la création du PassCulture, un système léguant automatiquement la somme de 300 euros à chaque individu âgé de 18 ans à dépenser dans des livres, de la musique ou du cinéma. Mis à part ses programmes et idées, il interagit également avec ses abonnés en postant des photos en lien avec des évènements populaires, notamment lors de la Coupe du Monde de football en 2022. En restant dans cette optique, il créé son compte Tiktok en juillet 2020, en plein durant la pandémie. Sa présence sur le réseau fait énormément parler de lui. On compte dès lors plus de 302’400 publications sous le hashtag #Macron.

La majorité des politiciens à ce jour sont présents sur les multiples réseaux sociaux pour attirer l’attention des électeurs, en particulier celle des plus jeunes qui ont grandi en présence des réseaux sociaux incorporés dans leur quotidien. Mais cette abondance mène parfois à des exagérations de la part des politiciens, qui se perdent dans l’ambition de se faire remarquer.

Le théorème de Baglini accentué par les réseaux sociaux

Lorsque les politiciens utilisent les mots pour impressionner la foule, nous nous demandons souvent ce qui se cache derrière une telle audace. Raúl Baglini, ancien député du parti centriste et libéral argentin de l’Union Civique Radicale (UCR), a élaboré une théorie politique en 1986 concernant la manière dont les politiciens, plus particulièrement les extrémistes, véhiculent leurs idées. Le concept de cette théorie détient que le degré de responsabilité des propositions d’un politicien est inversement proportionnel à son degré d’accessibilité au pouvoir. Plus nous sommes loin du pouvoir, plus les déclarations politiques sont irresponsables. A l’inverse, plus on s’en approche, plus elles deviennent rationnelles et sensées. L’émergence et la popularisation des réseaux sociaux durant les dernières décennies ne fait qu’amplifier ce phénomène. Dans ce contexte, les politiciens ayant un accès limité au pouvoir en raison d’un faible niveau de substance et de sériosité au niveau de leurs propositions peuvent être plus enclins à utiliser des stratégies sensationnalistes et des formats courts pour attirer l’attention sur leurs propositions politiques. Lorsque la technologie le permet, il est tentant de simplifier exagérément les enjeux sociétaires et politiques afin de recourir à des tactiques de communication qui favorisent la viralité au détriment de la substance. Cette tendance est exacerbée par le désir de se faire remarquer dans un paysage politique compétitif où l’accès aux médias traditionnels est limité. Le fait que tout soit forcément médiatisé pousse certains politiciens à agir de manière « extrême » dans la vraie vie afin de faire la une sur les réseaux sociaux et susciter les sentiments de leur base électorale pour gagner en popularité.

Nous pouvons prendre comme exemple de ce cas de situation Javier Milei, le nouveau président de l’Argentine, qui a adopté une image relativement inhabituelle pendant sa campagne électorale en octobre 2023. Il se montrait publiquement avec une tronçonneuse comme son emblème, déclarant qu’il comptait renverser la politique corrompue des Kirchneristes, qui était au pouvoir pendant plusieurs décennies dans le pays. Milei déclarait ses idées et promesses avec une grande assurance qui heurtait droit dans les sentiments de la population. Avec cette tactique sensationnaliste et métaphorique, il a massivement attiré les regards des personnes révoltées contre la corruption. En jouant avec le sentiment colérique prédominant des communautés, il a frappé les médias du monde entier, en augmentant drastiquement sa popularité dans son pays et accessoirement dans le reste du monde. Finalement, Milei gagne l’élection présidentielle argentine en novembre 2023.

C’est ici que le Théorème de Baglini se révèle. Par exemple, durant sa campagne présidentielle, Milei promettait de faire bannir la loi sur l’IVG mise en vigueur en janvier 2021.

Or, lorsque nous regardons droit dans le contenu interne de la proposition, nous nous rendons compte que celle-ci est très aérienne. Le pouvoir législatif argentin est constitué d’un Parlement composé de deux chambres : celle des députés de la Nation et celle des sénateurs des provinces et de la ville de Buenos Aires. Pour qu’une loi soit adoptée, il faut qu’elle soit validée par les deux chambres du législatif, et promulguée par le président, qui peut rejeter la loi partiellement ou en totalité. Mais, le veto présidentiel peut être désavoué par une majorité qualifiée des deux tiers des votes dans chaque chambre. Dans des cas d’urgence, le pouvoir exécutif peut émettre un Décret de Nécessité et d’Urgence, qui doit également être approuvé par le Congrès argentin. Donc d’après le principe de séparation de pouvoirs, Milei ne pourra pas annuler la loi sur l’IVG.

Ainsi, pour atteindre un niveau de popularité chez les électeurs, certains politiciens sont capables de mettre sous le projecteur des propositions irréalisables pour faire le buzz. Puisque les réseaux sociaux mettent souvent en avant des titres attractifs sans informations complémentaires derrière, les consommateurs de ces informations n’ont qu’une facette de la vérité de certaines propositions politiques.

La propagation de la désinformation

En conséquent, lorsque certains politiciens abrègent leurs propos sur les plateformes de réseaux sociaux, la marge d’interprétation du public se raccourcit automatiquement, ce qui laisse place à la propagation massive de fake news. Comme ce phénomène prend de l’ampleur en raison du nombre de consommateurs de ce type de médias, ces mêmes politiciens gagnent alors en popularité comme prévu, mais se retrouvent dans une situation où ils ne sont pas en mesure de tenir ces promesses audacieuses lorsqu’ils sont finalement choisis par la communauté. Ils deviennent alors victimes de leurs propres propos, se faisant trahir par leur ambition de gagner en pouvoir.

Les réseaux sociaux ont révolutionné la façon dont les politiciens communiquent avec le public et mènent leur campagne électorale. Grâce aux plateformes en ligne, ils arrivent désormais à toucher des communautés qu’ils n’arrivaient pas à atteindre avant, leur permet de gagner massivement en popularité. En exploitant le potentiel du contenu viral et de la culture des informations de 15 secondes par l’engagement direct et la création de narratives, ils ont trouvé de nouveaux moyens de mobiliser les électeurs et d’influencer l’opinion publique. Cependant, la politique du buzz ne garantit pas la sécurité totale, et les politiciens doivent naviguer avec prudence, sans se faire emporter par la volonté de pouvoir dans cet environnement numérique pour éviter les pièges et maximiser leur impact.

Candelaria Marmora
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