Quelques leçons de l’empire des Habsbourg pour l’Europe d’aujourd’hui : une analyse de Caroline de Gruyter

Ce jeudi 9 mars, les passionnés des affaires européennes se sont donné rendez-vous dans la Ferme de Dorigny – le siège de la Fondation Jean Monnet pour l’Europe sur le campus de l’Université de Lausanne – où Caroline de Gruyter, était venu nous présenter les liens entre l’empire des Habsbourg et l’Europe d’aujourd’hui. Cette journaliste néerlandaise de renom a acquis une vaste expérience en tant que correspondante dans plusieurs capitales diplomatiques, notamment Bruxelles, Genève et Vienne. Elle a été un membre actif du prestigieux think tanks tels que Carnegie Europe et le European Council on Foreign Relations. Aujourd’hui basée à Bruxelles, elle continue de travailler dans le domaine des affaires européennes. Son livre intitulé « Monde d’hier, monde de demain : Un voyage à travers l’empire des Habsbourg et l’Union européenne » a été traduit dans plusieurs langues et a été récompensé par le Prix du livre Mieux comprendre l’Europe en 2023. Ce livre reflète son expertise dans le domaine des relations internationales et offre une perspective unique sur l’histoire de l’Europe et ses défis contemporains.

Lors de cette conférence, Caroline de Gruyter a donc choisi de nous parler de pourquoi nous avons besoin de parler de l’Empire Habsbourg encore aujourd’hui. En effet, loin d’être un sujet uniquement historique, l’Empire Habsbourg offre des leçons précieuses pour comprendre les défis contemporains de l’Europe.

L’empire des Habsbourg en bref

L’Empire des Habsbourg a marqué l’histoire du continent pendant plusieurs siècles comme entité politique emblématique de l’Europe centrale. Fondé au Moyen Âge, ce vaste empire dirigé par la dynastie des Habsbourg a joué un rôle crucial dans la politique européenne, la culture et l’économie. À son apogée, l’empire englobait une grande partie de l’Europe centrale et orientale, comprenant des territoires aussi divers que la Bohême, la Hongrie, les Pays-Bas et même des possessions outre-mer en Amérique et en Afrique. Cette étendue territoriale en faisait l’une des puissances les plus importantes du continent, rivalisant avec les plus gros États européens. Il était caractérisé par une administration centralisée et une autorité forte de l’Empereur. Cependant, sa structure politique était également marquée par une grande diversité ethnique et culturelle, avec des populations parlant différentes langues et ayant des traditions distinctes. Cette diversité a souvent été gérée par le biais de politiques d’assimilation et de tolérance religieuse, bien que des tensions ethniques aient éclaté à plusieurs reprises au cours de l’histoire de l’empire.

Sur le plan économique, l’Empire des Habsbourg était prospère, tirant profit de ses vastes ressources naturelles et de son emplacement stratégique au cœur de l’Europe. L’agriculture, le commerce et l’industrie contribuait à sa richesse et à sa puissance économique. Quant à la culture, l’empire était un foyer d’épanouissement artistique et intellectuel, en particulier à Vienne, sa capitale impériale. Sous le patronage royal, les arts et les sciences ont prospéré, donnant naissance à des chefs-d’œuvre dans des domaines tels que la musique, la littérature et l’architecture. L’influence culturelle des Habsbourg a laissé une marque indélébile sur l’Europe, en particulier dans les domaines de la musique classique et de l’architecture baroque.

Cependant, malgré sa grandeur et sa puissance, l’Empire des Habsbourg a connu un déclin progressif à partir du XVIIIe siècle, confronté à des défis internes et externes. Les mouvements nationalistes, les révolutions et les guerres ont ébranlé sa stabilité, conduisant finalement à son effondrement à la suite de la Première Guerre mondiale.

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L’Europe va-t-elle finir comme l’Empire des Habsbourg ?

L’Empire des Habsbourg offre donc des leçons précieuses sur la gestion de la diversité culturelle et ethnique, sur la nécessité du compromis politique et sur les défis de la sécurité collective. Sa structure politique complexe, ses tentatives de maintenir la paix dans une Europe souvent divisée, et son déclin progressif face aux nationalismes et aux tensions internationales résonnent étrangement avec les réalités d’aujourd’hui.

Caroline de Gruyter a souligné plusieurs parallèles entre l’Empire des Habsbourg et l’Union européenne moderne. Tout d’abord, l’idée d’une structure politique qui abrite une multitude de cultures et de langues, nécessitant un constant dialogue et compromis pour maintenir la cohésion. Ensuite, l’importance de la sécurité collective et de la coopération dans un monde instable, où la menace extérieure exige une réponse unie. De plus, le rôle du compromis politique et de la négociation permanente est nécessaire afin d’éviter les conflits internes et externes.

Par ailleurs, les deux entités ont été confrontées à des menaces externes, avec des rivaux assertifs et agressifs. Tout comme les Habsbourg qui étaient fiers mais vulnérables, l’Union européenne fait face à des défis sécuritaires dans un monde instable. La nécessité de former des alliances stratégiques pour défendre les intérêts communs reste cruciale. La notion de « bricolage » nous a également été mentionné, se référant au fait de chercher des solutions qui conviennent à tout le monde sans pour autant que cela se fasse de manière orthodoxe. Le « bricolage » est donc devenu une sorte de condition de stabilité, caractéristique des deux systèmes. Les compromis pragmatiques sont donc nécessaires pour maintenir la stabilité et la cohésion, afin de surmonter les défis internes et externes. Enfin, le manque de confiance psychologique a été un large défi, avec des critiques constantes et un cynisme envers les décisions politiques de la part des grands penseurs de l’époque.

Les critiques et les doutes qui ont pavés la route de l’Union européenne n’ont pas empêché celle-ci de rester un projet vital pour assurer la paix et la prospérité sur le continent. Tout comme l’Empire des Habsbourg a survécu à des siècles de défis en trouvant des compromis et en s’adaptant, l’Union européenne peut continuer à évoluer pour relever les défis actuels.

Alors, est-ce que l’Union européenne finira comme l’Empire des Habsbourg ? La question reste ouverte, mais les leçons du passé offrent des pistes pour naviguer dans les défis de l’avenir. Caroline de Gruyter a souligné que l’histoire de l’Empire des Habsbourg s’avère une source d’inspiration et de réflexion pour appréhender l’Europe moderne et œuvrer à un avenir commun fondé sur la coopération et la paix. Lors de la conférence, elle a mis en lumière l’importance cruciale du compromis dans la gouvernance européenne, mettant en évidence que l’UE opère dans une « zone grise » où les solutions ne sont ni totalement noires ni totalement blanches. Parallèlement, l’Empire des Habsbourg était constamment engagé dans des négociations internes et des projets de compromis pour maintenir son intégrité.

Un autre point saillant de la conférence a été l’analyse de l’effondrement de l’Empire des Habsbourg et ses répercussions sur l’Europe moderne. Elle a souligné que l’empire a été détruit non pas par le nationalisme, comme souvent supposé, mais par la guerre et l’effondrement de son économie liée à celle-ci. Cette leçon historique résonne avec les défis contemporains auxquels l’UE est confrontée, notamment la montée du nationalisme ou les tensions géopolitiques avec la Russie. Tout comme l’empire, l’UE doit faire face à des pressions internes et externes qui menacent son intégrité.

Ce qui ressort de cette conférence, c’est finalement l’invitation de Madame de Gruyter à réfléchir à l’avenir de l’Europe et à tirer des leçons de son passé. Tout en reconnaissant les défis auxquels l’UE est confrontée, elle a exprimé son optimisme quant à la capacité de l’Europe à surmonter ces obstacles et à continuer à progresser vers un avenir plus pacifique et prospère. En comprenant toutes les similitudes, nous pouvons mieux appréhender les défis contemporains de celle-ci et construire un avenir basé sur la coopération et la compréhension mutuelle.

Dans tous les cas, la rédaction aimerait remercier la Fondation Jean Monnet pour l’Europe pour l’organisation de cette conférence. Si cet article vous a donné envie de voir Madame de Gruyter à l’œuvre, n’hésitez pas à cliquer ici.

Gwendoline Munsch
Gwendoline Munsch
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